ABORTED
The evil that men do

Rodé à l’exercice de la promotion étant donné la productivité du groupe international (un nouvel album studio tous les deux ans) et deux ans après le très bon Retrogore, nous nous sommes penchés davantage cette fois sur ce qui fait Aborted en posant diverses questions plus personnelles à son fondateur et chanteur belge (influences, manière de travailler, état d’esprit, mode de vie, etc.) à l’occasion de la sortie du dixième album TerrorVision. [Entretien avec Sven « Svencho » De Caluwé (chant) par Seigneur Fred]

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En premier lieu, peux-tu dresser un rapide bilan sur la période Termination Redux et Retrogore parus tous deux en 2016 ? (retours, ventes, tournées, etc.)

Avec l’EP Termination Redux déjà, on a fait une tournée en Europe avec Kataklysm donc cela a bien commencé. Ensuite on s’est lancé sur l’écriture de l’album Retrogore. En fait non, l’album était fait mais pas finalisé quand on a tourné avec Kataklysm. Il n’est sorti que quelques mois après. Il a plutôt reçu un bon accueil. On est alors partis dans une tournée européenne gigantesque avec Kreator. Cela s’est très bien passé, en plus les mecs de Kreator et Mille Petrozza furent très ouverts et accueillants car on était quand même le groupe le plus extrême de l’affiche or on ne savait vraiment pas à quoi trop s’attendre… Puis on est parti jouer en tête d’affiche en Amérique du Nord, cela faisait trois ans que l’on n’y avait pas été donc on appréhendait un peu là aussi. Mais là encore cela s’est très bien passé. On a joué aux Etats-Unis et au Canada. On participait à un festival américain en tant que tête d’affiche, cela s’appelait Devastation on the Nation. Ça bougeait bien dans le public, on a vendu pas mal de merchandising, donc on ne va pas se plaindre.

 

N’est-ce pas trop compliqué tout de même actuellement pour les groupes européens d’aller tourner aux Etats-Unis avec la loi renforcée sur l’immigration de Trump et les contrôles aux frontières et à l’aéroport ?

Non, ça a été. Faut juste avoir des papiers en règle et s’y prendre tôt mais c’est vrai que ce n’est pas évident pour nous autres européens. Aussi, cela représente un coût et faut juste ne pas être un crevard ! (rires) La politique de Trump n’a pas grand-chose à voir avec les visas, c’est juste que ça coûte beaucoup d’argent et requiert beaucoup de temps car il faut planifier tout cela avant. Et bien sûr ne pas être un criminel ! (rires)

 

Tu arrives à composer la musique et écrire tes textes en tournée ? Comment fonctionnez-vous au sein d’Aborted ?

Aucun d’entre nous n’écrit en tournée. Quand on part en tournée pour jouer à vrai dire, c’est plutôt les vacances ! (rires) Enfin moins pour moi car je bosse durant la tournée étant donné que j’organise tout en amont et pendant. Mais sinon je fais pas mal de sport quand on ne joue pas l’après-midi ou les jours off, et pour les autres membres d’Aborted, c’est véritablement les vacances, oui ! Du coup, on compose tout à la maison. Même moi les paroles, je fais ça à la maison car sinon en tournée, il y a trop de distractions… Sinon, dans notre façon de travailler : de mon côté j’écris mes paroles, les lignes de chant, et les structures des morceaux. Les riffs de guitares, tout le reste, c’est un peu tout le monde. Sur le nouvel album par exemple, notre batteur Ken Bedene (ex-Abigail Williams, ex-System Divide, Oracles) a beaucoup composé, plus de la moitié des chansons viennent de lui en fait. En plus, il joue aussi de la guitare et sait composer. Il avait déjà pas mal travaillé aussi sur Retrogore. Les soli de guitares reviennent cependant aux deux guitaristes Mendel bij de Leij et Ian Jekelis.

 

Où avez-vous enregistré cet album TerrorVision car vous aviez déjà essayé dans le passé les studios Antfarm chez Tue Madsen au Danemark et puis dernièrement les Kohlekeller Studios à Seeheim-Jugenheim en Allemagne ?

Ah ! Ça c’est la faute des gars de Benighted ! (rires) Maintenant qu’on a goûté à ces studios popularisés par Benighted, on y retourne à chaque fois. (rires) C’est la troisième fois que Kristian « Kohle » Kohlmannslehner nous aide sur un projet d’album en studio et nous produit, depuis l’EP Termination Redux précisément. Franchement le résultat est excellent à chaque fois, on en est très satisfait, il comprend bien ce que l’on veut, et en plus ce n’est pas très loin de chez moi (6h de route) contrairement aux autres membres basés plus loin. (rires) Les parties de guitares et basse ont été enregistrées par contre à notre home studio à Heerenveen aux Pays-Bas. On travaille beaucoup à distance par internet, tu sais. Mais Kohlmannslehner a tout produit et mixé.

 

Les chansons de TerrorVision semblent plus variées intrinsèquement mais également plus sérieuses au niveau de tes paroles alors que Retrogore ne se prenait pas trop au sérieux avec ses divers clins d’œil et visuels en hommage aux films d’horreur et fantastique (Ghostbusters, etc.), non ?

Oui, absolument. Dans l’univers sombre constituant Aborted, on avait posé des bases sur Retrogore grâce à des sortes de mélodies, enfin tout est relatif car ce sont des mélodies malsaines… Cela reste tout de même extrême, très brutal, mais il y a plus de variation si on peut dire à l’intérieur des morceaux je trouve, plus de profondeur avec plus d’éléments. C’est très dense et riche en termes de contenu. Disons que si on comparait cela à de la cuisine, il y a tout simplement beaucoup plus d’ingrédients qui composent TerrorVision, avec plus d’épices dedans, par exemple les soli de guitares. (rires) Au niveau des textes, il y a un fond de sérieux, avec toujours plus ou moins en second degré des références à des vieux films d’horreur des années 70-80. Mais oui, tu as raison, c’est un peu plus sérieux qu’auparavant et fait référence surtout à la décadence de l’Homme.

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Mais où vas-tu chercher dans ta tête tous ses titres de chansons mêlant anglais, italien, latin, français, comme par exemple le morceau « A Whore D’oeuvre Macabre », l’intro nommée « Lasciate Ogne Speranza » ou bien « Altro Inferno » ??

Alors « A Whore » signifie « pute » vulgairement comme tu le sais, et il y a en fait ici un jeu de mot avec « Hors d’œuvre » en français et fait aussi référence à la consommation et notre éternelle insatiabilité. De nos jours, c’est fou comme on a besoin de s’afficher en permanence, partout, pour la moindre chose, à tous niveaux, et je trouve ça triste. Tout le monde doit être sur les réseaux sociaux, il n’y a plus de vie privée, on est toujours connectée, en permanence, et les gens éprouvent le besoin de se montrer, c’est grave. Ce titre m’est venu lorsque j’étais un jour au cinéma alors que deux filles devant moi se prenaient en photo ensemble (selfy) durant le film en train de manger des pop-corns ?! J’ai trouvé ça tellement stupide que ça m’a inspiré ce texte… Quant à « Lasciate Ogne Speranza », cela veut dire en vieil italien « Laissez tout espoir ». C’est un peu la suite logique de Goremageddon dans le sens où il n’y a plus rien, l’Homme est en train de détruire la planète, on ne respecte plus, on pourrit tout sur notre passage, on pollue cette planète et ça ne donne donc pas espoir aux générations futures. C’est inquiétant je trouve…

 

En parlant de cinéma, quel est le dernier film d’horreur que tu as aimé voir au cinéma ?

Heredité (en V.O. : Hereditary) J’ai bien aimé, il y a une évolution des personnages dans l’histoire, et pour une fois les scénaristes ont pris le temps de développer ça.

 

Oui, c’était bien Hérédité, on l’a un peu comparé à sa sortie à L’Exorciste d’ailleurs mais la fin appelle peut-être une suite… C’était bien réalisé, il y a des scènes surprenantes à certains moments… (rires) Par contre la présence de l’acteur irlandais Gabriel Byrne (Usual Suspects, Vikings…) interprétant le père de famille m’a quelque peu déçu…

C’était bien réalisé oui, et il y avait de bonnes choses… Mais c’est vrai que son personnage manque un peu de charisme et est presque inutile…

 

Quelques mots enfin sur le superbe artwork de TerrorVision ? C’est encore l’Américain Coki Greenway peut-être ? Cela m’a fait penser un peu à Starship Troopers de Paul Verhoeven …

Non, il s’agit de l’artiste suédois Pär Olofsson qui a réalité la pochette cette fois. J’aime beaucoup. Et maintenant que tu le dis, tu n’as pas tort par rapport à Starship Troopers, il y a en effet une ressemblance que je n’avais pas vue !! (rires) Mais à l’intérieur, toutes les images du livret ont été dessinées par Coki Greenway (Machine Head, Nuclear Assault, Devourment…) qui avait notamment travaillé sur les visuels de Retrogore en référence aux films des années 80 (Ghostbusters, Reanimator, Evil Dead, etc.) et la pochette (avec Christopher Lovell).

 

Tu avais d’ailleurs vu au cinéma le remake de S.O.S. Fantômes avec les filles et l’apparition de quelques anciens acteurs des deux premiers Ghosbusters en clin d’œil ?

Oui, malheureusement… C’est fou d’ailleurs ça comme on est obligé de refaire des remakes systématiquement de films qui étaient excellents autrefois. Pourquoi ce besoin de refaire au lieu de créer ? Faire un film avec des nanas n’est pas le problème, faut juste arrête à un moment donné de toujours retoucher les films cultes et les massacrer !

 

Avec tout ça, la musique, les tournées, ton travail à côté en tant que graphiste ou product designer UX (Avernus Studio), ta passion pour les films d’horreur, as-tu encore le temps de jouer aux jeux vidéo notamment à Battlefield dont tu portes parfois des t-shirts sur scène et tu étais même sponsorisé ?

Bien sûr ! Absolument. On est toujours en contact et très bons potes avec le studio de développement suédois Dice. On est là-dessus de gros joueurs, de gros nerds même ! (rires)

 

Tu ne t’en lasses pas à force avec le temps car c’est répétitif tout de même et te remettre sur un écran après avoir déjà passé tes journées voire soirées au travail sur ton ordinateur en tant que graphiste ?

Non, ça me détend. Après le travail, j’aime jouer, ça me vide le cerveau. J’ai un travail intellectuellement assez intensif, je dois penser toute la journée. Donc jouer aux jeux vidéo en fin de journée m’aide à faire le vide.

 

Et quelle sont les nouvelles de ton side-project plus atmosphérique Oracles (ex-System Divide) avec la nouvelle chanteuse qui a remplacé Miri Milman ?

Hé bien on n’a pas vraiment le temps là. On a sorti un premier album Miserycorde en 2016 chez Deadlight Entertainment. On fait ça dès que l’on a un moment. Là, priorité à Aborted actuellement, et puis notre chanteuse, Sanna Salou, tient un salon de tatouage avec son mec en France d’ailleurs, à Tourcoing. Ça s’appelle La Machine Infernale. Beaucoup d’artistes s’y font tatouer. Elle est donc très occupée. Alors quand on a le temps et la volonté de faire quelque chose ensemble, on le fait, sans pression, juste pour le fun à côté du reste.

 

Sinon, question difficile pour toi : quel serait ton top trois de tes albums préférés d’Aborted ?

Pas évident ça… Euh, je dirais pour moi le nouveau TerrorVision ; The Necrotic Manifesto ; et notre second album Goremageddon.

 

Enfin, vous allez effectuer une tournée cet automne (en novembre en France) pour défendre sur scène ce TerrorVision et j’ai cru comprendre qu’il y aurait les gars de Benighted de la partie… Ça promet ! (rires)

Oui, voilà, il s’agit d’une tournée européenne de cinq semaines avec Cryptopsy, Benighted et Cytotoxin. Cela va être un mois de folie, donc on a hâte d’y être car ce sont tous de bons amis notamment Benighted…