AKERCOCKE
« Notre raison d’être… »

Si nos voisins anglais ont pour habitude de ne jamais faire comme nous autres (conduite à gauche, gastronomie douteuse, Brexit, etc.), en matière de musique extrême, il en va de même pour l’un de ses fiers ambassadeurs formé voilà déjà vingt ans, j’ai nommé Akercocke. Evoluant dans un Death Metal hybride et technique aux influences Black et Grind sur certains albums (l’excellent Choronzon qui fit son petit effet en 2003), peu à peu le groupe londonien a su faire de sa singularité un atout grâce notamment à des éléments toujours plus sombres et progressifs dans sa musique. Disparus de la scène ces dernières années (2012-2015), Akercocke renaît et semble vivre aujourd’hui une seconde jeunesse avec son sixième opus au titre on ne peut plus représentatif : Renaissance In Extremis (Peaceville Records).

[Entretien avec Jason Mendonça (guitare/chant) par Seigneur Fred
Traduction par Thierry Sansnom – Photo : Tina K]

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Récemment, j’ai visionné sur internet l’un de vos concerts enregistré dans votre pays au Bloodstock Festival en 2016. Et j’ai vraiment été stupéfait par votre virtuosité et notamment par vos capacités techniques à interpréter sur scène vos titres qui sont pourtant très complexes, à la fois mélodiques et brutaux. Appréciez-vous vraiment de jouer dans de tels festivals, même si les conditions ne sont pas forcément exceptionnelles, surtout en plein air ? Envisagez-vous bientôt de tourner en France ? Peut-être allez-vous participer à des festivals en 2018 ? (Hellfest, Motocultor, Sylak Open air…)
Nous aimons jouer, peu importe le cadre. Les festivals sont funs… tout comme peuvent l’être les concerts dans les clubs ! Chacun d’eux présente ses défis. Jouer dans les festivals reste toujours éprouvant, du fait du nombre d’imprévus. Nous nous efforçons d’en réduire les conséquences en nous préparant au mieux, mais en festival comme dans tout autre concert, tu ne peux pas anticiper l’imprévisible. Par exemple, au Bloodstock Festival (NDLR : à Walton-upon-Trent en Angleterre), le rack d’effets en façade est tombé juste au moment de notre entrée sur scène ! Pour autant, le concert a été super brut. Tu ne pas laisser ce genre de problème technique perturber la représentation. Nous avons juste joué du mieux que nous pouvions quoiqu’il en fût. Nous aimerions jouer davantage en France. Ce serait un réel plaisir de jouer pour nos frères et sœurs les plus proches.

D’après toi, de quoi est composée la fan base d’Akercocke ? Votre musique étant composée de styles de Metal tellement différents (Black, Death, Grind…) ainsi que d’éléments progressifs…
Nous sommes très chanceux car les fans d’Akercocke tendent à être des gens très particuliers, des gens à l’esprit ouvert qui profitent juste de la musique, contrairement à ceux qui suivent un genre bien défini. Ce que nous faisons ne plaît pas à tout le monde ; je suis certain que ça ne plaît pas aux puristes du Black ou du Death par exemple, et c’est tant mieux, car nous ne sommes ni l’un ni l’autre ! (rires)

Vous imposez-vous des limites dans votre expression ou votre création lorsque vous composez ? N’avez-vous pas peur d’être mal perçus en jouant cette musique parfois si spéciale dans ses structures et variations ?
Pas du tout ! Notre « raison d’être » (NDLR : en français dans le texte) a toujours été de créer et jouer une musique qui nous stimule, c’est la musique que nous aimerions entendre. Nous imposer alors des limites serait contre-productif. Pour Akercocke, la chanson représente tout, si un titre a besoin d’une texture particulière, nous irons au bout de nos capacités pour la trouver. Rien d’autre n’a d’importance au-delà de la vibration.

Maintenant, peux-tu me dire pourquoi le groupe s’est séparé entre 2012 et 2016, et qu’est-ce qui vous a poussé à revenir sur la scène Metal l’année dernière ?
Hé bien nous n’avons pas du tout splitté ! Pour être exact, ça s’est terminé en eau de boudin ! À vrai dire, nous sommes de vraies têtes de cochon quand il s’agit de la musique, et j’ai un mode de fonctionnement binaire : soit tu t’impliques à cent pour cent, soit tu laisses tomber, il n’y a pas d’entre deux. Les choses ont fait que nous ne pouvions pas poursuivre l’aventure ainsi entre 2012 et 2015. Du coup, Akercocke n’exista plus. Fort heureusement les choses changent, et aujourd’hui nous sommes de retour, à fond !

Du coup, je suppose que le moment venu, le titre de votre sixième et nouvel album Renaissance in Extremis était tout trouvé ? Peut-on dire qu’il reflète à merveille la situation du groupe à l’heure actuelle ?
J’y trouve personnellement deux niveaux de lecture : d’une part le redémarrage du groupe, malgré les difficultés, mais tu peux aussi y trouver une référence au fait que nous vivons certainement politiquement et culturellement la période la plus extrême de notre existence.

Comment avez composé et travaillé sur ce nouvel album, depuis l’écriture, à la session d’enregistrement plus tard en studio ? Vous êtes-vous enfermés tous ensemble dans une pièce pour vous retrouver et répéter, à l’ancienne, ou avez-vous utilisé des ordinateurs pour partager des idées en MP3 par internet tout en utilisant des logiciels (Protools, Guitar pro…) ?
J’avais déjà écrit certains des titres en 2007, tout de suite après Antichrist, et les partitions de guitares étaient déjà entièrement travaillées. Paul Scanlan (guitares) a également écrit une grosse partie de cet album, totalement isolé de son côté. Nous avons ensuite travaillé les morceaux en entier avec la basse et la batterie en salle de répétition. La plupart des chansons, sinon toutes, existaient déjà depuis des années, à l’exception de « Insentience » qui a été écrite juste avant la mise en forme de l’album. Les ordis sont pratiques pour noter des idées, comme bloc-notes. Il m’arrive parfois de chanter des riffs et de les enregistrer dans mon téléphone quand ils me viennent à l’esprit. Cependant, nous avons besoin de l’implication et de la créativité de chacun pour la finalisation des morceaux.

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Quelques mots sur le titre très spécial « Familiar Ghosts » au milieu de l’album ?
C’est mon préféré ! (rires) C’est Paul lui-même qui l’a écrit. C’est un des meilleurs titres que nous n’ayons jamais produit. Il démontre la parfaite capacité de Paul à composer ! J’adore ce côté torturé et tortueux, et comment il couvre tant d’émotions différentes en quoi, quelque chose comme sept min ? Nous nous sommes bien marrés et avons pris un plaisir considérable à enregistrer cet album. Collaborer si étroitement avec Paul pour finaliser ses compositions restera à jamais gravé dans ma mémoire comme l’un des moments des plus fabuleux.

Qui s’est chargé du chant sur « Renaissance in Extremis » (chants clairs, growls, etc.) ? C’est incroyable. Est-ce toi ?
Merci, c’est très gentil ! C’est moi, en effet qui chante sur cet album. Nous avions prévu deux jours dans notre emploi du temps pour l’enregistrement des vocaux des neufs nouveaux titres, mais nous avons dû détruire ceux du premier jour, car ils n’étaient pas vraiment bons… Je pense que nous avons été très chanceux de pouvoir saisir des moments utilisables le deuxième jour ! Ce nouvel album est accordé de manière standard, contrairement à nos précédents qui étaient « sous-accordés ». Le fait que les instruments soient deux tons au-dessus me donne d’avantage de possibilité dans l’utilisation de ma voix, de manière probablement différente que je ne l’ai fait précédemment.

Et devons-nous considérer Renaissance in Extremis comme un concept album ?
Tu peux le recevoir comme tu le souhaites ! (rires) Pour nous, ce n’est pas un concept album. Nous n’avions absolument aucune idée de la façon dont il pourrait sonner en tant que produit fini. Notre batteur David Gray (Voices, ex-The Berzerker, My Dying Bride…) a ordonné l’enchaînement des titres (NDRL : track-listing) et je trouve qu’il a fait du bon boulot. À mes oreilles, il s’écoute et s’écoule tel un voyage musical…

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Avant de conclure, je me suis toujours demandé d’où vient et que signifie ce nom Akercocke ?
Malgré tout le respect que je te dois, je ne répondrai pas à cette question. Akercocke existant depuis vingt ans, c’est certainement la question qu’on m’a le plus posée. Alors Google est ton ami ! (rires)

Enfin, Akercocke a été fondé en 1997, et vous allez fêter vos vingt ans d’existence (sans tenir compte des quelques années de mise en parenthèses). Allez-vous célébrer cela d’une manière particulière pour vos fans sur scène ou en sortant des titres inédits ?
Je pense que nous fêterons le fait que le groupe existe toujours après une déjà belle carrière tranquillement entre nous. Je suis très honoré de pouvoir à nouveau faire de la musique avec mes meilleurs amis. C’est quelque chose que je n’ai jamais considéré comme acquis. Nous nous retrouvons trois fois par semaine pour jouer et travailler. Je considère les membres du groupe comme mes frères. Nous restons humbles et honorés d’avoir, malgré notre absence de la scène musicale durant quelque temps, tant de fans qui ont permis la renaissance du groupe et l’ont si bien accueillie ! Big Up aux fans d’Akercocke !