C’est bien souvent à la suite de moments douloureux et tristes que naissent les plus belles œuvres artistiques, que ce soit dans la peinture ou la musique ici dans le cas présent. En voici un parfait exemple avec les Allemands d’Albez Duz qui sortent cet automne leur troisième opus : Wings Of Tzinacan. Ce drôle d’oiseau (« Albez Duz » signifiant en vieux germain « le cygne du bruit ») aurait pu très bien ne jamais s’envoler à cause du décès de son chanteur originel en 2011. Évoluant dans un registre Doom/Dark Metal occulte aux saveurs Stoner délicieusement mystérieuses, et l’ayant consacré « album du mois » dans nos pages de novembre/décembre 2016 (cf. Metal Obs #75), il était grand temps de faire enfin connaissance avec ce trio berlinois fondé par l’ex-batteur du groupe de Black Metal Dies Ater.

[Entretien avec Alfonso Brito Lopez (chant) et Eugen H. alias « Impurus » (batterie) par Seigneur Fred]

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Nous ne connaissions pas encore bien à vrai dire Albez Duz jusqu’à présent, et l’occasion est idéale pour faire les présentations avec ce troisième opus Wings Of Tzinacan qui vient de paraître sur le label français Listenable Records. Alors avec vos propres mots, pouvez-vous nous résumer votre histoire, et expliquer le concept artistique qui se cache derrière ce nom étrange ?
Alfonso : En fait, nous avons été dans l’incapacité de jouer en France jusqu’à maintenant, bien que la première fois où nous avons joué à l’étranger fut à côté de chez vous, en Belgique. Le premier album du groupe fut enregistré à Berlin avec Eugen (NDLR : le batteur, fondateur et principal compositeur d’Albez Duz) qui jouait alors chacun des instruments et Lars Keading assurait le chant. Malheureusement, Lars mourut quelques jours après la première de l’album… Le second album fut de nouveau enregistré à Berlin, peu de temps après ma rencontre avec Eugen qui eut lieu dans de mystérieuses conditions… Le projet de départ était de ramener à la vie une nouvelle fois son ancien groupe de Black Metal Dies Ater, mais les choses changèrent finalement d’orientation subitement. Nous avons enregistré The Coming of Mictlan sans savoir que nous le jouerions un jour en live, c’était juste un projet studio en fait afin de mieux se découvrir l’un l’autre artistiquement parlant, et avec le temps, nous avons essayé de chercher d’autres musiciens avec qui jouer, mais dans un projet différent en fin de compte. Comme tu le vois, les choses ont pas mal changé ensuite… Maintenant, nous possédons un vrai line up avec des musiciens formidables, un troisième album en plus à notre actif, et nous avons joué un peu partout en Europe depuis.

Selon vous, quelles sont les principales influences musicales du groupe ? Personnellement, je dirais en premier lieu Black Sabbath, Candlemass, Cathedral, Electric Wizard, et Celtic Frost
Alfonso : Nous avons différentes influences au sein d’Albez Duz, mais si on parle dont le groupe sonne, nous dirions : il s’agit d’une très grande variété de riffs massifs du genre mammouth combinés à des atmosphères Black Metal, normalement joués à un rythme lent, le tout incluant des claviers psychédéliques à mort et une voix, la mienne, qui vous raconte une histoire… (sourires)

Vous êtes un trio mixte (deux hommes/une femme). Comment travaillez-vous au sein d’Albez Duz afin de créer cette atmosphère sombre et heavy si envoûtante ? Avez-vous une recette spéciale comme on élaborerait un bon plat en cuisine… ?
Alfonso : Avec le temps, nous avons enregistré ce nouvel album Wings Of Tzinacan, or nous étions déjà constitués en un puissant trio. Nous n’avons pas vraiment de secret ni de formule magique que nous pourrions expliquer ici dans la manière de mélanger cette musique Heavy chargée d’atmosphère sombre et ténébreuse. Simplement, je pourrai dire que ça se passe naturellement ainsi. On a essayé pas mal de choses à vrai dire pour rendre le tout massif et on adore simplement les choses épiques et mélancoliques dans la musique. On aime aussi offrir des chœurs car ça donne une forme plus douce à la chanson dans son ensemble.

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D’où vient le nom « Albez Duz » exactement et que signifie au juste cette expression allemande ? Je crois savoir que cela provient du vieux germain me semble-t-il… ?!
Eugen : Oui, c’est du vieux germain employé il y a environ huit cent ans… « Albez » signifie « cygne », et « Duz » veut dire bruit, résonance, turbulence en quelque sorte… C’est un nom parfait pour nous et notre musique !

Et quelle place ou importance revêt l’occultisme dans votre musique au quotidien ?
Alfonso : L’occultisme et tout ce qu’il retourne sont devenus une tendance très à la mode dernièrement. Nous essayons de nous éloigner de tout cela, de cette étiquette, car les gens commencent à ne pas le comprendre ou du moins à mal le comprendre ou l’interpréter. Il y a certaines choses auxquelles on croit et elles font d’ailleurs partie de nos vies. Aujourd’hui, nous avons choisi le mysticisme mésoaméricain comme sujet pour nos deux derniers albums studio. Après, est-ce que cela va rester ainsi pour les prochains disques, nous ne pouvons y répondre pour le moment.

Parlons davantage de votre nouvel album pour l’heure, Wings Of Tzinacan. Peut-on y voir un concept album dans le cas présent tel un voyage progressif vers les ténèbres ou bien un état transitoire vers le purgatoire ? Parfois, c’est comme si nous marchions dans un endroit lugubre et mystérieux, brumeux, comme lors des chansons « Innocence Gate », « Death Whistle », etc.), avec toutefois de temps à autre quelques lumières (comme par exemple « Tzinacan’s Rising ») mais sans échappatoire possible…
Alfonso : Wings Of Tzinacan n’est pas un concept album proprement dit, pas pour nous du moins. Nous comprenons toutefois que des tas de gens le prennent comme un concept album, à cause de sa thématique et si tu écoutes l’album dans son intégralité, tu réalises alors que c’est comme lire une sorte de contes. C’est parce que les chansons sont toutes connectées les unes aux autres et qu’elles vivent chacune d’elle à travers ou plutôt tout le long de l’album que l’atmosphère se crée et prend forme avec la musique.

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Pouvez-vous nous donner plus de détails à présent à propos de la première chanson de l’album, « The Uprising », qui est très long et sinueuse comme introduction en quelque sorte à l’album ? C’est dangereux voire risqué de débuter un disque ainsi avec un morceau aussi long, non ?
Alfonso : Écrire de longues chansons comme celle-ci est en effet et de toute manière risqué, oui, mais ça n’a pas d’importance s’il s’agit de la première, du milieu, ou bien de la dernière chanson de l’album qui dure plus de dix minutes. Nos morceaux sont longs généralement, et ce pour de nombreuses raisons. La première d’entre elles est que nos chansons sont lentes ; la seconde raison est que l’on aime les rendre riches, vivantes, emplies d’émotions et nous voulons que ces chansons décollent à un moment donné ; enfin, nous aimons raconter une histoire, il faut créer pour cela la structure nécessaire avec un certain tourbillon sonore, et avoir le temps pour développer et achever la chanson comme il se doit et quand il est temps. On se moque si ça doit prendre pour cela deux, trois ou dix minutes…

Il est intéressant de noter comment vous utilisez les claviers dans votre musique (avec aussi bien des parties plus modernes que des passages à l’orgue, notamment l’orgue Hammond) afin d’envelopper et créer cette atmosphère Dark et occulte propice au mysticisme des paroles et sujets abordés ici sur ce troisième album, comme sur le second d’ailleurs. Comment concevez-vous ces passages atmosphériques et comment ça se passe en studio ?
Eugen : Les claviers sont les derniers éléments que l’on ajoute lors du processus de composition. Tout d’abord, il y a les guitares et la batterie accompagnées de quelques parties de chant. Et oui, tu as vu juste, quand nous utilisons à bon escient ces sonorités aux claviers, cela confère davantage d’ambiance et plus de mysticisme aux chansons, notamment en termes de noirceur. Mais cela requiert pas mal de temps en fin de compte pour trouver les bonnes sonorités au bon endroit dans chaque chanson, mais ce n’est pas automatique non plus, parce qu’il existe tellement de sons et possibilités parmi des milliers. Et parfois, cela peut prendre vraiment beaucoup de temps pour créer et assembler tout cela. Et a contrario, certaines parties de claviers peuvent anéantir ou appauvrir une chanson ! Il y a bien trop de mauvais exemples à l’extérieur comme ça ! (rires) L’essentiel pour notre musique est que ces sonorités soient plus en fond dans l’espace sonore ni trop éloignées des principaux éléments que l’on attend.

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Mais qui joue vos claviers au sein d’Albez Duz en studio et sur scène lors de vos concerts ? Julia votre guitariste ? Il semblerait qu’il n’y a pas vraiment de claviériste attitré et avez-vous recours à quelconques samples en concert par conséquent ?
Eugen : J’ai assuré toutes les parties de claviers sur cet album. Malheureusement, nous n’avons personne sur scène pour s’en occuper. Et nous n’utilisons aucun sample pour nos claviers sur scène lors de nos concerts. C’est simplement deux guitares, une basse, la batterie et le chant. Nos chansons fonctionnent aussi sans clavier à vrai dire, et live nos morceaux sont un peu plus rapides. Mais peut-être que pour l’an prochain (2017) nous aurons recours à un claviériste si nous en trouvons un. Les playbacks et autres samples sur scène sont de la merde, d’après moi ! (rires)

Pour conclure, allez-vous partir en tournée en Europe, notamment en France cette fois-ci, et en Amérique afin de promouvoir live comme il se doit ce nouvel et troisième album Wings Of Tzinacan ?
Eugen : On espère bien ! Il n’y a rien de concret encore pour le moment. La France, ça serait génial ! C’est le pays de notre label !! Nous voulons de toute façon jouer partout et si les conditions le permettent et sont correctes, alors nous y serons ! Restez branchés !

ALBEZ DUZ
Après le chant du cygne

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