Fines fleurs de la musique extrême allemande, les membres d’Alkaloid ont décidé d’unir leurs forces et de sortir, en indépendant, le premier album d’un nouveau genre : le metal progressif. Découvrons-les ensemble.

[Entretien avec Linus Klausenitzer (basse) par Philippe Jawor]

Alkaloid_Band_The_Malkuth_Grimoire

Tout d’abord, raconte nous l’histoire d’Alkaloid. Qui est à l’origine de ce supergroupe ?
Notre batteur, Hannes Grossmann, est un grand fan de l’album « Metatheosis » de Noneuclid. Il a découvert que le compositeur principal de Noneuclid, Morean (Florian Magnus Maier, ndlr), écrivait aussi de la musique classique à laquelle il se sentait très connecté. Il a appelé Morean pour bosser avec lui.
Quand Morean a accepté – il est chanteur et guitariste dans Alkaloid -, Hannes et lui se sont mis à chercher des musiciens, parmi ceux qu’ils connaissaient et avec qui ils avaient eu plaisir à travailler. Pour moi, Alkaloid c’est un groupe d’amis talentueux : un line-up auquel tu ne peux pas dire non.

Même si vous avez travaillé ensemble, vous veniez tous de groupes différents (Obscura, Aborted, Necrophagist, God Dethroned, entre autres). Comment ces expériences ont-elles influencé la musique d’Alkaloid ?
Elles nous influencé dans beaucoup sens. Ça s’entend dans les compositions, et dans le son de chaque instrument. Même si on travaille sur un nouveau concept, on a forcément un passé. Cependant, comme chacun de nous avait déjà travaillé avec au moins un autre membre du groupe, on connaissait les personnalités et le professionnalisme de chacun ; ça a beaucoup aidé.

Parlons de ce premier album, « The Malkuth Grimoire ». Que renferme-t-il ?
Dans l’Histoire, les humains ont toujours cru que les phénomènes qu’ils ne pouvaient pas expliquer avaient une part de magie. Grâce à la science, on peut aujourd’hui expliquer la majorité de ces phénomènes. Pourtant, certains préfèrent y voir des manifestations divines ou angéliques. Ce qu’on veut dire dans cet album, c’est que notre monde est assez complexe pour contenir toute cette magie ; Malkuth incarne, dans l’Arbre des Sephiroth, le stade ultime de la forme, dense et palpable, incapable d’exister plus concrètement.
La majorité de l’album était déjà écrite par Hannes et Morean, qui voulaient écrire des choses qu’ils ne pouvaient pas faire dans leurs autres groupes ; le reste du groupe a simplement joué ses parties en respectant au mieux les compositions, tout en apportant sa touche personnelle.

Vous avez décidé de vous passer de label, affirmant que votre musique ne pouvait être étiquetée. Pourtant, vous décrivez vous-même votre musique comme étant du « metal progressif ». Ça n’est pas une étiquette, ça ?
On n’a rien contre les labels. Avec Obscura, je suis très satisfait de notre collaboration avec Relapse Records. L’Homme a toujours eu besoin de structures, de catégories. Je le comprends et j’utilise ces termes moi-même. Mais si tu dis « metal progressif », les gens vont s’attendre à un chanteur à la voix haut perchée et plein de synthés. Les sous-genres ont la vie dure : les fans de black metal détestent les fans de power metal, les amateurs de hard rock méprisent les amateurs de death ; les labels le savent et ont du mal à vendre des groupes qui mixent plusieurs influences. Plusieurs groupes affirment faire ça, mais je suis convaincu que rien ne sonne comme Alkaloid.

C’est pourquoi vous avez préféré passer par une campagne de crowdfunding ?
Ce qu’il y a de bien avec le crowdfunding, c’est que tu as un retour très rapide sur ta musique, ce qui n’est pas possible avec un label ; on a un rapport direct avec nos fans. On est déjà habitué à être en contact avec eux via les réseaux sociaux, mais c’est différent de leur demander d’investir sur notre travail. Ça permet de leur montrer en temps réel ce que l’on fait, de leur prouver qu’on est dignes de leur confiance.

Dans cette campagne, il y avait beaucoup de contreparties à destination des musiciens. C’est ce public que vous visez avec Alkaloid ?
La plupart des amateurs de musique « technique » sont musiciens eux-mêmes. C’est pour ça qu’on s’attendait à un intérêt de leur part, et qu’on a voulu leur proposer des contreparties « utiles ». Cela dit, quand on propose de venir jouer sur un de leur titre, on n’a pas l’intention d’impressionner les musiciens avec notre technique ou quoi que ce soit ; on veut juste composer et enregistrer de bonnes chansons, que celui qui nous écoute soit musicien ou pas.

Alkaloid Band Promo

Vous avez d’ailleurs dépassé votre objectif de plus de 7 000 € (avec 19 119 € récoltés). À quoi sera destiné ce surplus ?
Malheureusement, il s’avère qu’on avait besoin de plus d’argent que prévu. Nous avons l’habitude de créer des albums, mais nous ne pensions pas qu’il faudrait quatre semaines de mixage, par exemple.
Pour l’instant, on a encore des factures à payer, et on ne sait pas combien il restera de toute cette somme. Dans tous les cas, nous avons demandé leur avis aux fans, et la plupart a demandé un clip : c’est notre plan A.

Et les autres plans ? Quoi de prévu ? Une tournée ?
Avant d’organiser une tournée, on voulait sortir l’album pour que les tourneurs et les promoteurs se fassent un avis sur notre musique, en plus d’obtenir le retour final de nos fans ou de la presse.
Mais bien sûr, on est impatients de monter sur scène et retrouver ceux qui nous ont aidé à faire cet album, on a de quoi faire une bonne setlist. On est euphoriques, en fait. La réaction des fans est excellente, la campagne s’est bien passée, et Hannes a déjà écrit pas mal de nouvelles choses ; on est motivés comme jamais et ça ne m’étonnerait pas qu’on se mette à plancher sur un deuxième album rapidement.

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