ANNIHILATOR

Le temps comme allié

Jeff Waters, tête pensante d’ANNIHILATOR, vit et travaille dorénavant en grande partie en Angleterre, où il a monté son studio. C’est donc sur l’île britannique que le musicien a composé et produit le très bon « Ballistic, Sadistic ». Grosse production, titres rageurs, brutaux et avec une agressivité qui n’a pas quitté le Canadien, ce nouvel album est probablement l’un des meilleurs du groupe. [Entretien avec Jeff Waters, leader du groupe, par François Alaouret – Photo DR]

« Ballistic, Sadistic » vient juste de sortir, deux ans après « For The Demented ». Tu étais si pressé que ça ?
En fait, j’essaie de sortir un disque tous les deux ans et demi. Après l’enregistrement d’un album et sa sortie, j’en fais la promo et nous partons en tournée et dans les festivals. Et une fois que c’est terminé, je commence à tourner en rond. Alors, la question ne se pose même pas : je compose de nouveaux morceaux ! (rire)

Depuis maintenant six ans, tu assures aussi le chant où tu sembles d’ailleurs de plus en plus à l’aise, toi qui es avant tout guitariste. Comment est-ce que tu appréhendes l’exercice ?
C’est vrai que je chante depuis six ou sept ans maintenant. Au départ, je ne me sentais pas vraiment chanteur. Je hurlais plus qu’autre chose. Jouer de la guitare est ce que je fais le mieux. Faire les deux n’était pas évident au début. Mais à force de changer régulièrement de chanteur, j’ai pris cette décision, je me suis prêté au jeu et je prends ça de plus en plus au sérieux. Je ne veux pas me contenter de faire le job, je m’investie beaucoup. Cela fait trois albums sur lesquels je chante, et donc un grand nombre de concerts. Maintenant, je pense que je chante bien… mais pas aussi bien que Dave Mustaine, par exemple. C’est quelque chose que j’ai beaucoup travaillé.

ANNIHILATOR est vraiment ton groupe et ton projet, puisque tu composes et produis l’ensemble des albums. Tu n’as pas envie parfois de déléguer un peu ?
Non, non, au contraire ! La musique est mon métier et un loisir ! J’adore passer du temps dans mon studio à bosser. Je ne fais que ça, donc je n’ai pas l’impression de me forcer à quoique ce soit. J’adore enregistrer, tester ma console, essayer toutes sortes de choses, retravailler des anciens morceaux, sortir de nouveaux riffs ou des solos… Comme c’est mon hobbie, je ne compte pas vraiment les heures. C’est vrai que lorsque ton job est un loisir, tu peux faire un tas de choses ! Donc, je n’arrête jamais vraiment de travailler ! (rire)

En écoutant le nouvel album, on ne peut s’empêcher de penser sur certains morceaux à « Alice in Hell » et « Never, Neverland », tant au niveau des riffs que des solos et même du son…
Si on parle de production, c’est vraiment différent car beaucoup de choses ont évolué et puis je suis en Angleterre aussi, ce qui a changé mon approche. Quand je compose, je suis imprégné de la culture locale. J’entends beaucoup Iron Maiden, Judas Priest, Def Leppard et il y a aussi un mode de vie qui est très différent. Quand tu vis ici, tu es happé par l’histoire du Metal. Et puis, c’était aussi la première fois que je mixais dans mon nouveau studio. Je voulais obtenir un son Old School avec une production très actuelle, en utilisant toutes les nouvelles technologies. C’est sûrement à ce niveau-là qu’on retrouve des concordances avec ces deux albums. Mais tout est très moderne, c’est l’approche qui est Old School.
Et puis, ANNIHILATOR est aussi un groupe, même si j’enregistre tout. Mes musiciens ont beaucoup d’importance et lorsque l’on répète, je leur demande toujours comment est-ce que je dois jouer tel ou tel riff, etc… Ils étaient ados quand ces deux albums sont sortis ! Ils ont un autre regard que le mien, et ça compte beaucoup. Du coup, je compose aussi en pensant à eux, à la manière dont ils joueraient les titres et voudraient les jouer. Je tiens énormément compte de leurs opinions. Alors, si certaines chansons sonnent peut-être un peu plus Old School, c’est juste parce que c’est notre style ! (sourire)

C’est maintenant ton 17 ème album avec ANNIHILATOR, est-ce que tu as parfois envie d’essayer autre chose ? Ou est-ce que tu es définitivement lié au Thrash Metal ?
Tu sais, je peux écrire et chanter des morceaux acoustiques, classiques, des chansons d’amour comme du Punk, du Progressif, du Technical, du Melodic et bien sûr du Thrash. Je peux vraiment jouer ce que je veux. Mais je fais ce que j’ai vraiment envie d’entendre sur scène. Je fais ce que je veux sans vraiment me soucier du reste. Je ne cours pas après le succès. J’ai juste une règle : ne sois pas fainéant, ne te mens pas et ne mens pas au public. Il faut rester honnête dans ce que l’on fait, le reste n’a pas d’importance.

ANNIHILATOR est l’un des tous premiers groupes de Thrash Metal. Que penses-tu de ce grand revival Old School justement ? Et que t’inspirent les jeunes groupes ?
Depuis dix ans, j’ai vu beaucoup de groupes qui essayaient d’être très populaires, de plaire absolument au jeune public, etc… Mais il n’y aura pas un autre Metallica ! Ils ont enregistré plusieurs albums jusqu’à « And Justice For All » et même le « Black Album ». Ensuite, on est entré en religion, c’est juste incroyable ! Au début, personne n’y croyait vraiment jusqu’à ce qu’ils le fassent. De mon côté, je continue à faire ma musique. Je suis content que les jeunes se tournent vers le passé. Si tu regardes bien, les grands changements ont eu lieu avant, dans les années 70 avec Maiden, Priest et Van Halen. Puis, la musique s’est endurcie avec Slayer, Pantera, Megadeth et beaucoup d’autres. C’est une constante évolution et elle n’est pas partout la même. Chaque continent a aussi sa propre vision du Metal et son héritage n’est pas le même. Chacun retient des leçons du passé et les goûts sont très différents à travers le monde. Finalement, le temps n’a pas d’importance, c’est ce que retiennent les gens qui compte. La vérité est dans la musique, pas dans les modes.

ANNIHILATOR

Ballistic, Sadistic

Thrash Metal

Neverland Music Inc

★★★★★


« Ballistic, Sadistic » est probablement l’un des albums les plus attendus de ce début d’année sur la scène Metal. Il faut reconnaître que depuis 1984, ANNIHILATOR a
sérieusement marqué le monde du Thrash avec, notamment, les albums « Alice In Hell » et « Never Neverland », qui restent des références du genre. C’est donc avec beaucoup d’impatience que les fans attendaient ce nouvel opus. Jeff Waters, fondateur et seul membre permanent d’ANNIHILATOR, propose un 17 ème album super efficace, très moderne et percutant. Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur l’inspiration et la férocité du multi-instrumentiste, qui signe et a produit « Ballistic, Sadistic » dans son propre studio. Et le Canadien surprend encore et toujours ! D’une précision chirurgicale, les mélodies d’ANNIHILATOR sont intactes (« I Am Warfare », « The Attitude », « Dressed Of For Evil » ou encore « One Wrong Move »). Les guitares sont omniprésentes et incisives à souhait (le très Indus « Riot », le Old School
« Lip Service »), et les riffs comme les solos restent toujours très bien exécutés et acérés (« Psycho Ward », « The End Of The Life »). Un album direct, brut… et terriblement d’actualité ! [François Alaouret]

ANNIHILATOR : Le temps comme allié

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