Mars 2014, Apocalyptica fait une tournée marathon, 12 dates en 15 jours, d’Helsinki à Moscou en passant par Berlin. Pour la première fois en 20 ans de carrière, les 3 violoncellistes virtuoses du Métal et leur batteur se sont entourés de l’orchestre Avanti ! pour donner une nouvelle dimension à leur musique. Retour sur impressions. [F-A Baugé]

apocalyptica-2014-tempodrom-berlin18h le 19 mars dernier. Tout est encore calme autour du Tempodrom, cette salle Berlinoise de 4000 personnes. Sur le côté, deux bus, un car régie et une porte. On est à 2h du concert au moment de la franchir. Une enfilade de couloirs en labyrinthe, une salle. Autour, des portes étiquetées “Stage”, “Loges”,… Des gens passent : ingé son, service d’ordre, techniciens. 1h30 avant le début des festivités, aucune précipitation. On est à la moitié de la tournée, ils sont rodés. Venant des loges, Paavo Lötjönen (violoncelle) souriant, en tenue de scène noire, sobre, fin prêt, cherche Perttu Kivilaakso (violoncelle). Il apparaît bientôt, longue silhouette toute de noir vêtue, cravate rouge et écharpe rouge nouée autour de la cuisse sur son pantalon troué. Il est déjà dans sa bulle musicale, l’esprit à des années lumières de la planète Terre. On bouge, direction les loges. D’autres couloirs, une nouvelle pièce. Des valises ouvertes à même le sol, un violoncelle dans un coin, des boîtes d’archets sur une table, un bar, des fauteuils. C’est leur pièce à vivre le temps d’un soir. Demain il faudra plier bagages pour une autre ville, un autre pays. Pour l’heure, au fond de la pièce, Eicca Toppinen (violoncelle) et Mikko Sirén (batterie), posés, discutent. Force tranquille de la nature du haut de ses 2m, Eicca est zen. Mikko, lui, aussi calme d’apparence, joue frénétiquement avec l’une de ses baguettes. On est à 1h du concert. Ils répondent sympathiquement à nos questions. Quelques photos et c’est déjà le moment de les quitter. Pas pour longtemps.

 

De retour dehors, il y a foule. Venus de toute l’Allemagne et au-delà pour assister à cet événement unique, bière à la main, des chevelus, des barbus, des tatoués bien sûr, mais aussi des lambda, des robes longues, des jeunots, des papys et tout l’éventail entre les deux. Pas de chichis et tout le monde de bonne humeur, ce soir c’est concert de folie ! A l’entrée dans la salle, surprise, des chaises partout même dans la fosse. Un concert de métal assis, à voir. Les lumières s’éteignent, les projecteurs s’allument, l’orchestre s’installe, le public est exsangue. Mikko enfourche son tabouret prêt à en découdre. Le premier morceau démarre ainsi quand se glissent sur scène nos trois virtuoses, sous une salve d’applaudissements. Nous voilà tous entraînés, emportés par une bourrasque, une tempête. C’est puissant, épique, virevoltant, magique. Ce n’est pas un groupe accompagné d’un orchestre mais « un groupe de Métal à 35 têtes ». Eicca, Paavo et surtout Perttu – déchaîné – font leur show. Ce sont des bêtes de scène. Mais l’orchestre n’est pas en reste. La complicité qui s’est établie entre eux est palpable. Ils jouent au sens musical autant qu’au sens récréatif du terme. Eicca nous disait que ce projet trottait dans leur tête depuis 15 ans. Ils l’ont réalisé, ils se font plaisir et ça se sent, pour le plus grand bonheur du public, aux anges. Les arrangements sont magiques. Ils ont carrément réinventé leurs morceaux, anciens et nouveaux. “Burn” enflamme la salle. Mikko est survolté. Aux violons et xylo, l’intro de “Fight Fire With Fire”, un délice sucré. Sorti seulement au Japon, “Ural” est tonitruant. Fondu enchaîné entre les titres, la tornade poursuit sa route et nous emporte toujours plus loin, toujours plus fort. Quand s’achève le vrombissant “Rage Of Poseidon” c’est l’entracte. Eh oui, il faut bien réaccorder tout ce petit monde. Mais très vite l’orchestre reprend sa place alors que Perttu revient seul sur le devant de la scène. Il interprète “Psalm”, divin. Puis l’orchestre enchaîne les premières notes de “Lullaby” et Perttu s’écrit “tout le monde debout, bougez, faites ce que vous voulez !”. L’ouragan nous emporte à nouveau. Des renforts de cuivres sur “Path”, grandiose. Une envolée de cordes et de vents sur “At the Gates of Manala”, somptueux. Après “Inquisition Symphony”, transfiguré, tous quittent la scène et c’est sous des tonnerres d’applaudissements qu’ils reviennent pour le rappel. Trois tabourets hauts sur l’avant-scène, vont-ils le jouer ce titre que tout le monde attend ? Eicca entame à peine les premiers pizzs que déjà tout le public salue l’arrivée de “Nothing Else Matters”. Cette sublime reprise du titre de Metallica, jouée par les musiciens, chantée par le public (enfin, surtout le refrain) est majestueuse. Toute la salle retient son souffle jusqu’à l’expiration de la dernière note qui laisse place à une déferlante d’allégresse. Pas de répit pour les braves, l’orchestre enchaîne avec “I Don’t Care” et le concert s’achève (déjà !) après deux heures de brio sur une interprétation magistrale de “Hall Of The Mountain King”. Le public est en liesse, les musiciens sont lessivés, trempés, harassés mais ils ont le sourire en banane jusqu’aux oreilles, ils sont heureux.

Apocalyptica à Berlin
Apocalyptic Symphony

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