Un an et demi après la sortie de l’excellent Finding God Before God Finds Me en Aout 2019 et sa réédition en version Deluxe début 2020, Bad Omens poursuit son ascension ! Contraint d’arrêter sa tournée à cause de la crise sanitaire, le groupe a sorti en octobre dernier FGBGFM Unplugged, un EP acoustique de 6 titres tirés de leur dernier opus. Nous avons récemment eu l’occasion de nous entretenir avec Noah Sebastian, chanteur du groupe, pour nous parler de ces chansons retravaillées mais aussi de leurs projets. [Entretien avec Noah Sebastian (chanteur) par Sacha Zorn et Thomas Cordereix, en partenariat avec All Rock – Photo : DR]

BAD OMENS

Comment avez-vous choisi des extraits de votre répertoire pour l’adapter et l’arranger en version acoustique ? Est-ce que vous avez fait des tests avec d’autres chansons ?
Oui, la principale raison pour laquelle nous avons choisi celles-ci, c’est qu’elles se rendaient mieux que les autres en versions acoustiques. Il y en avait quelques autres que nous avons essayés, mais elles ne sonnaient pas aussi bien et n’étaient pas aussi percutantes en acoustique qu’en version originale. Nous avons voulu seulement faire des chansons qui rendaient bien en acoustique et ne pas forcer quoi que ce soit.

Tu peux expliquer le processus pour réinterpréter ces chansons dans leur version acoustique ?
Oui bien sûr ! La première chose que nous devons faire est de s’assurer que la chanson n’est pas trop dure ou agressive comme elle l’est sur l’originale, parce que c’est une version plus tranquille et épurée. Et pour faire cela, nous devons changer la tonalité de la chanson de sorte à ce que la note la plus haute ne soit pas chantée si forte, ou que la note la plus basse ne soit pas trop légère mais toujours audible. Je dirai donc d’ajuster la tonalité pour m’assurer que je pourrai la chanter d’une manière plus tranquille et douce pour la première étape, puis à partir de là, prendre les pistes des instruments qui sont dans la version originale et les transposer sur une guitare acoustique. Enfin, ajouter un peu de percussions et d’autres choses de ce genre, juste pour le rendre plus doux mais en gardant les ingrédients clés du morceau original.

Est-ce qu’il y a eu des chansons plus difficiles à à adapter que d’autres ?
Je pense vraiment que « Burning Out » et « Mercy » l’étaient, parce que le refrain dans « Mercy » est assez puissant dans la version originale et c’est pareil pour les couplets. Pour faire ça, nous avons donc dû ajuster la tonalité d’une manière différente, qui donnait le sentiment de puissance dans le dernier refrain en passant dans les octaves aiguës. Mais on a aussi dû faire en sorte que le reste de la chanson ne sonne pas trop grave ou trop « chuchoté » parce que quand tu es trop bas lorsque tu chantes et que tu suis la note exacte, tu sais, tu chuchotes. Je pense que c’était plus ou moins le même enjeu sur « Burning Out ». Ça a toujours tourné autour du chant et à un moment donné, ça m’est venu. J’ai seulement dû m’entrainer encore et encore pour mieux chanter la chanson et avoir plus de contrôle dans une tonalité plus basse.

Selon toi, cet EP acoustique peut-il amener une audience différente dans l’univers de Bad Omens ?
Oui, je pense. J’en ai parlé à quelques personnes sur mes streams Twitch ou sur Discord et ils m’ont dit que leurs parents, leurs grands-parents ou leurs amis n’aiment pas vraiment la musique heavy. Ils leur ont fait écouter les morceaux acoustiques et c’est quelque chose qu’ils ont aimé. Donc oui je pense que c’est plus accessible à ceux qui n’aiment pas la musique heavy, les breakdowns, les guitares électriques et les choses de ce genre. C’est une bonne façon de présenter notre groupe aux gens et de leur faire apprécier certains aspects qu’ils ne pouvaient pas aborder auparavant, simplement à cause du genre lui-même.

J’aime beaucoup les artworks de vos albums. Tu peux nous parler un peu du nouveau ?
C’était assez drôle. C’est une image qui s’explique parce que d’une certaine manière, nous avons eu du mal à réaliser l’artwork. Nous avons essayé plusieurs autres choses, mais nous n’étions pas convaincus et nous nous sommes basés sur la façon dont les vidéos acoustiques se sont déroulées. On a décidé d’essayer une double exposition. Ça rendait plus rêveur, plus flou, ce qui est l’atmosphère sur l’EP. Et avec mon colocataire Orie, qui est aussi un bon ami qui tourne nos clips, nous sommes allés un jour dans le garage prendre des photos et il m’a fait tourner la tête d’un côté à l’autre. Ça rendait comme si je devenais fou, grâce à ce qu’il a fait avec ce type de longue photo à double exposition. Je ne sais pas exactement comment ça s’appelle et les termes exacts utilisés en photographie, mais ça doit être ça. Donc il nous a tout simplement présenté le résultat de notre travail ce jour-là, et tout le monde l’a vraiment aimé, a pensé que c’était cool et c’est à peu près tout (pour l’artwork).

Tu as le sentiment que la situation dans le monde a un impact lorsque tu écris une chanson ? Est-ce que la période du COVID peut inspirer les prochaines chansons d’une façon ou d’une autre ?
Absolument oui, j’ai pu le remarquer. En général, je ne parle pas de politique ou de sujets comme ça, parce que nous ne sommes pas ce genre de groupe mais si je le fais je reste vague. J’ai l’impression que notre chanson « Mercy » est l’une des plus évidentes qui fait référence à ça. Ces derniers temps, il y a eu plus d’influence avec tout ce qui se passe, avec la pandémie et le fait d’être coincé à la maison. Il y a beaucoup de frustration qui va avec, surtout quand je suis tellement habitué à être sur la route. Donc beaucoup de nouvelles musiques que j’écris, du moins au niveau des paroles, ont une sorte d’allusion au fait que je suis fatigué d’être ici. Mais comme toujours, j’aime garder les choses un peu plus vagues et ambiguës. Je n’ai pas la sensation de ne parler que de moi et j’aime que les gens l’écoutent, qu’ils puissent s’y identifier, donc ça reste assez large pour que tout le monde puisse y trouver son propre sens. Mais quand même, si je leur explique, ils peuvent tout à fait voir de quoi je parle quand je l’ai écrit.

Dans votre façon de créer, d’écrire ou même de produire de la musique, quelle est l’évolution la plus importante depuis vos tout premiers singles « Glass Houses » et « Exit Wounds » ?
Je pense vraiment que la plus grande évolution est venue de mon chant et aussi de notre façon d’écrire en général. Mais j’ai l’impression que tout ça va de pair, parce que l’amélioration de mon chant nous a ouvert beaucoup de portes sur l’écriture de chansons, que nous n’avions pas vraiment essayé d’ouvrir dans le passé. Et vous pouvez entendre ça un peu plus dans Finding God Before God Finds Me et sur les deux nouvelles chansons de la version Deluxe. Pour moi, ces deux-là sont un peu comme un échantillon de la direction que prend ma voix pour le troisième album, et je peux dire avec certitude que sur les nouveaux morceaux que nous écrivons actuellement, je fais toutes sortes de trucs fous avec ma voix que je n’ai jamais fait avant. Je suis très enthousiaste à l’idée que ça va me distinguer en tant que chanteur et frontman sur les tournées et sur la scène rock/métal, parce que j’ai été comparé à beaucoup de chanteurs par le passé, et j’aimerai que les gens entendent une chanson et se disent « Oh c’est Noah » et pas « Oh ça ressemble à ce chanteur, ou ce chanteur… ».

J’imagine que les tournées vous manquent… Tu peux parler des futurs projets du groupe ?
Oui bien sûr. Évidemment, les tournées me manquent beaucoup parce qu’on y était 6 à 8 mois par an durant les cinq dernières années. Ceci étant dit, c’était agréable d’un côté, parce que j’étais chez moi et je pouvais me concentrer sur moi-même et sur ma vie à la maison, ce que je n’ai pas pu faire depuis plusieurs années maintenant. Ça a aussi été l’occasion de m’asseoir chez moi pour écrire et me concentrer sur le son que nous voulons pour le prochain album. C’est excitant pour nous, parce que notre deuxième album Finding God Before God Finds Me est encore assez nouveau pour beaucoup de gens. Il est sorti en aout de l’année dernière et nous avions écrit certaines des chansons presque deux ans avant. Donc vous savez, pour nous dans un sens, on s’ennuie avec celles-ci (rires). Être coincé à la maison, se concentrer sur l’écriture du prochain album et, espérons-le, pouvoir le sortir plus tôt qu’il n’a fallu de temps pour sortir le deuxième album, c’est assez excitant pour moi. Donc je dirais que tous nos futurs projets, c’est d’écrire un album et de rester à la maison.

Il n’y a pas longtemps, vous avez organisé un concert en streaming. Peut-on s’attendre à d’autres événements comme celui-là tant que la situation n’évolue pas ?
Absolument, c’est quelque chose que nous avons beaucoup travaillé en coulisses pour faire une sorte de version live d’un concert. Qu’il s’agisse de streaming, de pré-enregistrement, de vidéo en live, ou d’autres formats de ce genre, c’est quelque chose auquel les gens peuvent s’attendre.

Je suis curieux, quels groupes ou artistes sont dans ta playlist spotify en ce moment ?
Laisse-moi regarder. Le plus récemment, il y a Architects, Don Broco, Death Cab For Cutie, Ghostemane, Northlane, Wage War, Sleep Token, Era et Crystal Lake.

As-tu eu le temps d’écouter le dernier Architects, Animals ?
Oui, bien sûr ! Je suis un grand fan, c’est une superbe chanson !

Je reviens un peu dans le passé. Comment avez-vous géré le départ de Vincent ? Ça a changé quelque chose dans la conception des nouvelles chansons ?
Pas trop dramatiquement. Quand nous avions fait le premier album, il était très impliqué. Mais il était aussi tatoueur, qui est aujourd’hui son unique profession et il a toujours été très concentré là-dessus. Il voulait faire ça plus que les tournées, alors il n’était plus très porté sur ça par la suite. C’est évidemment l’un de nos meilleurs amis. Il aime faire de la musique, mais ce n’était pas aussi important pour lui que sa carrière de tatoueur et le fait d’être à la maison avec sa famille. Nous sommes toujours de grands amis et dans tout ça, il n’y a rien de bizarre ou de négatif.

Quel est ton meilleur souvenir depuis la création de Bad Omens ?
C’est une question difficile ! Mais je dirai l’un que je retiens et que je me souviens, était lorsque nous jouions à un festival en République Tchèque appelé « Rock For People » je crois. C’était la première fois qu’on jouait un festival là-bas et si je ne me trompe pas, c’était au milieu de l’année dernière pendant l’été. On a commencé à jouer notre chanson « Careful What You Wish For » en faisant comme une sorte de version calme avec une guitare sèche et montrer aux gens comment était l’air de la chanson. Ils pouvaient alors chanter en même temps quand l’air se répétait. Et presque tout le monde dans la foule chantait en même temps ! C’était vraiment impressionnant et fou parce que nous n’avions jamais vu une foule aussi grande reprendre notre chanson avant. C’était une sorte de moment, du moins pour moi, où j’étais en train de penser à notre carrière dans son ensemble. Je me suis détaché quelques secondes du moment où on jouait pour me dire, waouh, on fait vraiment quelque chose maintenant.

Enfin, as-tu quelques mots à dire à l’attention de vos fans français ?
Oui, absolument ! Nous sommes allés quelques fois en France à Paris, et nous aimons être là-bas. Dès que les tournées pourront reprendre, nous retournerons en Europe et la France en particulier est l’une de nos priorités. Donc on a hâte !

=> BAD OMENS FGBGFM Unplugged disponible dès à présent.