Si le genre Gothic Metal a clairement perdu de sa superbe depuis la fin des années 90 (split de Theatre Of Tragedy, disparition de Type O Negative, retour à des sources plus extrêmes pour Paradise Lost…) et n’est plus vraiment au goût du jour, cela a nullement découragé la formation suédoise Beseech de refaire surface en 2013 sous l’initiative de deux de ses anciens membres : Klas Bohlin (chant/ex-guitariste) et Robert Vintervind (guitare). Ces derniers se moquant bien des modes et ayant connu leur apogée à l’aube des années 2000, ils livrent aujourd’hui un nouvel et sixième opus inspiré et sans prétention intitulé My Darkness, Darkness pour le plus grand plaisir des fans, leur permettant ainsi de sortir de l’ombre dix ans après leur split de 2006. Explications par son principal compositeur et désormais chanteur.

[Entretien avec Klas Bohlin (chant) par Seigneur Fred]

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En 2013, qu’est-ce qui t’as motivé à refaire de la musique avec Beseech, après sept ans de silence ?
Pendant les années de pause de Beseech, Robert Vintervind et moi – qui sommes les créateurs du son Beseech – parlions beaucoup faire de la musique, sans être sûrs que ce serait sous le nom de Beseech. Mais quand on a commencé à jammer, tout semblait évident : la base mélancolique était toujours là, peut-être plus rock que metal, mais en fin de compte… plus Beseech que jamais !

Évidemment, nous voudrions savoir pourquoi Klas Bohlin (guitare/chant) a quitté le groupe en 2003, et pourquoi le groupe a splitté en 2006…

Après notre troisième album, Souls Highway, j’ai réalisé que je cherchais, depuis quelque temps, de nouveaux challenges musicaux. En fait, j’avais seulement besoin de m’épanouir en tant que songwriter, mais j’en étais incapable au sein de Beseech. À l’époque, Beseech prenait aussi une direction plus modern metal, avec laquelle je n’étais pas vraiment en phase. C’est pour ça que j’ai décidé de quitter mes amis de Beseech et d’embarquer pour un nouveau voyage qui m’emmènerait dans le psychédélisme de la fin des années 1960 avec mon nouveau groupe Depressive Art. C’était probablement ce que j’avais de mieux à faire à l’époque, et avec le recul je me dis que c’était peut-être bien pour Beseech également. J’étais content que  Manne Engström me remplace à la guitare. Aujourd’hui il y a trois mecs qui apportent des riffs, et pour moi la boucle est bouclée : je suis de retour pour écrire des chansons avec Beseech.

La « fin du groupe » (qui n’en était pas une) était due à des divergences musicales au sein du groupe, mais aussi à une volonté d’aller de l’avant. Robert, qui était le compositeur principal à l’époque, avait besoin de faire une pause, tandis que le reste du groupe, dont le travail de composition n’était pas apprécié à sa juste valeur au sein de Beseech, a pris une autre direction en fondant The Mary Major.

Il y a donc aujourd’hui de nouveaux membres au sein de Beseech, à l’instar d’Angelina Sahlgren Söder. Peux-tu nous la présenter ?

Elle fait un peu tout : théâtre, musique, mannequinat, design, etc. Je l’ai connue quand Håkan Carlsson (notre nouveau batteur) et moi étions dans un autre groupe : elle était choriste sur un concert, et sa voix me hantait depuis. Quand il était l’heure de relancer Beseech, c’était l’une des premières personnes à être contactées. Angelina et moi sommes la troisième génération de chanteurs de Beseech, mais ce qui nous différencie des autres duos gothiques est que nous avons beaucoup expérimenté au niveau des harmonies, en s’inspirant de ce qui se fait dans la country. J’aime aussi son petit côté trippy, qui amène quelque chose de nouveau à notre son.

Qui sont les autres nouveaux musiciens ? Ont-ils participé à l’écriture et l’enregistrement de ce nouvel album ?

Quand Robert, Manne et moi nous sommes mis d’accord sur la nouvelle direction à suivre pour Beseech, nous avons réalisé qu’il faudrait apporter quelques changements au line-up pour coller aux nouvelles chansons, mais nous savions que nous n’aurions pas à chercher bien loin. À part Håkan et Angelina, nous avons aussi un nouveau bassiste, Johan Örnborg, certainement plus connu comme l’un des mecs des studios Fascination Street. Quand j’ai rencontré Johan pour la première fois, il commençait tout juste à travailler aux côtés de Christian Silvers à StudioMega. J’y étais pour enregistrer avec Depressive Art, et j’étais impressionné par son talent et sa créativité. Robert et Manne ont aussi travaillé avec Johan à plusieurs reprises. Donc en plus d’être un très bon bassiste, il a joué un rôle important à la production, en créant la structure de chaque titre de l’album. Tous les membres sont impliqués dans l’arrangement des chansons, même si les membres plus anciens – Robert, Manne et moi – connaissent plus Beseech et sommes de fait plus impliqués dans ce travail. Une part importante de l’histoire de Beseech va de paire avec celle de StudioMega. Aujourd’hui, Manne est le propriétaire du studio ; ça nous rend la vie bien plus facile.

Comment My Darkness, Darkness a-t-il été composé ?

J’ai écrit quelques chansons tout seul, trois avec Robert, et deux avec Manne. Certains ont été écrits pendant la pause de Beseech, d’autres après nos retrouvailles.

Pour cet album, les autres m’ont aussi donné leur confiance pour écrire toutes les paroles. C’était une bonne chose, parce que ça me permettait d’enregistrer directement de chez moi quand j’étais inspiré, de passer du temps à essayer de nouveaux arrangements. J’ai lu que certains y voyaient une proximité avec Blue Öyster Cult… C’est peut-être juste, c’est en tout cas un honneur d’y être comparé.

Nous avons mis plus de deux ans à achever cet album, ce qui est un record dans l’histoire de Beseech. Les guitares et la batterie ont été enregistrées en deux sessions distinctes. Johan a fait du très bon travail pour développer les structures des chansons, avant que Manne s’est chargé du reste. Enfin, nous avons fignolé les détails (claviers, effets sonores et guitares additionnelles) séparément, depuis chez nous. Pour le mix et le mastering, nous avons fait appel à notre ami de longue date et producteur depuis 1995, Christian Silver. C’était tout de même un processus très long, mais c’est pour moi le meilleur album de Beseech à ce jour.

Qu’est-ce qui était le plus difficile : remonter un groupe avec de nouveaux musiciens, retrouver l’inspiration, trouver une nouvelle maison de disques (Despotz Records) ou espérer que les fans ne vous avaient pas oublié pendant ces sept années de split ?

Il faut savoir rester humble. La seule chose dont nous étions sûrs, c’est que nous avions fait un album qui nous plaisait, et c’était à peu près la seule chose qui nous importait. Beseech a toujours été un groupe qui n’a pas eu peur du changement, alors nous revoilà… certains aimeront, d’autres non.

Travailler avec Despotz est incroyable : j’ai un contact quotidien avec Ömer, le label manager. Chez Despotz, ils aiment la musique, mais ils ont en plus un sens du business.

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Explique-nous le sens du titre de l’album ; pourquoi cette répétition du mot “Darkness” ? Est-ce un concept album ?

Le thème principal de cet album est la confrontation avec l’obscurité du quotidien, celle qui accompagne certaines maladies, tragédies ou pertes. Tout le monde y est confronté tôt ou tard, qu’on le veuille ou non, du coup nous sommes obligés de trouver un compromis entre l’obscurité et la lumière. De ce que je sache, nous n’avons qu’une seule chance sur cette planète : il faut alors comprendre l’obscurité qu’on a en soi pour profiter des instants de lumière.

Depuis votre réunion en 2013, avez-vous joué sur scène pour en retrouver l’énergie, ou avez-vous plutôt pris le temps de répéter encore et encore ?

En fait, notre release party du 3 avril sera notre premier concert avec ce nouveau line up. Nous avons dû reprendre le processus de composition à zéro, mais depuis que nous voyons que le groupe est solide, nous attendons avec impatience de remonter sur scène. C’est important, pour un groupe, de proposer un bon show pour ses fans ; un bon disque c’est une chose, un bon concert c’en est une autre.

Partirez-vous en tournée pour défendre cet album ; passerez-vous par la France ?

Nous examinons les opportunités que nous avons dans le monde entier. Ce serait bien de repasser par la France ; la dernière fois, c’était en 2001, quand nous tournions avec Lacuna Coil et Theatre of Tragedy.

Peut-on désormais dire que vous quittez les ténèbres pour apporter à nouveau votre lumière à la scène Gothic Metal ?

Comme je ne sais pas trop ce qu’il en est de cette scène, j’espère que notre nouvel album lui apportera une nouvelle énergie.

Retrouvez la chronique de My Darkness, Darkness en cliquant ici

BESEECH
De l’ombre à la lumière…

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