BLACK SABBATH
La fin du début

Peut-on légitiment dire que Black Sabbath est à l’origine de Heavy Metal ? À 99,99 %, nous avons envie de dire oui. Cela implique donc que la fin du groupe marque un tournant dans l’histoire de notre musique préférée. C’est donc le 4 février dernier, là où tout avait commencé, que s’achève la longue et prolifique carrière de Black Sab’. À cette occasion, le groupe a capté cette ultime offrande que l’on va retrouver sur un documentaire/live simplement nommé The End : Live in Birmingham. Mais une fin peut en cacher une autre et si le groupe ne fera plus de tournée mondiale, il se pourrait bien que l’on revoie nos compères sur scène à l’occasion d’évènement spéciaux. À presque 70 ans, son emblématique guitariste gaucher n’a pas dit son dernier mot, avec et sans Black Sabbath. 

[Entretien avec Tony Iommi (guitare)
par Julien Meurot  julien@metalobs.com / Photos : Ross Halphin]

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Quel a été ton sentiment quand vous vous apprêtiez à monter sur scène lors de l’ultime concert de cette longue tournée ?
J’avais un sentiment partagé, car je sais qu’il s’agissait de la fin de la tournée, de la fin du groupe là ou tout avait débuté. Bien entendue, la taille de la salle n’est plus la même ! (rire) Mais j’ai eu un réel pincement au cœur.

Tant sur la préparation que sur scène, on vous sent très proches avec Ozzy et Geezer
À travers les années, beaucoup de choses ont été dites et déformées. Nous sommes les meilleurs amis du monde, et cela depuis plus de quarante ans. Je ne me serais pas lancé dans cette aventure si nous avions dû nous prendre la tête en permanence. Si nous avons fait cette tournée, c’est bien pour nous amuser et conclure en beauté une superbe aventure. 

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Est-ce d’ailleurs vrai que la croix que tu portes a elle aussi quarante ans et que tous les membres originaux de Black Sabbath ont la même ?
C’est tout à fait exact, à cela près que Geezer a perdu la sienne il y a une vingtaine d’années. Mais Ozzy a la sienne et Bill (Ward, batteur originel de Black Sabbath mais absent de la tournée) la garde aussi dans une boite chez lui.

Dans le film, on vous voit jammer sur des titres non joués lors des concerts. Pourquoi ne pas les avoir intégré au set ?
La raison est assez simple : Ozzy ne peut pas chanter aussi haut qu’avant et si nous avions dû les intégrer dans la setlist, il se serait abîmé la voix très rapidement. Et si nous avions décidé de modifier la tonalité, le résultat aurait été horrible. Nous avons donc opté pour une setlist qu’Ozzy pouvait chanter assez facilement, dans sa zone de confort. 

Il est bien dommage de ne pas avoir eu la chance de voir par exemple « Changes » en live ; la version que l’on peut entendre lors de vos répétitions est vraiment magnifique !
Geezer avait peur de be plus se souvenir du lead et pour ma part, cela faisait bien un an que je n’avais pas joué de piano. Nous l’avons jouée pour nous amuser, mais il aurait été difficile de la faire live car elle reste difficile à chanter pour Ozzy.

Peu de temps après votre dernier concert, Geezer a partagé sur les réseaux sociaux une photo qui montrait « la première basse qui a joué « Paranoid » et la dernière ». As-tu encore la première guitare qui a joué « Paranoid » ?
Je l’ai, mais elle est à la retraite depuis bien longtemps ! Elle est devenu bien trop fragile à transporter. Au cours de ma carrière, j’ai perdu ou on m’a volé pas mal de guitares. Généralement, je pars avec une quinzaine de guitares sur la route pour parer à toutes les éventualités. 

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Cela fait quatre maintenant que Tommy Clufetos (Ozzy Osbourne, Rob Zombie) est votre batteur...
En dépit de son jeune âge, il sait comment doit sonner Sabbath et c’est une personne très facile à vivre.

Le film laisse un espoir de vous revoir sur scène. Est-ce une possibilité ? 
La seule porte qui soit fermée, c’est celle de la tournée. Je ne pourrais plus le faire, j’ai besoin de repos et soyons honnêtes, j’ai bientôt soixante-dix ans, je ne suis plus un jeune loup ! (rire) Il est donc possible que l’on rejoue ensemble sur des évènements bien particuliers, cela se fera même avec un grand plaisir.

Vous ne ferez plus d’albums, mais pensez-vous à publier un coffret regroupant de vieux enregistrements ou démos ? Je pense notamment à ceux de 2001 ou vous aviez déjà collaboré avec Rick Rubin ; vous aviez même joué « Scary Dreams » au Ozzfest, avant d’abandonner ce titre plutôt bon.
J’ai des cartons entiers de démos, d’idées, de vidéos que je garde dans mes archives personnelles. Je ne sais pas si tout cela sera utilisé un jour, car le tri prendrait un temps considérable. Nous avions considéré que les titres de 2001 n’étaient pas assez bons pour Black Sabbath et « Scary Dreams » en faisait partie même si nous l’avons joué live. Je ne pense pas que ces sessions verront le jour mais qui sait, il ne faut jamais dire jamais.

Tu préfères donc te concentrer sur l’avenir et de nouvelle collaborations ? Nous t’avons vu par exemple écrire le titre « Lonely Planet » pour les Dorians qui représentaient l’Arménie à l’Eurovision en 2013 ou plus récemment « How Good It Is », qui a été joué par une chorale dans la cathédrale de Birmingham début 2017…
C’est exactement mon état d’esprit. Je pense que je vais également sortir un album solo dans les années à venir. Après plus de 40 ans dans la musique, je pense que j’ai bien mérité un peu break, mais je ne peux m’empêcher de jouer. Je verrai cela après la sortie du film, car pour le moment le chapitre Black Sabbath n’est pas encore tout à fait clos.

Ozzy vient de se lancer dans une série de concerts et son prochain album solo est en préparation, tu vas te remettre toi aussi à l’ouvrage, quid de Geezer ?
Je ne sais pas du tout, déjà que je ne sais pas vraiment quel va être mon planning… (rire) Nous sommes faits du même moule alors je pense qu’il va lui aussi continuer. Depuis ce dernier concert, nous n’avons pas tant eu l’occasion d’en discuter.