Je ne ferai pas l’affront à ce grand groupe du Kentucky de faire une énième pauvre vanne sur le KFC. D’une part parce que le quatuor ne livre jamais de musique indigeste, et d’autre part parce que ce serait manquer de respect à l’institution BLACK STONE CHERRY. Comme tout le monde, cette année est particulière pour les Américains qui ont enregistré « The Human Condition » reclus en studio et il en ressort de multiples et très fortes émotions. [Entretien avec Ben Wells (guitariste) par François Alaouret – Photos : Mike Rodway]


Le groupe BLACK STONE CHERRY


Après les deux volumes de « Black in Blues », ça fait plaisir de vous retrouver avec des morceaux originaux et surtout dans votre registre ! Ca vous a aussi manqué?

Oui, même si ces chansons ont été composées il y a un petit moment maintenant. Nous étions en tournée en fin d’année dernière aux Etats-Unis. C’est vrai qu’avoir revisité d’anciens morceaux classiques et les jouer sur scène a vraiment été génial. Mais revenir à nos propres compostions est vraiment ce que l’on attendait avec impatience.

BLACK STONE CHERRY est toujours resté dans un style très fun. Pour ce septième album, on vous sent plus sérieux et même un peu mélancolique. Est-ce la situation actuelle qui a assombri « The Human Condition » ?

Oui sûrement. Nous l’avons enregistré en mars et depuis notre studio, on voyait le monde s’effondrer petit à petit. Cette situation a généré beaucoup d’émotion pour nous. On ne savait pas vraiment ce qu’il allait se passer le reste de l’année et nous avions ce nouvel album. Toutes ces incertitudes sont présentes sur cet album, elles nous ont vraiment beaucoup touché à ce moment-là.

Vous avez terminé votre album juste avant la fermeture du pays. Avez-vous ressenti une certaine urgence et avez-vous changé certaines paroles de vos chansons ou peut-être même le titre de l’album?

Non, pas vraiment. Justement, nous nous sommes tenus à nos compostions. Cela peut peut-être se ressentir dans notre jeu, dans le se son mais nos textes sont restés les mêmes. On ne voulait rien changer et nous concentrer sur ce que nous avions composé. Il n’y a pas eu de réelle urgence. Nous étions tous les quatre en studio et nous nous sommes même un peu isolé de tout ça. Les sentiments et l’émotion nous ont vraiment submergés, mais ne nous ont pas empêché d’avancer.


Ben WELLS – Guitariste du groupe


On sent également plus d’investissement dans vos paroles. « The Human Condition » est même beaucoup plus introspectif que d’habitude, non ?

Oui mais cela ressemble aussi au groupe. C’est peut-être un peu plus sombre dans l’ensemble, c’est vrai, et cela vient aussi de nos vies. Notre quotidien et nous-mêmes évoluons et c’est assez normal que cela se retrouve dans nos textes. En tout cas, nous sommes très fiers de l’album et de ce qu’il véhicule.

Musicalement, on ressent moins l’inspiration Southern et peut-être plus le côté Hard et Alternatif. Était-ce un choix dès le départ ? Une sorte de retour à un style plus accessible ?

Peut-être inconsciemment oui, mais le Southern reste définitivement ancré en nous. C’est une grande partie de ce que nous sommes ! On a voulait revenir à de gros riffs, une batterie imposante et une basse massive. C’est quelque chose sur laquelle nous nous sommes concentrés et qu’on a vraiment voulu mettre en avant sur l’album. Et on espère que nos fans apprécieront !


Artwork the « The Human Condition »

Oui, c’est vrai que l’année prochaine, nous fêterons nos 20 ans ! Et on adore toujours jouer tous les quatre depuis toutes ces années. On s’aime comme des frères et, du coup, on ne se pose pas forcément toutes ces questions. Notre jeu, notre façon de composer et d’être individuellement sont très naturels. Rien n’est calculé : c’est bien nous et nous sommes restés les mêmes !

Ce qui est rassurant également, c’est qu’en près de 20 ans de carrière, vous avez gardé cet esprit sauvage de vos débuts. C’est assez incroyable, non ?

Justement, « The Human Condition » est un excellent résumé de votre discographie. Et contrairement à beaucoup d’autres groupes, BLACK STONE CHERRY est resté uni autour de vous quatre. C’est presque une récompense en soi, non ?

Oui, c’est vrai. On se préoccupe aussi beaucoup plus de nos fans que du succès de nos albums. L’objectif est que nous soyons tous heureux. Transmettre une belle énergie et un sentiment de joie est primordial. Et puis, nous n’avons jamais cherché à faire de compromission pour avoir plus de succès. Tout ce que nous faisons, on le fait très naturellement et sans calcul. Et puis, adopter une telle attitude se serait pas spontané de notre part, et cela s’entendrait tout de suite !