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BODY VOID : Bury Me Beneath This Rotting Earth

BODY VOID
Bury Me Beneath This Rotting Earth
Sludge/Drone Metal écolo-suicidaire
Prosthetic Rec.

Si le dernier album de Gojira, Fortitude, vous a quelque peu déçu mais êtes tout de même sensible au discours écologique de nos amis landais préférés, peut-être que le propos plus sombre et radical du duo américain Body Void. Comme nous vous l’avions annoncé il y a quelques mois, les ex-Devoid originaires de Vermont (mais pour un temps basés à Frisco), récidivent avec une troisième galette qui vous écrasera six pieds sous terre dans la forêt amazonienne, ou plutôt ici des riches paysages verdoyants de la Nouvelle-Angleterre pollués par les industries de l’Oncle Sam (IBM par exemple) et son agriculture intensive (vous ne mangerez plus des glaces Ben & Jerry’s de la même manière après avoir écouté Body Void). Il n’y a qu’à voir le cerf maigrichon et presque mort figurant sur l’artwork en noir et blanc signé Ibay Arifin Suradi, version graphique catastrophique et glauque du manga poétique (et écologique) de Princesse Mononoké du fameux Hayao Miyazaki en 1997. Sur le contenu, le guitariste/chanteur Willow Ryan (également bassiste ici, et que vous retrouverez très bientôt en interview ici-même) et son acolyte percussionniste Eddy Holgerson ne s’embêtent pas vraiment. Seulement quatre morceaux composent ce nouvel album, comme d’habitude me direz-vous (sur le premier album Ruins, il y en avait quatre, puis un petit effort avait été fait sur I Live Inside a Burning House avec un cinquième titre), et côté production sonore, on est dans le minimaliste syndical sous fond d’intenses saturations et de larsens qui sied à merveille à dépeindre notre monde décadent. La chanson « Wound » et son clip qui interpelle, très noir où coule du pétrole au lieu de l’eau, en dit long durant ses douze minutes et quarante sept secondes. Ah oui, Body Void ne joue pas vraiment du Sludge pur jus, il y mêle influences Drone Metal pour des passages bien lancinants et angoissants, flirtant aussi avec le Doom le plus funéraire possible. Attention ! A des années lumières du Doom lyrique par exemple de Candlemass ou My Dying Bride qui passeraient presque pour des gens heureux ici en comparaison.

Accordée très bas en Drop de Fa (F) et dotée de six grosses cordes au tirant important et supérieur à la moyenne, la guitare de Willow (rien à voir ici avec le nain du film) vomit littéralement sur des amplis de 200 Watts (voire 300 Watts en live !) avec des effets de saturation poussés au maximum. Quant au chant, essentiellement des screams entrecoupés de growls parfois, il dérange et réveillera vos consciences à la lecture surtout des paroles difficilement compréhensibles oralement ici. En gros, c’est noir, mortel, suicidaire, et de toute façon, de nos jours si on veut choquer (comme Sea Shepherd), et faire réagir la population face au réchauffement climatique, à notre surconsommation et au non respect de notre environnement à cause de l’anthropisation croissante de notre planète, alors Body Void a décidé de tout annihiler en 2021, y compris nos oreilles au passage. Même si l’ensemble de Bury Me Beneath This Rotting Earth est finalement assez monolithique et peut paraître basique, à l’instar des dernières œuvres des autres Américains de Fister par exemple, il ne laissera personne indifférent en tout cas, et ça, c’est déjà un bon point de nos jours. [Seigneur Fred]