Nos Américains de San Diego avaient frappé très fort avec leur ambitieux et monstrueux album Monolith Of Inhumanity en 2012. Ces derniers semblent avoir trouvé leur voie artistique prônant habilement un discours écologique et de défense des animaux depuis leurs débuts à travers un Death Metal/Grindcore puissant et progressif aux influences parfois surprenantes (Black Metal sur certains passages, chant clair à la Devin Townsend/SYL.). The Anthropocene Extinction, septième album de Cattle Decapitation, continue donc dans cette veine avec une approche toutefois plus synthétique pour l’oreille du néophyte, peut-être du fait de l’expérience réussie et digérée de Monolith Of Inhumanity. En attendant le prochain passage du groupe en France, c’est le guitariste qui a bien voulu cette fois se mettre à table…

[Entretien avec Josh Elmore (guitares) par Seigneur Fred – Traduction par Philippe Jawor]

Cattle

Quel a été votre ressenti sur les réactions des fans et de la presse concernant Monolith of Inhumanity, votre précédent album ? C’était un grand pas en avant dans votre carrière, non ?

Nous avons été très contents des réactions. En tant que groupe, c’est vrai que c’était un grand pas en avant, mais tu ne sais jamais comment les gens vont réagir. Heureusement, ils ont accroché sur certains titres – bien aidés par les clips (rires) – qui sont désormais bien intégrés au set. On était déjà confiants en notre direction artistique, mais ça n’a fait que renforcer ce sentiment. Dans le futur, j’espère qu’on aura encore plus de liberté d’action ; tant que les fans nous suivent !

Étiez-vous totalement satisfaits en sortant de l’enregistrement de Monolith of Inhumanity ou auriez-vous aimé corriger quelques petites erreurs ? C’était quand même un disque très complexe, parfois limite expérimental…

À l’époque, on était totalement satisfaits, et je dirais que c’est encore le cas aujourd’hui. Ce n’est pas pour rien que nous sommes retournés vers Dave Otero ! Au niveau de la réalisation, des arrangements, il n’y a pas grand chose à redire. Le seul petit problème se trouve dans le mix : à certains moments, la caisse claire et le chant semblent submerger les guitares et la basse. Derek (basse) et moi faisions des trucs plutôt cool, mais nos riffs sont parfois difficiles à discerner à cause de ça. Avec The Anthropocene Extinction, on voulait logiquement éviter ça, sans pour autant surcompenser avec les cordes, on l’a clairement exprimé au moment de l’enregistrement. Le résultat est un son plus homogène, plus balancé et pourtant plus dense que son prédécesseur.

The Anthropocene Extinction voit un changement dans le thème : même si on est toujours dans une ambiance sombre, apocalyptique, par très optimiste, vous semblez plus influencés par les films d’horreur type Dead Rising ou des séries comme The Walking Dead que par 2001 : Odyssée de l’Espace ou La Planète des Singes

Je ne peux pas m’exprimer au nom de Travis (chant), qui détermine les thèmes des disques, mais la majorité de ses influences, que ce soit pour les paroles ou l’artwork vient de ses recherches concernant le vortex de déchets du Pacifique nord, et du documentaire Midway, qui analyse comment les emballages plastiques influent sur les populations d’oiseaux et d’animaux marins de cette région.

Peut-on alors dire que The Anthropocene Extinction s’inscrit dans la continuité de The Monolith of Inhumanity ?

C’est juste. Notre but, avec Anthropocene et Monolith, c’était d’offrir une écoute extrêmement abrasive : la brutalité, unidimensionnelle, est impressionnante, son impact est immédiat. Pourtant, si la musique te secoue à la première écoute, elle est quand même faite pour te questionner. Personnellement, beaucoup de mes disques de metal préférés vont au-delà du simple bourrinage : bien sûr ça blaste, les paroles sont super agressives, mais il y a toujours une subtilité mélodique qui invite à la réécoute. On voulait atteindre la même qualité sur nos disques.

Il y a trois invités de marque sur The Anthropocene Extinction : Tristan Shone (Author & Punisher) sur « Plagueborne », Jürgen Bartsch (Bethlehem) sur « Pacific Grim », et last but not least Phil Anselmo sur « The Prophets Of Loss ». Comment sont nées ces diverses collaborations ?

Travis correspond avec Jurgen Bartsch depuis quelque temps ; lui comme moi sommes de grands fans de Bethlehem. Après plusieurs mois d’échange à propos de nos groupes respectifs, Travis a fini par lui demander d’apparaître sur notre album, et heureusement il a accepté de faire du spoken word sur « Pacific Grim ».

Tristan Shone est un ami du groupe, et nous sommes de grands fans de son projet solo. Ça fait longtemps qu’on cherche un moyen de mêler son style au nôtre, et il a fini par composer l’intro de « Plagueborne » ; le son industriel s’intègre parfaitement à ce morceau. Si vous avez la possibilité de le voir sur scène, ne manquez pas cette occasion !

L’apparition de Phil Anselmo a été facilitée par notre ami John Jarvis (Pig Destroyer/Fulgora). On discutait avec lui pendant l’enregistrement d’Anthropocene, et il a suggéré que nous devrions faire appel à Phil, avec lequel il est ami, et qu’il ferait le lien pour que ça se fasse. Évidemment, c’était une opportunité à ne pas manquer : Derek (basse) et Dave (batterie) sont de gros fans de Pantera, ils étaient béats d’excitation. C’est un honneur de l’avoir sur notre disque.

N’avez-vous pas peur d’avoir parfois d’éprouver des difficultés à jouer vos morceaux en live sur scène du fait de leur intensité et de leur complexité ?

L’intensité ne nous pose pas de problème. Bien sûr, c’est toujours un peu flippant de jouer de nouveaux morceaux sur scène, mais ce sentiment s’estompe généralement après le troisième ou quatrième concert. Ce qui pose plus de problèmes, c’est la capacité de retranscrire fidèlement les morceaux quand il y a plusieurs couches d’instruments : comme je suis le seul guitariste, on a expérimenté un peu pour pouvoir reproduire ces sons au mieux.

La voix de Travis Ryan est encore une fois incroyable : il alterne entre un chant Death, Grindcore, et clair. Comment s’est-il préparé ?

Comme nous tous, Travis a voulu faire mieux que l’album précédent. Les bons retours qu’il a eus sur son chant clair sur Monolith lui ont donné la confiance pour explorer plus en avant cette facette de son style : le résultat est très percutant, tout comme ses cris ou son growl.

Dave Otero est-il le parfait producteur pour Cattle Decapitation selon toi ?

Il a fait un super boulot. Ses connaissances en tant qu’ingé-son, producteur, ainsi que sa capacité à gérer quatre personnes aux opinions singulièrement différentes font que tout ça fonctionne. Notre ordre de mission, c’était de se défaire de nos quatre personnalités pour arriver à une conclusion positive. Il connaît notre manière de jouer et sait comment obtenir le meilleur de nous-mêmes. Ça demande du talent, et il l’a !

Cattle Dave

Êtes-vous toujours sinon en contact avec les Français de Gorod avec qui vous avez tourné par le passé ?

On avait croisé certains d’entre eux au Motocultor en 2012, et on avait vu Sam Santiago (NDLR : leur ex-batteur de session) dans quelques festivals où l’on jouait. À part ça, on ne s’est pas vu. Mais c’est un super groupe, ce serait sympa de se revoir et même refaire une tournée ensemble !

The Anthropocene Extinction aura-t-il le droit à une tournée européenne, des dates françaises peut-être ?

Notre management européen est en train de caler des dates pour notre retour. Je pense qu’on devrait passer début 2016 et revenir pour la saison des festivals. Nos passages en Europe sont à chaque fois meilleurs que les précédents !

Cattle Decapitation
Death, grind, et écologie

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