Fondé au Caire en 1999 et auteur d’un unique album Pyramid Slaves en 2014, Crescent n’est pas le genre de groupe à lâcher l’affaire. Malgré un contexte politico-religieux pas vraiment propice au développement des musiques extrêmes en Egypte ces dernières années, ce furieux quatuor de Death/Black Metal oriental risque de surprendre plus d’un fan de Nile parmi vous grâce à son second et solide opus The Order Of Amenti. Rencontre avec ces deux guitaristes…

[Entretien avec Ismaeel Attallah (guitare/chant) et Youssef Saleh (guitare/chœurs) par Seigneur Fred]

CRESCENT promo photo 2018 #1

Crescent existe depuis 1998, mais vous n’avez enregistré à votre actif seulement un single intitulé « Edgar Allan Poe’s Dreamland » paru en 1999, un EP The Retribution sorti en 2009 ainsi qu’un album autoproduit appelé Pyramid Slaves sorti en 2014. Pourquoi tant d’attente avant de sortir à présent votre second album The Order Of Amenti, vingt ans après votre formation ?
Hé bien nous avons été très occupés et distraits par notre travail et nos vies respectives ! Nous avons eu du mal à y accorder suffisamment de temps… Cependant, nous avons fini par changer de style pour trouver notre propre son au fil des années. Nous étions toutefois toujours actifs et avons fait beaucoup de concerts. De 2008 à 2013, nous avons travaillé sur une sorte d’album purement Black Metal, que nous avons finalement laissé tomber, car nous ne nous sentions plus vraiment de jouer du Black Metal. Nous préférons ou plutôt ressentons davantage une attraction pour le Death Metal. C’est ainsi que nous avons enregistré Pyramid Slaves que nous avons finalement sorti en 2014. Ça nous a pris en tout deux ans pour terminer la composition du nouvel album The Order Of Amenti et un an pour l’enregistrement, en essayant diverses choses, en remaniant certaines parties, et nous nous sommes jetés à cent pour cent quand le son avait suffisamment mûri, et que nous avons senti que nous avions atteint notre objectif.

Votre précédent album s’intitulait donc Pyramid Slaves. Ce titre est-il une métaphore faisant référence au peuple égyptien dont vous faites partie, peuple qui aujourd’hui encore est esclave du gouvernement et du poids religieux, des conflits civils et du terrorisme, mais aussi des guerres au Moyen-Orient, ce qui vous a ralenti d’une certaine façon dans votre développement artistique et musical ; ou bien ce titre est-il simplement un lien avec votre passé et vos ancêtres qui ont bâti les célèbres pyramides égyptiennes ?
Nous sommes heureux que tu poses cette question ! La métaphore cachée derrière Pyramid Slaves est l’esclavage de l’humanité à ses propres besoins (et peut-être désirs), quelque chose dont chacun souffre à travers le monde, mais qui est vraiment flagrant en Egypte. Le monde entier est asservi à une certaine pyramide de besoin dans notre société actuelle. En Egypte, c’est avant tout du fait de la pauvreté et du désespoir qui ressurgissent au niveau politique et socialement dans notre quotidien. C’est une forme d’esclavagisme que nous choisissons de subir, la volonté de liberté ne devient absolue que lorsqu’il s’agit d’un état d’esprit. Toutefois, les conséquences qui en découlent peuvent être forcées voire contraintes. En fait Pyramid Slaves a été un premier pas sur la scène internationale, et ça nous est paru évident d’aller jouer au Wacken Open Air Festival. Au final ça ne nous a pas ralentis, mais au contraire poussés plus loin ! On fait donc effectivement référence à travers notre musique à nos ancêtres et traçons des parallèles entre notre passé et notre vie quotidienne.

Peut-on dire d’une certaine façon que The Order Of Amenti est en fait votre premier album studio professionnel ?
Non, je ne suis pas d’accord : Pyramid Slaves est un des albums majeurs pour nous et dans toute notre région ici, voire pour l’Egypte entière.

Le résultat est vraiment surprenant et très fort sur ce nouveau disque ! Comment avez-vous trouvé ce contrat avec le label français Listenable Records ? Ce doit être relativement plus facile pourtant de nos jours d’exporter votre musique depuis l’Egypte grâce à Internet et aux réseaux sociaux, non comme cela aida le printemps arable il y a quelques années, non ? Un contrat avec une maison de disques était-il vraiment indispensable selon vous pour le développement de Crescent et votre carrière musicale ?
Merci ! Nous sommes très satisfaits de cette sortie ! Travailler avec un label aussi dévoué et ayant déjà une si longue histoire sur la scène est vraiment un honneur pour nous. On travaille ensemble, en équipe, pour essayer de toucher les fans de Métal Extrême. Disons que ce n’est pas si simple pour s’exporter et la distribution : certes, internet et les réseaux sociaux permettent de se faire connaître, mais finalement ça n’atteint qu’une frange marginale de fans. Un label rend les choses beaucoup plus professionnelles et à un niveau beaucoup plus large et global, tels que pour les commandes, les envois de disques et merchandising, la promotion, etc., bref tout un tas de choses que la plupart des groupes ne peuvent pas faire eux-mêmes. Signer avec le label français Listenable Records est assurément pour nous un pas aussi immense qu’honorable, et ce dans la bonne direction !

Je ne vais peut-être pas être très original en disant que votre influence majeure tant dans votre musique que dans les paroles et votre concept est certainement le groupe de Death Metal américain Nile. Ce qui est étonnant est que vous avez démarré en même temps qu’ils sortaient leur premier album Amongst The Catacombs of Nephren-Ka en 1998. Alors quelle part d’influence a eu Nile sur votre musique et le concept de Crescent ?
Hé bien, cela va peut-être te surprendre, mais nous n’avons pas une once d’influence de Nile ! (rires) Cependant, nous avons beaucoup de respect pour Nile, ce sont des grands du Death Metal technique. Toutefois, lorsque nous avons commencé en tant que groupe, les influences étaient beaucoup plus orientées Black Metal suédois, Dissection en particulier, et aussi par bons nombres de groupes de Death old school comme Death et Bolt Thrower. Voilà les groupes qui jusqu’à aujourd’hui nous ont le plus influencés en termes de Métal, mais si on veut parler plus en détails de l’écriture, oui l’Egypte est notre influence principale. Nous utilisons des sons influencés par l’Egypte ancienne et surtout actuelle dans nos riffs et au-delà. Je ne nous comparerais jamais à Nile par contre, chacun de nous fait son truc. Nile est un groupe de Death Metal orienté technique avec un guitar hero, Karl Sanders, alors que Crescent injecte une ambiance égyptienne (sans en rajouter) dans un héritage Black Metal… Nous connaissons très bien notre son et nos buts. Nile gagne la bataille technique… Mais nous remportons la bataille du Death Metal noir… (sourires)

Cela fait maintenant un certain temps, depuis 2000, que Nile s’est séparé de son batteur originel Pete Hammoura (d’origine iranienne, si je ne m’abuse), ce qui d’après moi leur a fait perdre une part importante de leurs influences orientales (entre autres les percussions et instruments traditionnels), mais dans Crescent vous parvenez à mélanger Death Metal technique et mélodies orientales avec beaucoup de feeling et de vélocité. Comment travaillez-vous pour atteindre ce savant mélange avec un si haut niveau musical ?
Nous ne sommes pas intéressés par le côté technique de notre musique, c’est avant tout une question d’expression. Nous amenons des compositions et leurs conférons la noirceur grâce à des riffs et l’atmosphère. Ça paraît simple, mais l’enregistrement prend du temps : on compose les riffs, les rythmes de batterie, viennent alors les lignes de chant, et un océan d’idées se déchaîne dans nos têtes créant la bonne atmosphère. On ajoute un instrument, un chant, une invocation ou des petits trucs ici et là. C’est l’ensemble et la multitude de toutes ces choses qui font la différence au global.

En 2014, pour Pyramid Slaves, vous aviez tourné une vidéo à domicile en quelque sorte car filmée dans le désert avec en décor vos véritables et magnifiques pyramides égyptiennes, tout comme Slayer en son temps le fit avec le fameux vidéo clip de « Seasons In The Abyss ». Cette vidéo était-elle un clin d’oeil à Slayer ?
Nous n’avons pas pensé à Slayer. Simplement le Plateau de Gizé en Egypte nous paraissait juste être le bon endroit pour représenter notre musique, et assurément nous pouvons dire que ça marche ! Garde en tête que nous l’avons fait de façon différente de Slayer tout de même. Slayer l’a fait à sa façon au début des années 90 pour refléter sa musique, et nous l’avons fait de notre manière, ce qui est naturel pour nous, chez nous. Notre premier album s’intitulant Pyramid Slaves, les pyramides s’imposaient logiquement comme lieu de tournage… Nous n’aurions sûrement pas filmé la Tour Eiffel par exemple chez vous comme décor ! (rires)

Et envisagez-vous de tourner une nouvelle vidéo pour un morceau de votre nouvel album The Order of Amenti ?
Nous pensons en effet à réaliser une nouvelle vidéo, nous en parlons, nous verrons bien…

Ce second album est-il conceptuel, car vous faites de nombreuses références à la mythologie à travers vos titres de chansons : Apophis, Monthu, Horus, Amon Ra, Amenti, Osiris…
L’Ordre d’Amenti nous est apparu comme une conclusion à nos recherches sur ces Dieux. Tous les conflits entre les Dieux, et entre les Dieux et les hommes, s’achèvent par la notion de justice. « The Order of Amenti » représente cette notion, c’est-à-dire par exemple quelque chose d’aussi simple que la manière d’Anubis de conférer un verdict juste sur les âmes à travers ou au-delà d’Amenti : en pesant le cœur d’un côté, la plume de l’autre, quelque chose qui ne peut pas être tempéré, mais qui est définitif ! C’est un ordre éternel et divin qui clôture toute chose. Tu peux aussi imaginer l’Ordre comme étant un culte d’adorateurs à cette notion. C’est sujet à l’imagination et l’interprétation, tu sais. C’est plus ou moins un album conceptuel, chaque titre évoque un Dieu qui lui-même représente une certaine philosophie ou principe de notre vie de tous les jours. Ensemble, ils peuvent représenter l’idée sous-jacente derrière l’Ordre d’Amenti.

En conclusion, quels sont vos projets de tournée en 2018 ? Allez-vous participer à des festivals cet été ? Peut-être en France ? Peut-on espérer vous voir bientôt par chez nous ?
Pour l’heure, nous travaillons sur différents scénarios possibles. Nous pouvons cependant révéler que nous sommes confirmés sur un festival proche de la France. On est super excités à l’idée de l’annoncer, mais nous ne pouvons malheureusement pas le dévoiler pour le moment… Parallèlement, on travaille sur différentes possibilités de concerts et festivals cet été oui, entre autres en France ! Nous avons déjà joué au Fall of Summer 2017. Ce fut une expérience énorme. Le public français nous donna beaucoup d’énergie et d’enthousiasme, d’autant plus que c’est un grand festival. Alors nous étions très honorés de figurer parmi ce line-up de dingues ! Nous aimerions passer à nouveau par la France, nous sommes certains d’y être attendus, il n’y avait qu’à voir la réaction du public au Fall of Summer !

CRESCENT
Ascension pyramidale

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