Sérieux challenger de Nile et d’autant plus légitime que ses membres sont égyptiens, Crescent nous avait forte impression avec The Order of Amenti. Il dévoilait un potentiel énorme rassemblant tous les ingrédients du genre Blackened Death Metal : haut niveau technique, orchestrations, et furieuses incantations bourrées de références à la mythologie égyptienne. Malgré un récent changement de line-up, Crescent revient plus puissant que jamais avec un second opus : Carving The Fires of Akhet. [Entretien avec Ismaeel Attallah (chant, guitare) et Youssef Saleh (guitare, chœurs)  par Seigneur Fred – Photos : DR]

Comment allez-vous personnellement en Égypte depuis la promotion et la sortie de votre précédent album The Order of Amenti en 2018 ? Certaines portes, pas d’Anubis j’espère, se sont-elles ouvertes à Crescent ? (sourires)
Personnellement, les choses se passent bien compte tenu des circonstances particulières actuelles. Quant à Crescent, je dirais que les choses vont plutôt bien aussi. The Order of Amenti a été une étape importante dans l’histoire du groupe : nous avons donné de nombreux concerts depuis et avons attiré l’attention. Le groupe a certainement beaucoup grandi en très peu de temps depuis cette période. C’est un deuxième album qui sort avec une maison de disques très professionnelle. Les choses ont vraiment changé nous permettant d’accroître nos perspectives musicales. Ce fut aussi une leçon d’apprentissage nous faisant gagner naturellement en maturité. C’est ainsi que Crescent a pu encore se développer et arriver à un nouveau projet qui est le nouvel album Carving the Fires of Akhet.

Cette évolution de carrière musicale pour Crescent est-elle à l’origine du départ des deux membres Moanis Salem et Amr Mokhtar plus tard en 2019 puis en 2020 ? Avez-vous pensé à vous séparer à ce moment-là ?
Oui et non. Ils étaient tous les deux partants pour tout le trajet, le problème est que les contraintes d’emploi du temps et de la vie quotidienne en matière de carrière professionnelle et de vie de famille ont pris le contrôle de l’histoire. Ils ont dû faire des choix malheureux, mais nous les respectons et ils font toujours partie de notre famille. Moanis nous a aidés sur de nombreux aspects techniques du nouvel album, de même Amr a composé la batterie, et ils ont été parmi les premiers à écouter chaque développement de l’album jusqu’à son point final. Mais il n’y a aucune raison que le groupe se sépare, nous sommes toujours forts et peut-être plus forts et plus dévoués que jamais. On continue donc avec maintenant Stefan (basse) et Julian (batterie), et avançons plus vite. Rien n’a vraiment changé, juste des évolutions, à mon avis. C’est assez simple, on a trouvé les personnes parfaites pour compléter le groupe. Moanis et Amr font ce qu’ils peuvent pour aider Crescent même s’ils n’en font plus officiellement partie.

Je me souviens que The Order of Amenti débutait par une intro incantatoire où l’on entendant des crépitements d’un feu où la chanson évoquait Apophis… Votre nouvel album s’appelant à présent Carving The Fires of Akhet, pouvez-vous nous en dire plus sur ce lien qui semble unir les deux albums ?
Bonne observation. Les feux sur l’intro de The Order of Amenti et ceux mentionnés dans Carving The Fires of Akhet ont la même source. Le lien ne concerne pas seulement cet aspect, certains morceaux sont des compléments d’histoires ou de concepts avons abordés sur The Order (…). Cependant, le séquencement des nouveaux morceaux est toujours lié intérieurement, même s’il y a quelques restes lyriques et conceptuels de l’album précédent. On pourrait d’ailleurs dire de même pour ce qui reliait notre premier album avec The Order (…), mais c’est bien plus fort entre nos deux derniers albums. Pour autant, il n’y a pas de répétition car il s’agit plutôt une continuation de nos histoires et de la musique de Crescent avec ses propres paroles. Nous préférons dans tous les cas les lecteurs chercher les divers indices…

Mais qui est donc « Akhet » mentionné dans le titre de votre nouvel album ?
Akhet est le feu à l’horizon correspondant au lever du soleil. Il symbolise aussi les flammes ardentes de la gloire de la volonté et toute puissance de Râ.

Enfin, quelques mots sur les deux reprises à la fin de l’album de deux groupes cultes : Dissection et Bolt Thrower. Pourquoi avoir choisi ces deux groupes précisément car la chanson « Xeper-I-Set » de Dissection n’est pas la meilleure et ni la plus connue de Dissection (issue de Reinkaos qui était nettement inférieur à Storm of The Light’s Bane par exemple dans l’œuvre de Jon Nödtveidt (RIP) contrairement à la chanson-titre de « …For Victory » de Bolt Thrower ?! Peut-être est-ce en relation avec Apophis et aussi le dieu complexe de Seth sur cette chanson de Dissection inspirée par la mythologie égyptienne là encore ? (sourires)
Nous ne sommes pas d’accord là, il n’y a pas de meilleur ou de pire chanson dans Dissection. Tous les morceaux de Dissection sont pour nous une œuvre d’art extrême parfaite et impeccable. Les scènes Métal actuelles de par le monde ne produisent plus de telles œuvres comme celle de Dissection. En ce qui concerne le choix, on avait l’intention de choisir l’un de nos morceaux préférés du dernier et le plus sous-estimé chef-d’œuvre de Dissection, Reinkaos donc, en hommage à notre histoire d’inspiration et en signe de respect à Jon Nödtveidt. Il s’intègre parfaitement bien et c’est un clin d’œil à l’une de nos compositions en effet de l’album, d’un point de vue thématique. C’est en rapport avec Seth et Apophis, oui. Cependant, c’est plus dans un sens historique que dans un sens mythologique notre hommage. C’est simplement rendre hommage à ce monument Dissection et cet album, notre dévotion à son œuvre même nous n’avions pas les mêmes opinions notamment religieuses. Je crois que la reprise de Bolt Thrower est explicite, alors après ce long voyage de Carving the Fires of Akhet, alors quelle meilleure et glorieuse façon de célébrer cela en apothéose avec un chef-d’œuvre de Bolt Thrower ? Là encore, c’est notre humble respect et notre hommage à notre façon à un groupe qui nous a beaucoup inspiré et qui nous inspire toujours… C’était notre rêve de notre jeunesse de tourner avec Bolt Thrower, mais bon…

CHRONIQUE ALBUM

CRESCENT
Carving The Fires of Akhet
Blackened Death Metal
Listenable Rec.

Fondé en 1999 au Caire, Crescent a été patient et commence enfin à récolter le fruit de son dur labeur depuis son (seulement) second album The Order of Amenti qui nous avait emballés en 1998, obtenant un joli succès mérité. Suite au départ de deux des membres, la donne a un peu évolué au sein du groupe, intégrant des musiciens européens. Crescent est parti enregistrer ce Carving The Fires of Akhet chez V. Santura aux Wooshed Studios en Allemagne contrairement au prédécesseur qui avait été enregistré au fameux Vamacara Studio (Loudblast, Mercyless, etc.) par chez nous, en France. Il en ressort une production sonore plus froide et une performance plus clinique qui prend le dessus sur des compositions Death/Black moins épicées, plus directes, certes, mais moins épiques que sur son prédécesseur. Petite déception donc, un poil contrebalancée cependant à la fin de l’album par trois titres bonus : tout d’abord un excellent vieux morceau du répertoire de Crescent superbement remis à jour (« Dreamland (’99 Revamp) ») inspiré par l’œuvre de l’écrivain américain Edgar Poe), suivi de deux très bonnes et sincères reprises de Dissection (« Xeper-I-Set ») et Bolt Thrower (« …For Victory ») desquels nos amis égyptiens revendiquent leurs influences dès qu’on ose les comparer à Nile ! [Seigneur Fred]