Deep Purple
Mark VIII, grand cru

Now What ?!, l’album de la motivation retrouvée pour Deep Purple, est né du désir de lever le pied sur les tournées, incessantes depuis 2005. Et qui d’autre que l’immense Ian Paice, seul membre à être présent sur tous les disques du groupe depuis 1968, pouvait nous le mettre légitimement en perspective ? A 64 ans, celui qui a connu la gloire (le triumvirat Black Sabbath / Deep Purple / Led Zeppelin a longtemps régné sans partage sur le monde du Rock dur) et quelques expériences traumatisantes (le premier départ de Ian Gillan et Roger Glover en 1973), n’a rien perdu de son humour et de son flegme britannique… Ce que son DVD de masterclass tous publics Not For The Pros nous rappelait encore il y a peu.

[Entretien avec Ian Paice (batterie) par Jean-Christophe Baugé – Photo : DR]

DeepPurple_band - credit by Jim Rakete

Huit ans après sa sortie, quel regard portes-tu sur le précédent album, Rapture Of The Deep ?

On s’en est très bien tirés, sachant que le studio mis à notre disposition n’était pas top (NDLR : Chunky Style Studios, Los Angeles). L’album comprend de bons passages. Est-il aussi réussi que le nouveau ? Non, assurément.

 

Comment s’est déroulée votre collaboration avec le légendaire Bob Ezrin (Alice Cooper, Kiss, Pink Floyd) ?

Avec Bob, tu loues les services de deux personnes : le producteur rompu aux techniques de studio, et le musicien qui sait te recadrer pendant le processus de composition. Bob est un critique avisé qui t’explique pourquoi un passage ne fonctionne pas et comment le remplacer… Avec le CV qu’il trimbale, quand il parle, tu écoutes. Le gain de temps est appréciable. Et un disque bouclé rapidement gagne en puissance. J’ai enregistré mes 14 parties de batterie en 10 jours.

 

A-t-il participé à l’écriture ? Je pense au morceau final « Vincent Price »…

Non, c’est juste une coïncidence, même s’il nous a donné un coup de main sur d’autres titres. Nous avons écrit « Vincent Price » en Allemagne, en mai dernier. Son ambiance gothique nous a fait penser aux films d’horreur de la Hammer, dans les sixties, quand Vincent Price était au faîte de sa carrière. Ian Gillan s’en est directement inspiré pour les lyrics. Pendant la phase de pré-production, on a amputé de moitié le riff de départ, trop compliqué, pour gagner en fluidité.

 

« All The Time In The World » a-t-il été formaté pour le passage en radio ?

Le morceau est sorti tel quel, il appartient ensuite au label de le travailler ou non comme single. Nous créons, ils vendent.


Quels sont d’après toi les meilleurs et les pires albums de Deep Purple ?

Machine Head (NDLR : mars 1972) nous a forgé une identité sur la scène internationale, au même titre qu’In Rock pour l’Europe deux ans plus tôt. In Rock n’est sorti aux USA que dans les années 90, à cause du dépôt de bilan du label de l’époque. Made In Japan (décembre 1972) est un très grand live qu’on a sorti à un moment charnière de notre carrière. On a accouché de The House Of Blue Light (1987) dans la douleur, en multipliant le nombre de prises à l’infini. C’est un disque que je n’ai pas pris plaisir à faire… Je ne l’écoute jamais.

 

N’avez-vous jamais regretté d’avoir remplacé Ritchie Blackmore par Tommy Bolin ? Le DVD Phoenix Rising (Budokan, Tokyo, 15/12/75) atteste qu’en live, ses prestations étaient calamiteuses…

Les musiciens qui affirment mieux jouer dans un état second sont des menteurs. Tommy avait fait un travail impeccable quelques mois auparavant sur Come Taste The Band. Puis il a perdu les pédales. Nous n’avons pas été surpris d’apprendre sa mort par overdose l’année de notre séparation. Quand on flirte avec l’héroïne, la mort est la seule issue.

 

DeepPurple_band_2 credit by Jim Rakete

Pourquoi portes-tu toujours ces lunettes à verres colorés ?

J’ai commencé à avoir des troubles de la vue vers 11 ans. A l’époque, j’avais juste les moyens de me payer d’horribles culs de bouteilles en plastique. Sur scène, j’enlevais mes lunettes et jouais dans le brouillard le plus complet. Ce n’est que quand j’ai commencé à bien gagner ma vie que je m’en suis acheté de différentes couleurs et formes, les faisant passer pour un accessoire de mode.

 

Tu fais partie des rares batteurs de Hard Rock à jouer avec un kit de gaucher et sans double pédale…

Bien avant la démocratisation des doubles pédales, j’avais ponctuellement remplacé mon charleston par une deuxième grosse caisse pour les besoins de « Fireball », sur l’album du même nom (1971). Mais je ne suis pas maître en la matière. Mon pied gauche fait tout le travail depuis si longtemps ! Je joue aussi sur des kits de droitier… Quand j’ai trop bu (rires). J’espère qu’il n’existe pas d’enregistrement car dans cette configuration, j’ai plus ou moins le niveau d’un débutant.

 

Que retiens-tu de tes passages au sein de Paice Ashton & Lord, de Whitesnake, et de tes collaborations avec Gary Moore et Paul McCartney ?

C’était très sympa de voir comment travaille Paul de l’intérieur, et de partager pendant 2-3 mois sa vie trépidante. Idem pour Gary. On s’est bien marrés dans Whitesnake, à défaut de gagner beaucoup : l’argent tombait directement dans la poche de David Coverdale (rires). Paice, Ashton & Lord était un projet de trois amis qui a tourné court car Tony, le pianiste, ne voulait jouer que dans des clubs, en prise directe avec le public.

 

Comment as-tu réagi au décès de Jon Lord, le 16/07/12 ?

J’ai revu Jon la veille de partir à Nashville pour enregistrer le nouvel album. Jusqu’ici, il semblait faire face à son cancer, mais je l’ai senti extrêmement diminué. Je me suis préparé au pire. J’ai fini d’enregistrer mes dernières pistes le jour où Jon s’est éteint. Je suis rentré le lendemain pour être présent auprès de Vicky, son épouse.

 

Certains fans fantasment sur une possible reformation de Deep Purple avec David Coverdale et Glenn Hughes…

Je pourrais sans problème rejouer avec eux dans le cadre d’un concert de charité, par exemple, mais ça s’arrête là. De l’eau a coulé sous les ponts et l’incarnation actuelle de Deep Purple me satisfait pleinement.

 

Que t’inspire la musique médiévale de Blackmore’s Night ?

Sans vouloir critiquer, ça ne me parle pas. Ritchie est l’un des meilleurs guitaristes de la planète et j’aimerais comme tout le monde qu’il nous surprenne en sortant un grand album de Rock n’ Roll.

 

Je pourrais sans problème rejouer avec David Coverdale et Glenn Hugues dans le cadre d’un concert de charité, mais ça s’arrête là.

Now_What!