La machine à tubes britannique est de retour avec son 11e disque, tout simplement appelé Def Leppard qui devrait cartonner, au moins auprès des nostalgiques du groupe. Autre bonne nouvelle, l’état de santé du guitariste Vivian Campbell (lymphome) est jugé satisfaisant. [Entretien avec Joe Elliott (chant) par Philipe Saintes photos Ross-Halfin]

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Sept ans se sont écoulés entre Songs From the Sparkle Lounge et le nouvel album. Pourquoi êtes-vous resté aussi longtemps éloigné des studios d’enregistrement ?

Nous avons toujours sorti des disques à intervalles réguliers, tous les 3 ans. Puis il y a effectivement eu cette longue pause. Il ne faut cependant pas oublier les trois titres inédits enregistrés pour la compilation « live » Mirror Ball (2012). La raison est simple, depuis 20 ans nous vivons à l’ère du numérique. Les fuites sur Internet sont devenues de plus en plus courantes et difficiles à contrôler à une époque où la reproduction de fichiers musicaux requiert peu de moyens techniques. Par contre, la fréquentation des salles de concert n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui. Nous avons donné des concerts plus souvent qu’auparavant, partout dans le monde. La scène est devenue notre deuxième maison. Je me suis aussi associé aux Quireboys pour le projet Down’n’Outz (Note : un album hommage à Mott The Hoople). Phil a joué avec Man Raze et vient de sortir un disque de blues avec Delta Deep ainsi qu’une autobiographie (Adrenalized: Life, Def Leppard and Beyond). Quant à Vivian, il retrouve régulièrement les membres originaux de Dio (Note : le groupe Last in Line, sortie d’un album chez Frontiers début 2016). En raison de cet emploi du temps démentiel, nous n’avons pas trouvé le temps d’enregistrer un nouveau disque ou de composer suffisamment de chansons. De toute façon, nous n’étions guère enthousiastes à l’idée de faire un nouvel album de Def Leppard, d’autant que les revues spécialisées comme Kerrang et Rolling Stones insistaient sur la fin de vie du CD. Le monde de la musique a fort changé, et il continue de se transformer.

Après la tournée 2013, le besoin de nous réunir dans un autre endroit que la scène, d’échapper à une certaine routine, s’est fait sentir, si bien que nous nous sommes retrouvés tous les cinq dans mon studio, à Dublin. Nous avions enregistré quelques idées sur iPhone dans le but de sortir un EP 3 titres, mais on s’est rapidement retrouvé avec douze morceaux potentiels. Absolument tout le monde avait composé, et je ne parle pas que de la musique mais aussi des textes. L’inspiration était revenue, et plus créative que jamais, voilà tout. Notre réaction a été unanime : « fonçons, faisons un nouvel album et tant pis pour le téléchargement ! » Deux dernières chansons sont arrivées quelques semaines plus tard. Si la réalisation de ce disque n’a pas excédé neuf semaines, les séances ont été interrompues par les tournées. N’étant pas soutenu par un label, nous n’avions pas de budget et aucune date n’avait été fixe pour la sortie de l’album. Nous étions libres de travailler comme nous l’entendions. Une fois le mixage finalisé, nous avons contacté plusieurs maisons de disques pour savoir si elles étaient intéressées par la commercialisation de l’album.

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C’est probablement l’opus le plus varié de votre discographie.

Oui, absolument ! La raison est simple. Nous n’avions plus composé ensemble depuis longtemps. Def Leppard est un groupe aux personnalités marquées. Nous fonctionnons désormais de manière plus indépendante, chacun contribuant à forger une identité musicale. C’est cette diversité qui me plaît tant dans Def Leppard. Sav est arrivé avec « Let’s Go » et « Last Dance ». Rick a amené « Invincible ». J’ai écrit au moins quatre morceaux avec Phil (« Dangerous », « Man Enough », « Forever Young » et « Broke’N’Brokenhearted »). J’ai également écrit « We Belong » et « All Time High ». Le groupe au complet est crédité sur « Blind Faith » et « Wings Of An Angel ». Enfin, Phil a composé « Sea Of Love » et « Energized ». Toutes ces chansons sont absolument superbes. II y a beaucoup de feeling, d’espace sur cet album. Ce n’est pas du cent mille à l’heure façon AC/DC ou Airbourne. Je n’ai rien contre ces groupes, mais tu n’aimerais pas entendre une ballade acoustique ou l’utilisation de piano sur un disque d’AC/DC. Notre univers est plus proche d’un groupe comme Queen qui était capable de créer des titres de hard-rock pur jus comme « Tie Your Mother Down » ou « Now I’m Here » et en même adopter le style opéra sur « Bohemian Rhapsody » ou « Love Of My Life ». Musicalement, je dirais que Def Leppard est un mix entre le côté sophistiqué de Queen et la puissance d’AC/DC. Nous restons des rockeurs, après tout !

Il y a également un très beau duo avec Debbie Blackwell-Cook sur le morceau « Sea Of Love ».

Pour cette chanson, on a intégré des éléments issus du gospel des années 70, comme Mott The Hopple l’a fait sur « The Golden Age of Rock’n’Roll » ou sur « The Ballad of Mott ». Tu peux entendre au milieu de la chanson un break de guitare à la manière de Jimi Hendrix. C’est pour moi un titre plus proche de Lenny Kravitz que du heavy metal. Le groupe a souhaité aller plus loin dans la direction artistique, sortir des sentiers battus. Il y a un vrai feeling rock-soul. Debbie qui est la chanteuse de Delta Deep, a enregistré sa partie dans le studio de Phil, en Californie et le mixage a été réalisé à Dublin. Nos deux voix réunies donnent plus d’ampleur, le son est énorme !

Sur Pyromania et Hysteria, on pouvait difficilement cerner vos influences. En revanche sur Def Leppard vous avez clairement cherché l’inspiration dans le rock ‘old school’.

Il y a sur cet album des échos de David Bowie, des Faces période Ooh La La, de Queen ou encore de Led Zeppelin. Nous avons senti qu’il nous fallait utiliser ce qui nous venait naturellement. Nous avons emprunté le style de Kiss sur le morceau « All Time High » et « Blind Faith » comporte des similitudes avec le titre « Rain » des Beatles, du moins dans l’esprit. « Man Enough » a un petit côté « Another One Bites the Dust » de Queen. Nous sommes tous devenus des musiciens parce que nous avons écouté ces groupes. Ceux-ci font partie de notre ADN. Il n’y aurait pas eu de Rory Gallagher sans Jimi Hendrix. Si Phil Collen a pris un jour une guitare et a commencé à jouer c’est parce que Ritchie Blackmore l’a fait avant lui. On est toujours imprégné par ce que l’on écoute.

Quel est le secret d’un tube, selon Joe Elliott ?

Un tube doit être accessible, irrésistible, addictif. Nous avons grandi en écoutant les charts anglais et la vague Glam des années ’70. Slade, Sweet, T-Rex et Mott The Hoople sont nos mentors. Ils avaient adopté une approche similaire à celle de Ray Davies (Kinks) dans les 60s. Sur « All Day and All Of The Night », « You Really Got Me », « Tired Of Waiting For You » il y a deux accords et beaucoup d’espace pour la mélodie. C’est aussi la marque de fabrique de Billy Idol et de Joan Jett. Dans les tubes de Suzi Quatro ou de Gary Glitter, la batterie et les guitares sont agressives mais la voix soutient toujours le dessus. La plupart des guitaristes de groupes de metal détestent ce genre de chanson parce que ce sont des morceaux de rock simples. Dans notre cas, nous cherchons juste à faire de bonnes chansons. Sav a écrit 90% de « Let’s Go ». J’ai apporté les textes et un couplet. Le riff est le petit frère de « Pour Some Sugar On Me », « Let’s Get Rock » ou « Rock Of Ages ». Ce sont des morceaux courts, efficaces, avec des guitares pour grossir le son et surtout des refrains chantés en chœur. Selon moi, une chanson doit être aussi bonne en album qu’en live. « Let’s Go » et « Dangerous » ont d’ailleurs été intégrés dans la setlist car c’est le public qui aura toujours le dernier mot.

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Vous avez tourné aux USA avec Kiss en 2014 et cette année encore avec Tesla, Styx, Night Ranger et Foreigner. Le marché nord-américain est une stratégie délibérée ?

C’est vrai que nous marchons très fort, là-bas. Je pense qu’il faut tenir compte de l’impact des stations de radio formatées rock aux States et au Canada. Je ne connais pas les statistiques exactes, mais il doit bien y en avoir quatre ou cinq dans chaque grande ville. C’est énorme proportionnellement à l’Europe. Nous croulons sous les invitations et le public continue à remplir les salles. Nous avons joué devant 20.000 personnes à Birmingham (Alabama), Salt Lake City, Portland et New York. Nous avons vendu autant de tickets que Paul McCartney ! Le territoire américain étant vaste, c’est logique que nous y passions plus de temps qu’en Europe.

Qu’en est-il justement de votre popularité sur le Vieux Continent aujourd’hui ?

Cette année nous nous sommes produits en Allemagne, en Tchéquie, en Pologne, en Lituanie et avons visité tous les pays scandinaves. On a fait chaque fois salle comble ! Le public européen continue à nous soutenir. Les dates programmées en décembre au Royaume-Uni avec Whitesnake et Black Star Riders, affichent presque toutes sold-out. On jouera notamment à Sheffield, notre ville natale.

Sur scène, vous revendiquez d’ailleurs votre « patriotisme ». Le design de l’Union Jack apparaît notamment sur la guitare de Phil Collen, la batterie de Rick Allen ou ton foulard.

C’était au départ un clin d’œil au Who et à la British Invasion. Le t-shirt Union jack que je portais dans la vidéo de « Photograph » est devenu accidentellement une sorte d’emblème, de logo pour les fans.

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Tu as aussi rejoint le groupe anglais Vega en studio pour un cover du titre « 10X Bigger Than Love ».

A l’origine, j’avais composé ce morceau pour l’album X, en 2002, mais il est finalement sorti en face B sur le single « Long Way To Go ». Nick Workman (chant) qui est un ami, m’a appelé pour me demander l’autorisation d’inclure une reprise sur le troisième album de Vega (Stereo Messiah). J’ai répondu : « OK les gars, foncez ! ». J’ai fais moi-même les chœurs. L’an dernier, Vega a ouvert pour Down’n’Outz au Royaume-Uni et en Irlande. Le groupe a joué « 10X Bigger Than Love » en live. Je regardais tous les soirs ces types jouer ma chanson. C’était bizarre et gratifiant à la fois.

Souffrant d’un lymphome (comme Tony Iommi de Black Sabbath) depuis 2013, Vivian Campbell a déclaré forfait pour les deux premiers concerts de la tournée US. Comment va-t-il aujourd’hui ?

Vivian va bien. Il a arrêté la chimiothérapie et ne doit plus subir de traitements agressifs par radiation. Son nouveau traitement est l’un des meilleurs contre le cancer du système lymphatique. Il a retrouvé le sourire, joue et chante merveilleusement bien. Je ne sais évidemment pas ce qui se passe dans son corps, mais d’un point de vue extérieur, il semble très heureux. Les cures ont lieu toutes les trois semaines et les effets sont positifs. Déterminé à guérir complètement, Vivian n’a pas voulu que le groupe annule des spectacles. C’est la raison pour laquelle Steve Brown (Trixter) le remplace sur scène quand il est absent.

Def Leppard
Sept ans de réflexion

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