Si vous ne connaissez pas encore les Français de Déluge, alors voici une belle session de rattrapage ! Profitant de leur récent passage au festival Motocultor, c’est à chaud et en exclusivité pour Metal Obs’ que la tête pensante du groupe lorrain a accepté de répondre à nos diverses interrogations existentielles (leurs véritables influences Black Metal, leur parcours, leurs projets…) et de dresser un premier bilan, deux ans après la parution de leur album Æther (Les Acteurs de l’Ombre) notamment à travers une vidéo spécialement conçue à cette occasion ! Alors prêt pour le déluge ? 

[Entretien avec François-Thibaut « FT » Hordé (guitare/chœurs)
par Seigneur Fred]

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Comment s’est passé selon toi votre concert au festival Motocultor ? Quelles sont tes impressions à chaud ?
C’est assez amusant, car je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde ! Il y avait au moins huit cent personnes pour nous en ce début d’après-midi apparemment, plus qu’Atari Teenage Riot qu’on a vu jouer en arrivant la veille au soir sur la même scène, où il y avait environ quatre à cinq cent personnes. Les gens semblaient attentifs et ne partaient pas. Comme au Hellfest cette année, devant près de huit mille personnes, les mecs restaient et écoutaient, franchement ça fait plaisir. Surtout que nous, on ne communique pas sur scène, à part avec la musique et avec le regard ou le langage corporel. Tu vois bien quand les gens viennent et repartent, or là, sur toutes nos dernières dates, y compris en festival, on a vraiment la sensation de capter de nouvelles personnes, de nouveaux publics. Enfin, après, on a tendance à idéaliser cela depuis la scène et à percevoir du coup les choses ainsi à notre niveau, mais je pense que ça grossit quand même et c’est super intéressant de voir les réactions du public, les gens sont curieux.

Vous aviez joué sur une si grande scène que celle de la Massey Ferguscène ?
Oui, en fait on a eu la chance, voire même le luxe je dirais, de rapidement se produire sur de grandes scènes. Par exemple, on a déjà ouvert pour Gojira sur une précédente tournée du groupe, et c’était déjà énorme pour nous alors que c’était seulement notre quatrième date ! Là, c’était Nostromo qui a ouvert pour Gojira en début d’année, pas nous. Et puis sinon cette année, on fait pas mal de grosses dates : on a joué aussi au Hellfest en juin dernier où ce fut incroyable sur la scène du Temple, le Motocultor donc, et mi-septembre le M Fest à côté de Tours…

Ça va assez vite pour vous ; n’importe qui ne se produit pas ainsi dans d’aussi grands festivals ou en première partie de formations aussi importantes que Gojira avec seulement un premier album en poche ! Ce n’est pas un hasard, je présume…
Disons que c’est un projet sur lequel j’ai longtemps travaillé dans l’ombre, durant de nombreuses années… Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain, comme ça. Au sein du groupe, on a presque tous plus ou moins dix ans de scène derrière nous… Parfois, ça peut arriver pour un groupe de débuter aussi fort, mais c’est rare tout de même, seuls quelques groupes ou artistes connaissent cela en début de carrière, grâce à la TV notamment… Pour Déluge, c’est vrai, c’était la condition principale avant de se lancer : on s’est dit que l’on ne sortirait pas un album tout de suite, on répéterait et travaillerait la scène avant.

Pourtant, avec Internet, on peut faire beaucoup de choses de nos jours, notamment en termes de promotion et de communication de concerts, et cela peut aller donc très vite… Comment ça s’est passé pour Déluge précisément ?
On peut faire en effet pas mal de choses soi-même, mais il faut savoir bien le faire, c’est un vrai métier à part entière. Il faut alors avoir à côté un attaché de presse qui gère tout cela, et c’est un métier à temps plein. Nous, on a donc commencé par beaucoup travailler en amont, avec d’abord la sortie d’une démo Mélas | Khōlé en 2014 (en format cassette, ndlr). Personnellement, j’avais démarré vers 2012-2013 en bossant sur la musique du groupe, quelque chose comme ça. Le groupe s’est alors formé. Ensuite, après la démo, on a sorti notre premier album Æther en 2015. Entre temps, nous n’avions pas fait grand-chose niveau concerts, jusque deux ou trois dates avec Céleste en 2015. On a donc eu l’opportunité d’ouvrir pour Gojira lors de notre quatrième concert seulement, durant l’été 2015 si je me souviens bien. Il y a eu juste après cela le lancement d’Æther en septembre 2015 et on enchaîné, mais tout ceci a donc bien été préparé en amont. Actuellement, on continue encore de vivre sur tout ce travail accompli… Et on rentre de nouveau dans une période de préparation de la suite avec un nouvel album à venir…

Ce ne doit pas être évident de jongler entre vie privée et vie professionnelle avec le groupe qui grossit au milieu de tout ça, car vous ne pouvez vivre de votre musique comme Gojira, mais en même temps ce doit être passionnant et enrichissant tous ces concerts et retours ?
En effet, on a tous eu des vies très remplies dernièrement ; on a appris beaucoup de choses. Niveau concerts en plus, on n’a pas dû refuser de dates qui nous intéressaient, me semble-t-il, et avons accepté tout ce que l’on pouvait dès que c’était possible, notamment pour les festivals. 

Vous préférez vous produire en festival justement, comme au Hellfest ou au Motocultor, ou bien dans des petites salles, des petits clubs ? 
À titre personnel, je ne suis pas vraiment fan de festivals, car ce n’est pas là qu’un groupe peut rencontrer son public dans les meilleures conditions. Mais on a la chance, ou plutôt l’honneur, d’avoir pu faire d’autres concerts dans de très bonnes conditions et à présent de pouvoir jouer dans ce genre de festivals très bien organisés, et avec un public ouvert et varié, c’est très intéressant.

Quelles sont les influences de Déluge, en fait ? J’ai l’impression qu’il y a du Black Metal assez classique, mais en même temps aussi des choses plus atmosphériques Post-Hardcore à la Isis ou The Ocean pour contrebalancer avec cette froideur ? Et surtout, avez-vous de réelles influences purement Black Metal à vrai dire ?
Alors justement, pas du tout, et en même temps totalement en fait ! (rires) Dans le groupe, certains d’entre nous sont fans de Black Metal, notamment Frédéric Franczak, notre bassiste, mais il en écoute beaucoup moins en ce moment… Lui c’est vraiment son truc, il avait déjà un groupe de Black Metal avec son frère à l’âge de douze ans. C’est ainsi qu’il a commencé la musique par exemple, donc tu vois… Mais moi, le Black Metal, ce n’est pas du tout mon truc, personnellement ! Je connaissais, mais de très très loin ; à vrai dire, ce n’est pas quelque chose qui m’attirait, même le Black Metal plus mélodique ou atmosphérique. En France, il y a pas mal de choses désormais, et je commence à apprécier des groupes comme Alceste, par exemple, que l’on connaît bien personnellement. Sinon, il y a surtout un groupe qui m’a fait ressentir certaines émotions, c’est Deafheaven. Mais bon, je ne suis pas fan du dernier album New Bermuda (rires)

C’est un groupe sujet à polémique Deafheaven, entre les pro et les anti Les fans de Trve Black Metal crient au scandale, musicalement, c’est intéressant, leur avant-dernier album à la pochette rose, Sunbather, avait provoqué le buzz dans le milieu…
Vraiment ? Pourquoi ? L’avant-dernier album comportait en effet un visuel rose, oui, mais en même temps, c’est ça que j’adore chez eux, artistiquement parlant. Par contre, si c’est fait uniquement en tant que provocation, là non, je n’aime pas ça. Je ne sais pas trop comment cela a été pensé chez eux, à vrai dire. Après, pour revenir à nos influences musicales, je cite tout le temps ce groupe, car très sincèrement, c’est Deafheaven qui m’a fait envisager de puiser dans l’énergie de cette musique, qui est ou non du Black Metal. Après ça m’intéresse pas plus que ça le Black Metal ni ce genre de débat, mais ce ne serait pas honnête de dire : « tiens, on va faire un groupe de Black Metal tout en reniant ce genre musical ». J’aime aussi Mgła de Pologne, je ne sais pas trop comment on prononce… (prononcer « mgwah » signifiant « brouillard » en polonais, ndlr). Bon, même s’il y a des histoires autour d’eux, musicalement c’est très traditionnel, mais assez transcendantal et très balèze ce qu’ils font, tout en suivant les codes du Black Metal…

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Oui, il faut du classique et un peu de nouveauté, et ça Deafheaven l’a bien compris. En France, on a dorénavant un beau panel de nouvelles formations, notamment en provenance de votre label Les Acteurs de l’Ombre…
Il y a tout un tas de nouveaux groupes plus ou moins Black, c’est vraiment intéressant, oui. À propos de Deafheaven, il y avait vraiment une énergie belle au départ, avec quand même des parties un peu chiantes, un peu trop à l’eau de rose. Bon, d’un point de vue composition musicale, c’est sympa, mais la tonalité ne me plaisait pas trop, car c’était trop ennuyant alors je me suis dit avec le groupe : j’ai envie de garder cette énergie, mais en gommant ces passages, afin de les compenser par autre chose, par quelque chose de plus visuel, à travers une certaine mélancolie.

D’ailleurs sur votre premier album Æther, il y a cette trame sonore basée sur l’eau qui coule, qui tombe, tout au long des différentes chansons, avec des samples. Peut-on parler de concept album alors, même si sur un morceau, « Vide », je n’ai pas vu directement le lien avec l’élément de l’eau ?
C’est marrant, car on me fait souvent la remarque comme quoi c’est un concept-album mais je le prends comme un compliment, et suis très flatté que l’on puisse penser cela. C’est vrai qu’il y a une cohérence entre les divers morceaux sur cet album. Dans toute création, je pense qu’il faut une ligne, un fil conducteur, ou bien alors je me mets à l’art contemporain et fais des trucs dans tous les sens dans un style complètement abstrait, mais personnellement, j’aime bien voir une belle pièce, une belle œuvre en face de moi. Pour la musique, on a composé par phases, mais l’ensemble peut faire penser à un concept, il est vrai, mais cela n’en est pas un véritablement… (rires)

Pourquoi ce thème de l’eau, justement, alors que la plupart des membres de Déluge vient de Metz en Lorraine, en plein dans les terres ?!
On n’a pas l’océan là-bas, en effet, et il faut croire que c’est le rêve de la mer pour nous tous, mais ce n’est pas nécessairement en référence à l’océan ou la mer. Excepté justement le titre « Vide » : c’est intéressant que tu le mettes à part, car lui il peut faire penser au vide de l’océan suite à un « Naufrage », autre chanson de l’album également. Avec l’eau, ce qu’on voulait utiliser en fait cétait les différents états de l’eau, avec comme parallèle les différentes émotions dans une vie qui en découlent. On n’est donc pas dans un trip antéchristique, satanique, Black Metal pur, etc., pas du tout dans ce créneau-là. C’est très métaphorique en fait, comme sur la chanson « Appât » ; on voulait faire référence aux différents états d’émotions dans la vie d’un homme. D’ailleurs, le nom de Déluge pour le groupe est venu un peu avant la composition de ce premier album avec la démo, en exprimant ce que je souhaitais : un déluge d’émotions, un déluge d’intensité, que ce soit au niveau des guitares ou du chant. Et en disant cela à un ami, en décrivant cela, c’est ce qui est ressorti avec comme mot-clé le mot déluge, donc. Cela collait bien avec l’eau, c’était particulier donc tout l’ensemble était cohérent pour cet album Æther.

À présent, quels sont les projets du groupe ? Un nouvel album sur le feu, puis l’air, etc. ?
Non, ce serait trop facile ! (rires) Un album sur le feu, dans ce cas on devrait peut-être changer de nom de groupe pour « Brasier » ou un truc comme ça ? (rires) Non plus sérieusement, ceci n’est pas prévu à l’ordre du jour, mais effectivement, pour rester dans la symbolique, car on a un truc assez fort, je pense, on sait dans tous les cas ce que l’on ne va pas faire. Devant nous, on a une infinité de choix, de nombreuses possibilités donc c’est ce qui est passionnant et c’est là aussi le challenge qui s’offre à nous. Et j’ai l’impression, sans aucune prétention, que l’on a pris à contrepied en fait une certaine scène avec une production américaine, très moderne, numérique, mais ça ne veut pas dire pour autant que l’on aura une production sonore très organique a contrario pour le prochain album. Dans tous les cas, il faudra que ce soit encore mieux qu’Æther, et on ne sait pas encore avec quel contre-pied on va faire cette suite, c’est pour ça que l’on ne veut pas trop se presser non plus. Tu vois, on fait cette année le Hellfest, le Motocultor, le M Fest, deux ans après la sortie de notre premier album, ça ne s’est pas fait l’an dernier. On a encore des propositions de concerts qui nous arrivent et on récolte seulement les fruits de cet album. En plus, on a une belle communauté qui nous suit sur Internet, des fans un peu partout.

Ça serait intéressant pour le prochain album d’avoir des projections vidéo sur scène en live, un peu comme Tool ?
Oui, on y travaille, mais on n’a pas envie de faire comme tout le monde. On y réfléchit, car pour l’instant, on ne va pas se mentir, on est seulement en fin de tournée pour le premier album. Là, on commence à rebosser la scénographie pour le second album. Au niveau de l’écriture, on est pas mal à plein temps en ce moment, et on aimerait bien le sortir d’ici un à deux ans, idéalement l’année prochaine. On ne préfère pas trop en dire pour l’instant, car on est tous à des moments charnières de nos vies personnelles. Ce sont des phases où tu réfléchis beaucoup, remets en question les choses, il faut faire les bons choix, et c’est à ce moment-là que je suis le plus créatif. Bon après, si on arrive à faire des choses extraordinaires dans dix ou quinze ans, c’est bien aussi car il y a des groupes qui explosent en termes de créativité, dans le bon sens du terme, lorsque les mecs ont quarante ans. Un groupe qui existe depuis déjà dix ans aura toujours des choses à proposer avec une certaine expérience.

Avez-vous déjà tourné à l’étranger ?
Oui, au Luxembourg, en Angleterre notamment à Londres, en Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Italie, et un peu partout en France donc c’est pas mal déjà. Apparemment aussi, en termes de ventes, on a de bons retours du Japon, du Québec, car nous sommes distribués là-bas par internet et en disque physique aussi grâce à des partenariats des Acteurs de l’Ombre Productions là-bas. On aimerait monter une tournée à Montréal et à Québec. On va voir…

Un petit mot sur votre participation à la prochaine édition du M Fest à côté de Tours où vous jouerez, entre autres, avant The Great Old Ones et Rotting Christ pour rester dans le registre Black Metal ? 
Hé bien, on avait déjà joué avec certains d’entre eux présents sur l’affiche. En tout cas, c’est un festival du côté de Tours qui a l’air de se bouger là-aussi. C’est le genre de scène qui nous plaît. Avec Déluge, on ne joue pas n’importe où et on ne s’impose jamais rien. En fait, on joue dès que l’on peut et que ça nous semble intéressant là où on nous demande. Dans tous les cas, c’est toujours comme partir à l’aventure car on ne répète quasiment plus jamais maintenant que nous sommes un peu tous éparpillés dans les quatre coins de la France. 

Enfin, parle-nous de cette vidéo qui paraît en exclusivité sur metalobs.com !
Alors on a été suivi par un jeune réalisateur, le très talentueux Anthony Lassus, qui nous a suivis sur les festivals du Hellfest et l’Extrême Fest. En fait, on ressentait le besoin de faire un point deux ans après la sortie de notre premier album Æther, sur ce que l’on est devenu. Et on ne va pas se mentir, mais jouer dans le cadre de telles opportunités, c’est vraiment génial. Après, au-delà du nombre de spectateurs et de la symbolique du Hellfest, c’est là où on a aussi eu le meilleur ressenti et donné probablement le meilleur concert, la communion avec le public, etc. Franchement, c’était vraiment hallucinant, un moment très fort. On a donc profité d’enregistrer cette vidéo avec de belles images live de ce concert du Hellfest donc et de l’Extrême Fest accompagné d’un point interview sur le chemin que nous avons parcouru, la suite qui s’offre à nous maintenant, le tout durant approximativement cinq minutes. Voilà.

 

Découvrez en exclusivité la « Visual Journey » de Déluge !

Déluge sera également en concert lors du Tyrant Fest de Oignies, en novembre prochain.
+ d’infos : facebook.com/tyrantfestival

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Le calme après la tempête

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