Retrouvez également des extraits de cet interview dans le Metal Obs’ numéro #89 de septembre !

Tous les groupes le reconnaîtront : avoir un line-up stable et solide est une chose rare. Devourment n’y échappe pas, eux qui reviennent sur le devant de la scène en pleine forme avec un line-up complètement reconfiguré… et solide : Brad, le batteur originel du groupe est de retour derrière les fûts.Ceci étant dit, le son de ce nouvel album (visiblement attendu au tournant par de nombreux fans sur internet) marque un vrai retour aux sources. Bref, il était temps de demander quelques explications au groupe, qui n’a donc pas sorti de nouveauté depuis 6 ans ! C’est sous un soleil de plomb au Hellfest le dimanche, juste après leur set, que nous avons réalisé cet entretien. Tous aux abris, Obscene Majesty sort le 16 août chez Relapse Records et il ne laissera personne indemne. (Merci à Vincent Soubranne et Luca Bernjak de m’avoir orienté sur certaines questions.)

[Interview avec Brad Fincher (batterie), Ruben Rosas (chant) et Chris Andrews (guitare) réalisée par Guillaume DARTIGUES]

Brad, heureux d’avoir appris ton retour avec Ruben, et l’annonce d’un nouveau Devourment a créé la surprise à de nombreuses personnes ! Donc pour commencer cette interview, je voudrais juste que l’on revienne sur la composition actuelle du line-up : Comment s’est déroulé cette réunion, avec les membres, ainsi que ton retour ?

Brad : Quelques-uns des membres du line-up précédent ont quitté le groupe, Chris était le seul membre qui restait dans Devourment. Et à ce moment là, il m’a contacté si par hasard j’étais intéressé pour le rejoindre. Je lui ai dit : “Oui mais on pourrait se reformer et se réunir complètement, si ça t’intéresse que mon collègue Dave de MESHIHA* joue avec nous, on peut faire un jam ensemble et voir ce qui en ressort.” *(ndlr : un side-project de brutal death avec des membres passés et présents de DEVOURMENT)

Et donc, Chris (ndlr : Andrews) était auparavant bassiste mais il est passé à la guitare sur Obscene Majesty. Mike Majewski occupait la basse et le chant, mais vous voilà avec un nouveau bassiste (Dave Spencer). Comment vous êtes vous rencontrés, êtes-vous de vieux amis ?

Non en fait c’était quand on jouait avec Brian (ndlr : Brian Wynn, ex-Devourment et ex-Meshiha) il y a longtemps. Avec Meshiha de 2009 à 2013, Brian a rencontré Dave pour qu’il joue la basse pour nous et il a jammé avec nous pendant plusieurs années. Donc voilà, quand l’opportunité avec Devourment s’est présentée, c’était trop beau… (rires)

Ruben : Chris m’a en fait contacté car il essayait de planifier des concerts, et je me disais que c’était pas la priorité… Mais quelques semaines plus tard, je l’ai contacté en retour et concernant la batterie, on s’est dit ensemble qu’il fallait qu’on parle de tout ça à Brad.

Chris : C’était moi et Mike Majewski (ndlr : alternant autrefois basse et chant) qui avions cette offre d’une grande tournée. Mike a dit qu’il ne pouvait pas assurer ça, donc j’ai essayé d’atteindre tous ceux que je connaissais, des line-up précédents… J’ai contacté Brad, il était intéressé, après quoi je suis revenu à la guitare pour simplifier les choses.

Brad : Tout le monde est plus content qu’auparavant avec ce line-up.

Devourment line-up 2019 : Ruben, Brad, Chris, Dave.
©Paul Moseley

Pourquoi Mike, qui a joué sur plusieurs albums de Devourment, ne pouvait pas jouer la basse pour vous ? Est-il dans d’autres projets ?

Chris : Non, non pas en ce moment. C’est difficile pour lui.

Brad : Ouais je ne crois pas qu’il soit dans un groupe actuellement, il se consacre plutôt à sa vie personnelle.

Parlons maintenant de l’album ! Après 6 ans sans nouveau titre de Devourment, vous voilà de retour avec un album plus long qu’à l’accoutumée (10-15min)…

Oui c’est l’album le plus long qu’on ait fait, plus de morceaux, des morceaux plus longs que d’habitude…

Et à quoi cette inspiration est dûe ? Grâce au line-up actuel ?

Chris : C’est un peu comme si tu t’étais pas branlé depuis un moment ! (rires)

Brad : On a juste passé beaucoup de temps à travailler dessus, on a été un peu perfectionnistes. On voulait vraiment arriver à sortir quelque chose de qualité. Il y a 4 ans de ça, nous avions déjà quelques morceaux. Après on continuait de composer, travailler ensemble pour écrire encore et encore d’autres morceaux…

« Cognitive Sedation Butchery », premier titre dévoilé, à écouter en poursuivant la lecture ! 🙂

Quel est votre process d’écriture ?

Chris : Pour certains, j’écrivais une démo et pour la plupart, moi et Brad allions en répète, on se contentait de jouer et les structures des morceaux apparaissaient : les blasts notamment.

Justement votre son bien que massif, sonne relativement moderne, notamment la batterie. La caisse claire claque bien plus lourde…

Brad : Haha oui pas comme avant où elle sonnait comme “Ting ! Ting ! Ting ! Ting !

Avez-vous changé vos méthodes de compositions sur Obscene Majesty par rapport aux précédents albums ?

Depuis Molesting the Decapitated (qui est le dernier album de Devourment sur lequel j’ai joué en 1999), j’ai un peu amélioré mon style. C’est un peu le même type d’idées dont j’avais l’habitude de jouer, mais je me sentais un peu moins fatigué, un peu plus technique. Donc évidemment le son est différent : une tonalité de caisse claire très haute qui s’est orientée sur un son de batterie heavy, heavy-rock allié avec les blasts beats. Je ne pense pas qu’on voulait se rapprocher de quelque chose de moderne nécessairement. Pour moi, ça continue de sonner lourd. Tout sonne lourd : pas seulement la caisse claire, mais aussi les toms, le kit en général, les guitares -8 cordes dorénavant- qui sont accordées plus graves.

Obscene Majesty, sortie le 16 août 2019 sur Relapse Records !

Pouvez-vous me dire un mot sur l’artwork ? On dirait qu’il a l’air bourré de références à l’empire romain !

Non pas spécialement, même s’il y a un peu le style. L’artiste qui a dessiné la pochette est Khaos Diktator (ndlr : Stefan Todorović, membre de Gorgoroth et réalisateur de nombreux artworks pour des groupes de death et black metal). Il a été inspiré par les paroles des morceaux, leur son… Il connaît bien le groupe, donc on lui a donné tout notre répertoire et il est revenu vers nous. Ce n’est donc pas quelque chose de spécifique, mais plutôt une interprétation sur la thématique de l’obscurité, du chaos. On trouvait que ça allait très bien.

Ton jeu à la batterie est lui aussi extrêmement lourd : quel est ton entraînement ? Comment procèdes-tu ?

J’essaie de me pousser au maximum à la batterie, ce qui représente une grande partie du fait d’être dans le groupe. Même la contribution de notre producteur, Braxton Henry, m’a donné des idées. Tout le monde m’a aidé à pousser mon jeu plus que je ne le fais habituellement. Mon objectif était d’être le plus extrême que possible : rapide, lourd, accrocheur, tout ça… Avec quelques parties plus lentes pour le côté slam, même si je ne me suis jamais senti confortable à jouer à vitesse moyenne. Travailler sur ce que je t’ai dis avant, ce que j’aime, c’est tout ce qui m’importe.

Petit aperçu du jeu extrême de Brad, en 2014.

Pour finir, je voudrais avoir votre point de vue aujourd’hui sur la scène diversifiée du slam/death, brutal death, deathcore qui continue d’évoluer aujourd’hui… Il y a même des groupes Facebook concernés !

…Ouais Slam Worldwide etc. Je ne sais pas si tu as vu la vidéo du Youtubeur Finn McKenty, un ami à nous, qui se nomme “What Killed Slam?”. C’est un mec old school, fan du death metal des années ‘90 comme Suffocation, Pyrexia, qui ont un son si spécifique, typique de là où on vient, en comparaison aux groupes modernes de death-slam, deathcore, Slam Worldwide… Je trouve ça énorme que le slam en général soit populaire, que les gens s’y attachent. Ça nous donne autre chose, des sons toujours torturés et qu’ils soient associés au slam ou non. Nous concernant, on essaie toujours de faire un son brut, crasseux et sale plutôt qu’une super production, propre qui ne sont pas forcément des choses que j’écoute nécessairement.

Quand on a commencé Devourment, mon idée a toujours été de faire du brutal death mais avec des parties slam. Internal Bleeding est une de mes premières influences. Eux c’était purement du slam. Si on réécoute le premier album de Devourment, pour moi c’est plus tourné death metal comme dans le style de Suffocation, Deicide ou Cannibal Corpse qui sont des trucs que j’écoute souvent.

Devourment
©Paul Moseley

CHRONIQUE Obscene Majesty :

Allons droit au mur : cet album d’une grande violence maltraite les tympans de l’auditeur pendant plus de 45 minutes sans aucun temps mort. Beaucoup de changements côté line-up : le retour de Brad (batteur sur le premier album culte Molesting the Decapitated) est un atout de choc pour les fans de la scène death / brutal death new yorkaise, qui ont pu être déçus par les derniers disques du groupe. La différence marquante avec les albums d’avant comme Conceived in Sewage se situe non pas au niveau de la composition mais plus à la production : ici, tout est plus lourd. Qu’il s’agisse de tous les instruments, des grattes jusqu’à la batterie, Obscene Majesty marque un nouveau pas en avant vers davantage de brutalité. On peut mentionner l’alternance entre les parties death rapides, puis les parties slam qui comprennent quelques breakdowns bien énervés : écoutez “Cognitive Sedation Butchery” ou “Sculpted in Tyranny”. Certains pourront regretter le fait que le chant et les guitares, pourtant si caractéristiques du brutal death, manquent de variation. Mais nul doute que cet album vont ravir les fans de brutal death comme Disgorge, Skinless ou encore Suffocation. La sortie de cet album reste un évènement : Devourment est de retour, revigoré comme jamais.

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  • Obscene Majesty
  • Brutal Death Metal US
  • Relapse Records

Sortie le 16 août 2019 !

DEVOURMENT : Brutalité obscène

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