DICTATED
Phobos
Death Metal
Autoprod.
★★★★☆

Si les deux premiers opus de Dictated ne marquèrent pas franchement les annales du Death Metal européen, le nouvel effort des Bataves pourrait bien inverser la tendance. Dictated se fit remarqué par une signature avec le label Metal Blade pour son second effort The Deceived en 2014, et bénéficia d’un sérieux coup de pouce du leader de God Dethroned, Henri Sattler, qui se produisit d’ailleurs live avec eux à plusieurs reprises en tant que bassiste de session l’année suivante. Mais il manquait encore ce petit quelque chose en plus, ce petit supplément d’âme pour faire sortir musicalement le combo néerlandais du lot, à l’instar de leur amie Marloes Voskuil et son groupe Izegrim qui ont failli et malheureusement décidé de splitter. Le point commun avec ces derniers outre leur nationalité, vous direz-vous ? Une présence féminine, ou plutôt deux ! En effet, la particularité de Dictated réside dans l’atout de charme mais surtout de choc des deux musiciennes Sonja Schuringa (guitare) et Jessica Otten (basse) mais attention : résumer et cantonner ce quintet à cela serait une grave hérésie ! Fondatrices de Dictated du côté d’Utrecht en 2007, ces amazones du Death Metal ont travaillé dur en faisant tout elles-mêmes en mode « do it yourself » au côté du chanteur Yorick Keijzer, et du batteur Frank Schilperoort qui a vraiment participé cette fois à la conception de Phobos, auquel il convient d’ajouter le second guitariste Koen Verstralen (Erebus, ex-Carach Angren (live)). Inspiré par leurs propres phobies et leurs émotions ressenties à leur retour d’une tournée en Asie (Népal et Inde) en 2016, ce concept-album se veut plus accrocheur que ses prédécesseurs, et surtout plus personnel. Très rentre-dedans et sans préliminaire avec sa chanson « Hypso » sur lequel on retrouve d’emblée en guest le hurleur stéphanois bien connu Julien Truchan de Benighted (dont le nouvel album Obscene Repressed arrive très bientôt !), Phobos commence très fort. La boucherie psychologique continue ainsi tout du long (le lourd et menaçant « Taphe ») comme un remake sonore de « Petits Meurtres entre amis » auquel on assisterait (le gratteux Mendel bij de Leij (ex-Aborted, Escadron, Mendel, Oracles and ex-System Divide…) pose même un petit solo sur « Athaza Gora »). Dictated apporte dans son jeu plus de subtilités au niveau des guitares que par le passé, et au fur et à mesure que l’on avance dans Phobos, on ressent bien l’état d’esprit des musiciens. Si par moment, les passages de brutalité pure n’innovent pas vraiment (« Chira » aux influences Deathcore), l’approche lyrique autour de différentes phobies, dont une correspond réellement à chacun des membres du groupe, et l’apport de plus de diversité sur certains titres font cependant du bien par où ça passe, créant plus de nuance et de mélodie bienvenues (le bien nommé « Apeiro », « Glosso » et ses percussions plutôt inattendues ici). Phobos marque clairement un grand pas pour Dictated même si certains stigmates demeurent bien sûr (« Trypo » qui n’aurait pas dénaturé sur Illuminati, le prochain God Dethroned, ou encore « Apeiro » aux faux airs de Nile). Quand on vous dit que la femme est l’avenir de l’homme, ce troisième album en a véritablement dans le slip (ou plutôt le string) et démontre une puissance technique hors-pair doublée d’une réelle évolution dans la composition et production faite maison. Sincèrement, on assiste là une belle baffe Death Metal, et on a hâte de revoir live le groupe hollandais par chez nous, pourquoi pas en première partie de nos amis de Benighted avec qui ils ont déjà partagé la scène par le passé, qui sait ? L’avenir nous le dira. [Seigneur Fred]