Jeune formation de Doom/Death Metal aux influences Sludge ayant réussi à percer dernièrement sur la scène norvégienne totalement saturée, Dwaal vient de sortir son premier effort longue durée après une démo en 2016 et un EP intitulé Darben en 2017. Découvert en concert par Metal Obs à Oslo en début d’année, nous ne pouvions faire l’impasse sur cette nouvelle sensation scandinave. Nous vous la présentons aujourd’hui en vous invitant fortement à découvrir leur album Gospel Of The Vile paru en mars chez Dark Essence Records. [Entretien avec Stian Hammer (basse), Anders Johnsen (batterie), Rikke Karlsen (guitare) et Bjørnar Kristiansen (chant, claviers) par Seigneur Fred – Photo : DR]

Comment est né le groupe Dwaal en 2014 à Oslo ? Êtes-vous à la base tous des amis de collège ou lycée par exemple qui ont décidé de fonder un nouveau groupe de Doom/Death Metal en Norvège après une longue nuit l’hiver… ?
Stian : Ça s’est fait dans les années 2010. Nous nous sommes rencontrés en contact dans des forums en ligne sur internet à travers un intérêt commun pour la même musique lente et lourde… La toute première répétition du groupe eut lieu avec Anders (batterie), Eigil (guitares) et moi-même (basse). Rikke (guitares) et Christian (voix, synthés) ont rejoint notre groupe en quelques semaines. Fin 2018, nous avons malheureusement pris la difficile décision de nous séparer de notre chanteur Christian. Début 2019, l’espace vide laissé par Christian a été comblé par l’arrivée de Siri (claviers) et Bjørnar (chant) du groupe Martyrs.

Et que signifie exactement ce mot étrange pour nous Français, « Dwaal » ? Est-ce un mot norvégien par exemple ?
Stian : « Dwaal » est un mot en afrikaans (NDLR : le parler néerlandais de l’Afrique du Sud, langue officielle avec l’anglais dans ce pays). Cela signifie « état hébété et confus ». Pour nous, ce mot représente les éléments qui surviennent ou plutôt les effets les plus trippants survenant avec notre musique.

En début d’année, vous avez donné un concert à Oslo où notre boss a pu vous découvrir live. Votre concert était intéressant et intense. Comment est-ce un concert de Dwaal sur scène quand vous jouez votre musique ? A quoi le public français qui ne vous a encore jamais vu live peut-il s’attendre surtout en ces temps de vache maigre en matière de concerts ? Y interprétez-vous l’intégralité de votre premier album qui vient de paraître ?
Stian : Compte tenu du genre, cela peut sembler un peu artificiel ou contre-intuitif, mais lorsque nous jouons en direct, on vise à canaliser autant d’énergie que possible dans le spectacle. Attendez-vous à des guitares fortes, à des coups de tête (headbanging) et à sortir de la scène pour plonger ou marcher parmi la foule. Un concert fonctionne comme un exutoire et un événement libérateur pour nous, c’est définitivement thérapeutique.
Anders : Nous n’avons pas encore joué l’album dans son intégralité en concert. En général, nous n’avons pas assez de temps sur scène pour le faire.

DWAAL « Obsidian Heart Burns » live @Vaterland, Oslo (NOR) 6th of August 2019

Venant de Norvège, est-il facile de lancer un nouveau groupe de Métal de nos jours dans votre pays parce que les scènes Metal, Hardcore et Rock en général sont totalement saturées depuis plusieurs décennies et il y a tellement de formations déjà établies, les musiciens jouant généralement dans plusieurs groupes à la fois ?
Stian : Oui et non. Il y a beaucoup de groupes, donc la compétition est féroce, en effet. Mais il y a une grande communauté soutenant les jeunes groupes locaux qui ont tous une faim insatiable de sang neuf en matière de musique, surtout pour la branche Doom où les gens sont très accueillants et toujours curieux.

Du coup, est-ce compliqué pour vous de trouver des concerts dans des clubs et festivals locaux en temps normal (hors période d’épidémie mondiale de corona virus bien sûr) et de vous produire dans votre propre pays ou alors avez-vous besoin nécessairement d’exporter votre musique si vous voulez que Dwaal se développe rapidement ?
Stian : Les sites locaux tels que Blitz et Vaterland ont été essentiels pour nous amener où nous en sommes maintenant. Ainsi que des festivals tels que Black October et Autumn Sabbath. Sans l’aide de ces personnes dans ces lieux ou organisations, nous ne serions jamais là où nous en sommes.
Anders : Ce n’est pas trop compliqué pour trouver des clubs locaux où jouer, ils ont tendance à être ouverts aux groupes émergents. Obtenir une place dans un festival peut être un peu plus délicat, mais tant qu’il y a quelque chose pour le groupe (un disque, un évènement, etc.) et qu’il est actif dans son activité et la diffusion de sa musique, les organisateurs du festival sont généralement au courant des groupes de la scène underground car ils font également partie de ce réseau. Les opportunités émergent peu à peu pour nous mais il est sûrement possible d’émerger plus rapidement, grâce à un travail acharné. Cela ne se fait pas tout seul de toute façon…

Quelles sont vos principales influences musicales au sein du groupe ? J’ai aperçu des affiches de Slayer ou Black Flag sur une photo promotionnelle prise dans votre salle de répétition… Personnellement, je parierai plutôt sur Hooded Menace, Morgion, Celtic Frost/Triptykon, Swallow The Sun, Cult Of Luna, et des groupes de Sludge Metal aussi…
Stian : Je trouve que les influences peuvent être partout. Cependant, pour moi, le Rock progressif et le Post-Rock sont les genres musicaux les plus importants en plus bien sûr du Doom et du Sludge aussi en effet. Quelques groupes plus disparates comme Motorpsycho, Ulver, Boris, Neurosis, Cult Of Luna oui, Oranssi Pazuzu, Ufomammut, etc. m’attirent et peuvent m’influencer également.
Bjørnar : Vocalement, je m’inspire de chanteurs comme Aaron Stainthorpe de My Dying Bride, « Corpsegrinder » de Cannibal Corpse et Alan Dubin de Khanate and Gnaw. Voilà principalement.
Rikke : Des groupes de Black et de Doom Metal qui mélangent des éléments d’avant-garde (ambiant, Dark/Indus), du Sludge ou de Post Metal progressif à leur mix, tels que Blut Aus Nord, Kongh et Herder, ont un impact sur mon son de guitare. Mais j’aime aussi des groupes de Rock progressif ou spatial, plus aérien, comme les vieux Genesis et Eloy.
Anders : Tout le monde dans le groupe a des goûts différents, et chacun d’entre nous est donc inspiré par une assez grande variété de musiques différentes. Pour ma part, je suis un fan de différents types de Punk d’où l’affiche Black Flag dans notre local. (sourires) Si la photo promotionnelle dont tu parles avait été prise sous un angle différent, de nombreux autres groupes d’autres genres auraient été visibles sur d’autres posters. (rires)

DWAAL line-up 2020

Comment fonctionnez-vous au sein de Dwaal pour l’écriture et la composition car vous êtes six membres tout de même ? Ce n’est pas toujours facile de travailler avec autant de personnes et de se mettre d’accord parfois. Comment avez-vous procédé par exemple pour ce premier album studio Gospel Of The Vile qui vient de paraître chez Dark Essence Rec. ?
Stian : La plupart de notre matériel est basé sur des jams en répétition, donc nous écrivons essentiellement toute la musique ensemble. Cela peut être assez long, mais je pense que c’est un aspect important de notre musique car tout le matériel possède une part de chaque membre du groupe. Cela signifie également qu’il y a beaucoup de discussions entre nous, mais nous avons tous une approche plutôt pragmatique du processus, sachant qu’il faut parfois faire des concessions pour avancer. On prend et donne tous beaucoup.

Que signifie exactement le titre de votre album parce que votre musique est si mystérieuse et lourde ? Quelle est l’idée générale derrière ce titre « Gospel Of The Vile » ?
Bjørnar : Gospel Of The Vile n’est pas un album concept, mais il y a des liens communs entre les paroles des chansons dans tout l’album. Il se concentre sur la chute de l’humanité et sur ce qui se passerait selon différents scénarios lorsque l’Homme régresse vers un état plus primitif et sauvage, devenant plus agressif.

Enfin, pour terminer, quels sont vos projets pour 2020 malgré la situation mondiale actuelle ? Allez-vous partir en tournée à l’étranger ? Avez-vous prévu des festivals d’été en Europe ou en Amérique cette année si l’épidémie s’arrête et que les spectacles et festivals sont maintenus ?
Anders : Pour le moment, le seul concert confirmé que nous avons cet été est au festival Summer Breeze en Allemagne. Quelques autres spectacles sont en préparation, mais il reste à savoir maintenant combien de concerts nous serons en mesure de faire finalement, avec le confinement à cause du corona virus et tout, ça va être compliqué jusqu’à cet été de toute façon. En attendant, on a d’autres projets comme continuer à jammer entre nous dans notre local de répétition et puis on va commencer à écrire de la nouvelle musique.

DWAAL
Nouveaux apôtres du Doom