ETHS
La fin d’une épopée

Parmi les prétendants à la couronne, ETHS faisait figure des leaders de la scène française. Les riffs acérés de Staif Bihl associé à la rage de Candice Clot faisait du combo marseillais une machine de guerre que rien ne semblait arrêter. Mais les choses en voulu autrement, la vie en a voulu autrement. En 2012 Candice prit la courageuse et honnête décision de stopper l’aventure au sommet de la gloire du groupe, n’étant plus en phase avec cette musique. Le groupe ne s’en est jamais vraiment remis. Pour autant dans cet entretien à cœur ouvert, des raisons insoupçonnées vont faire leurs apparitions et c’est un duo réuni pour deux dates mémorables qui nous expliquent les tenants et les aboutissants de 20 ans de carrière. ETHS, à jamais un groupe hors norme et qui aura marqué le paysage du métal français.

[Entretien avec Candice Clot (chant) et Staif Bihl (guitare) par Julien Meurot – julien@metalobs.com]

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Candice, voilà plus de 4 ans que tu n’es pas monté sur scène. Comment abordes-tu ces 2 derniers concerts ?
Candice : Il y a toujours une appréhension de savoir si cela va le faire ou pas. J’ai bossé depuis le mois de janvier. La première scène s’est très bien passée.
Staif : Je lui ai dit que c’était comme le vélo. Quand tu as le truc, tu l’as toute ta vie. Et comme c’est une bosseuse, elle est au top. Elle a scotché tout le monde à la première répète (rire).

Le concert de Marseille a été enregistré pour la sortie prochaine d’un DVD. Le projet est d’ailleurs financé par une campagne participative, qui est à l’origine de ce projet ?
Staif : Pour reprendre l’histoire du début, la reformation est lié à la perte d’amis (ndr : Mika Bleu et Julien Isilion). Quand j’ai voulu arrêter le groupe avec le dernier line up en date et j’ai voulu penser à faire cette reformation. J’ai tout de suite pensé à Roswell (basse) qui travaille maintenant dans la vidéo, je me suis dit que ça serait bien qu’il s’en occupe. Du coup c’est lui et ses potes qui ont tout chapeauté, le projet, la campagne Ulule.

Peux-tu nous éclairer sur le contenu de cette box. Il va y avoir pas mal de choses dedans.
Staif : On va faire les fonds de tiroir et mettre tout ce que l’on peut mettre dedans
Candice : On va y mettre tout ce qui est « montrable et écoutable ». (rires)
Staif : On va essayer de faire ça bien pour que le fan pur et dur qui a commandé sa box en ait pour son argent.

L’information est arrivée en deux temps, mais nous sommes bien d’accord que ce DVD ne sera disponible que via la campagne Ulule ?
Staif : c’est bien ça. C’est le but d’avoir un objet unique. Il aurait fallu trouver un distributeur etc du coup c’est du producteur aux fans. On va fabriquer surement un peu plus, car au jour d’aujourd’hui nous sommes à 550 précommandes et ça sera fonction des tarifs. Il devrait y avoir du rab, mais je ne sais pas comment ils seront mis à dispo, sûrement sur un site dédié, type Ulule.

Le choix de la setlist n’a pas dû être facile, entre attente et envies personnelles…
Candice : On a fait pas mal d’essai. On a mis de l’ancien et du nouveau comme ça Roswell joue et Damien (basse 2011-2016) aussi.
Staif : Quand j’ai contacté Candice, j’ai été clair avec elle : c’est elle qui allait choisir la setlist car il fallait qu’elle sente à l’aise avec les titres. C’est comme ça que des titres comme « Méléna », que l’on nous a beaucoup demandé, ne figurent pas dans la setlist. Il faut voir que Candice devait être en phase avec musique, mais aussi face au texte. On a des textes tellement rugueux et avec lesquels nous ne sommes tellement plus en phase que l’on ne veut plus les jouer.
Candice : C’est ce que l’on disait quand tu n’es plus en phase avec les textes et la musique cela devient compliqué.
Staif : Mais il y a certains titres où c’est moi qui bloquait, car faire sonner live un titre super produit sur album est compliqué. Prend « anima exhalare » par exemple, on aurait adoré le jouer, mais il m’aurait fallu au moins une semaine de boulot que je n’avais pas. À l’inverse, on a rajouté au dernier moment « Infini », on l’a répété deux fois et il sonnait tout seul.

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T’es-tu retrouvé soulagé par le retour de Greg à tes côtés et ne plus être seul à la guitare ?
Staif : Et bien détrompe toi, j’ai adoré être seul. Je suis, bien entendu, très content de rejouer avec Greg, mais c’était un vrai challenge. Je me suis éclaté avec les effets stéréo et c’est quelque chose que je vais garder pour mes prochains projets.

Comme il s’agit de la der des ders, j’ai balayé 20 ans d’interview. Il y a eu pas mal de déclarations au cours du temps. Commençons par la déclaration de Guillaume en 2004, qui disait que si Candice n’était pas là, ETHS ne serait qu’un groupe de metal de plus.
Staif : Je pense que ça joue, mais que ce n’est pas forcément vrai. Musicalement, on a essayé de toujours repousser les limites. Candice est la clef de voûte, c’est certain, mais il n’y a que ça. Il y a plein de groupes avec des chanteuses et qui font groupes de metal lambda.

Toujours en 2004, Candice tu disais que pour écrire des textes, tu ne devais pas être heureuse, que cela t’aidait à extérioriser… Et que s’il n’y avait pas le groupe, tu devrais vraiment quand même écrire…. Ou faire du sport.
Candice : C’est vrai et c’est aussi pour cette raison que je suis partie. Toute cette violence, cette décharge comme nous en parlions plus tôt que tu envoies tous les soirs. Bah a un moment, tu n’as plus rien à envoyer. Je n’avais pas tort au final. Mais c’est une musique tellement dure qu’arrivé à un moment tu en as marre et tu ne peux pas faire semblant. Depuis la fin du groupe, je n’ai pas écrit, je suis maman maintenant. J’ai juste fait un peu de sport ! (rires)

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En 2005, la question de chanter en anglais avait été posée, ce à quoi tu avais répondu : « pourquoi chanter en anglais, la langue est si pauvre ». Et pourtant 7 ans après vous l’avez quand même fait.
Candice : Je n’étais vraiment pas à fond sur cette idée
Staif : Et ce n’était pas de l’écriture en anglais, mais plus de la traduction
Candice : C’était pour s’exporter, comme tu peux t’en douter
Staif : C’est vrai qu’on nous a un peu gavés avec cette histoire d’anglais, alors on a essayé. Nous n’avons pas eu une bonne expérience, car il y a eu les deux versions. On a fait la version française ou Candice était vraiment dedans et ensuite, c’était plus difficile de se replonger dans le titre avec le texte anglais avec la même émotion.
Candice : J’ai toujours eu l’habitude d’écrire en français, et je pioche dans notre langue pour que ça colle le plus possible. Écrire en anglais pourquoi pas, mais il faut déjà très, très bien parler anglais.
Staif : Sur Aanka, j’ai écrit deux titres en anglais et je me suis bien amusé avec la musicalité des mots, mais c’est un exercice plus « facile », car tout sonne et rime plus facilement. Le français demande plus de travail pour que la musicalité et le sens soient au rendez-vous.

Pensez-vous que c’est la barrière de la langue qui a joué sur l’exportation et le développement du groupe ?
Staif : Non, pour être honnête, on a loupé le coche après Tératologie. J’ai eu de gros soucis de santé qui m’ont forcé à arrêter la guitare et ça a plombé la carrière, car nous étions en train de bien monter. Quand les gens n’entendent plus parler de toi d’un coup, ils t’oublient. Je pense que si on avait enchaîné directement les choses auraient évolué autrement. Mais voilà ce qui doit arriver arrive…
Candice : moi je le sens autrement, c’est marrant
Staif : Tu vois, même Candice le voit autrement, mais de façon pragmatique entre la fin de la tournée de Tératologie et le début de celle de III, la jauge des salles était divisée par 2 voire 3.

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Staif, dans pas mal d’interviews récentes, tu parles de faire de la musique électronique à la Glass Animals.
Staif : En fait que je compose, il y a beaucoup de chose que je ne garde pas pour ETHS car ce n’est pas assez noir ! (rires) J’ai beaucoup de trucs en tête que je vais mettre en branle dès la semaine prochaine. J’attendais, il y a un truc symbolique aussi de terminer ce soir, se détacher complètement. La vraie rupture, elle est ce soir et j’en suis content.

Vu que ton nouveau projet semble très différent, n’as-tu pas peur que les gens pensent que tu as changé etc…
Staif : Pas du tout. Comme je le dis toujours. Si ça plaît tant mieux, sinon tant pis. Aucun problème. J’ai bien plus confiance en moi maintenant et j’ai des tas de contacts en dehors du metal donc pas de problèmes. Et concrètement, je ne vais pas tenter de convaincre le public de ETHS avec les nouvelles choses que je vais sortir. Je repars de 0.