EyeHateGod c’est le groupe de l’intégrité. Tout au long de leurs trente ans de carrière, il n’y aura jamais aucun compromis. AUCUN. Pour autant, on aurait pu avoir un doute lors de la première écoute de A History Of Nomadic Behavior dont la production est d’une propreté déconcertante. Mais ce n’est que pour mieux nous berner, car Mike Williams est toujours là pour vociférer sa rage. Au final ce disque n’est autre que le reflet de 30 ans d’excès, de rébellion et de groove. [Entretien avec Gary Mader (basse) par Julien Meurot – Photos : DR]

Sur ces dernières années vous avez joué dans des pays vraiment exotiques comme l’Indonésie. Quel souvenir en gardes-tu ?
C’était vraiment génial car peu de groupes ont la chance de pouvoir jouer là-bas. Généralement tu fais l’Europe, les US et si tu as de la chance le Japon. La seule chose que je regrette c’est Jimmy (Bower, guitare) n’était pas avec nous. Paul (Webb) qui joue avec Jimmy dans Clearlight l’avait remplacé mais j’aimerais vraiment y retourné avec lui et les autres membres du groupe.

Quand avez-vous commencé l’écriture de ce disque ?
Je crois que c’est au moment où Aaron (Hill, batterie) a rejoint le groupe en 2013 (NDLR : suite au décès du batteur historique Joey LaCaze en 2013). Le plus gros obstacle à la finalisation de ce disque était le fait que nous soyons constamment sur la route. Il est arrivé qu’il n’y ait que deux jours de breaks entre deux tournées (rires).

Maintenant que vous n’êtes plus que quatre après le départ de Brian (Patton, guitariste du groupe de 1993 à 2018), cela a forcément joué sur le rendu final. Ce disque est fait pour une guitare. Vous n’avez pas pensé à le remplacer ? Avec Paul peut-être ?
Ce que tu entends sur ce disque est ce que tu entendras live. Nous sommes tous tombés d’accord sur le fait de continuer à quatre. C’est même complètement fou à y repenser. Au moment où Brian a décidé de quitter le groupe, nous allions partir pour une année complète sur la route. Nous avons fait trois tournées avec Black Label Society et nous devions trouver notre son avec une seule guitare. Brian avait une signature sonore importante et une grosse présence sur scène. Il a fallu tout retravailler pour que cela sonne correctement. L’album a principalement été écrit entre Jimmy, Aaron et moi donc au moment de l’enregistrement tout s’est passé très naturellement. Avec le recul, je pense que ce disque est l’évolution logique de ce qu’est devenu EyeHateGod.

L’album est vraiment plus lent et mid tempo. Il n’y a plus ces accélérations utra-agressives qui vous caractérisaient, pourquoi ?
C’est amusant car l’un de mes amis m’a dit qu’il s’agissait surement de notre disque le plus « écoutable ». Mais la vitesse n’est pas un critère pour savoir si disque est intéressant ou non. Ce disque est une accumulation de jams. Généralement nous jouons lentement dans ces moments là. Brian avait tendance à vouloir accélérer. Nous avons retiré de toutes jams ce que nous pensions être le meilleur et il se trouve que l’album est plus lent mais c’est une intensité différente.

Avec « Smoker’s Piece », on touche au Jazz même si j’avoue avoir été frustré par la courte durée de cette interlude…
A la base il s’agit d’une jam de trois minutes. Aaron et moi n’avions aucune idée de riff, juste un feeling. Jimmy est arrivé et a joué par-dessus ses petits leads. C’est cool parce que c’est totalement différent de ce que l’on peut attendre d’un groupe de Sludge. Et c’est aussi cool car c’est un interlude et qu’après tu te prends un gros larsen… (rires)

Nous allons finir avec la production qui est pour le coup (trop ?) clean mais qui permet pour la première fois de bien appréhender ce que raconte Mike (Williams, chant). Il est pour le moins toujours aussi remonter, même trente-trois ans après…
Ce qu’il y a de cool avec ce que fait Mike c’est que même quand tu ne comprends pas tout, il y a des mots ou des parties du texte qui ressortaient malgré tout. Maintenant, nous sommes plus focalisés sur la prononciation, sur les mots qui donnent une autre dynamique, un autre feeling a notre musique. Avant il y avait principalement de l’intensité, mais quand l’intensité rejoint les mots c’est encore plus fort. Il a toujours un point de vue très intéressant sur le monde et j’adore écouter ce qu’il a à raconter.

CHRONIQUE ALBUM

EYEHATEGOD
A History of Nomadic Behavior
Sludge Metal made in NOLA
Century Media

J’ai toujours eu ce sentiment qu’à cinquante ans tu n’avais pas forcément les mêmes envies qu’à quarante, ni même à trente. Et c’est exactement le cas de figure dans lequel nous sommes aujourd’hui. Cet album n’est pas mauvais, loin de là, mais il surprend tellement qu’on ne sait pas quoi en faire. Le son est propre, les tempi clairement ralentis et il y a même un interlude jazz. Seul demeure Mike Williams toujours aussi remonté. Alors quid d’un EHG aux cheveux propres ? Et bien avec le temps les compos prennent tous leur sens et l’on essaye d’oublier ce que nous espérions pour profiter de ce que l’on a. Car il y a du bon à commencer par le chaotique « Current Situation » ou encore le final tel un dernier glaviot « Every Thing, Every Day » qui voit Mike Williams répéter inlassablement les mêmes phrases comme pour signifier l’ennuie profond d’une vie « normale ». Un disque à part dans la discographie, mais gageons que nos crasseux ne prendrons pas de bain d’ici au prochain disque. [Julien Meurot]