Quel est le point commun entre un dessin animé culte des années 80 dont le héros était un inspecteur un peu fou et le Grindcore ? Réfléchissez un instant… Bon allez, vous avez droit à un appel à un vieil ami nostalgique de cette période faste ou bien à l’aide du public des lecteurs de Metal Obs. Vous donnez votre langue au chat ? Hé bien la réponse est tout simplement : Gadget ! En effet, le groupe de Grindcore du même nom fondé en 1997 du côté de Gävle en Suède revient à la charge, dix ans après la publication de son second album The Funeral March chez Relapse Records et son passage furtif au Hellfest en 2006. Son fondateur et multi-instrumentiste William fait un point sur la carrière de Gadget et nous présente ici avec excitation leur nouvelle et excellente galette The Great Destroyer qui risque fort de faire des victimes dans le pit lors de leurs prochains assauts scéniques…

[Entretien avec William Blackmon (batterie) par Seigneur Fred]

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Question incontournable pour commencer : d’où vient l’origine de votre nom Gadget car c’est plutôt inattendu pour un groupe de Grindcore ? Y a-t-il une quelconque relation avec le célèbre dessin animé Inspecteur Gadget destiné aux enfants dans les années 80 ou bien est-ce lié à ton passé de musicien quand tu as commencé avec le groupe Abigail et avait alors un side-project nommé Gadget à la fin des années 90… ?

Nous voulions un nom court, sans prétention, qui se démarque du reste et si possible quelque chose de différent. J’avais en effet dans le passé un groupe appelé Gadget, jouant du Crustcore, et quand on a formé ce nouveau groupe, nous avons décidé de garder et reprendre ce nom. Je pense que c’est bien dans le sens où cela se démarque des autres formations de Grindcore. L’inconvénient en effet est que les gens l’associent encore parfois au dessin animé, ce qui est totalement inutile et contraignant pour nous en ligne sur internet. Nous n’avions pas pris en compte sa compatibilité sur Google dans le référencement naturel avec le retour nostalgique des années 80… (rires)

En 2010, vous avez publié sur Haunted Hotel Records un split CD avec Phobia, le groupe américain de Grindcore. Comment est née cette collaboration outre-Atlantique ? Les aviez-vous rencontrés dans le passé et peut-être partagé des scènes en tournée ou lors de festivals en Europe ou en Amérique du Nord avec eux ?

Nous avions déjà un contact avec eux en ligne sur internet et on s’était rencontré avec le chanteur de Phobia, Shane, quand nous avions participé au Maryland Deathfest en 2008. Nous aimons tous vraiment ce groupe Phobia et nous avions l’idée depuis le départ d’enregistrer quelque chose avec eux, mais ça a pris du temps pour chacun faire prises ensemble et enregistrer les chansons.

Et comment avez-vous enregistré ce split CD Phobia/Gadget : séparément chacun en studio en échangeant par internet les chansons ?

Nous avons édité et mixé les morceaux chez moi comme nous faisons toujours généralement, dans mon studio. Ils ont quant à eux enregistré leurs chansons de leur côté aux Etats-Unis. J’aime bien à vrai dire le concept de faire des split albums, et nous n’en faisons pas assez souvent mais ensuite nous n’avons jamais suffisamment de matériel comme chansons pour en mettre en bonus ou sur l’autre face (sur un vinyle). C’est vrai que ça nous a pris dix ans de labeur pour proposer ce nouvel album à présent ! (rires) Si nous étions plus productifs, j’aimerai voir plus de split CDs sortir de notre part, c’est sûr !

Mais pourquoi justement avez-vous tardé autant (dix ans !) pour enregistrer et sortir un nouvel album depuis The Funeral March paru en 2006 sur Relapse Records ? Cela fait un bail tout de même !

Nous avons eu pas mal de changements depuis la sortie de l’album The Funeral March ce qui affecté le groupe. Même avant sa sortie, j’ai arrêté de jouer de la guitare, et quand j’ai arrêté de jouer cet instrument, j’ai du coup ensuite aussi arrêter de compter et d’écrire de nouvelles chansons. Cela signifie que nous comptions sur Rikard (Rikard Olsson/guitares, ndlr) et Fredrik (Fredrik Nygren/basse, ndlr) pour avoir ensemble de nouvelles compositions. Tandis que j’avais l’habitude d’écrire des chansons à la maison et d’envoyer mes maquettes aux autres, leur processus d’écriture repose davantage sur le groupe en train de jouer ensemble durant ainsi tout le processus de composition et jusqu’à l’album The Funeral March, Rikard avait déménagé à Stockholm rendant les répétitions du groupe à leur minimum. Ceci ralentit considérablement les choses… Nous avons habituellement pour seul moment de réunion du groupe quand nous sommes sur le point de partir en tournée ou bien de faire un concert localement, alors il n’y a jamais vraiment assez de temps pour avoir l’inspiration et écrire de nouvelles compositions. À certains moments, je ne touchais même pas à ma batterie durant six mois !

L’artwork de votre nouvel album The Great Destroyer est très sombre et la peinture semble représenter un cerveau humain avec des cellules desséchées vu de dessus ou bien l’on dirait de petits corps ou squelettes… Peux-tu décrire cette pochette et nous dire qui en est l’auteur ?

Nous avons contacté Randy Ortiz afin de faire la pochette. Rikard est le graphiste en quelque sorte dans le groupe et il était un grand fan du travail de Randy pendant un moment. Il nous montrait des extraits parfois de ses œuvres et on les aimait bien au sein du groupe. Nous voulions que le visuel de la couverture corresponde aux paroles du nouvel album, ce qui n’était pas toujours le cas dans le passé… J’adore comment est le style du dessin, tu peux le regarder pendant un long moment et y voir différentes choses plus tu le fixes du regard.

Globalement, de quoi parlent les paroles de ces dix-sept nouveaux morceaux ? Quels sont les principaux thèmes car en général, dans le Grindcore, les textes sont importants et vont à l’encontre de notre société moderne… ?

Ouais, nous avons toujours voulu que nos paroles soient honnêtes et personnelles, et c’est toujours d’un point de vue plutôt dystopique. Sur cet album, c’est relativement mélangé mais assurément dans la même nervosité et presque parfois à la limite du nihilisme. Une grande partie de l’inspiration derrière les paroles de The Great Destroyer provient tout simplement de l’état actuel de notre société. Tu as juste à prendre les nouvelles aux infos pour devenir anxieux et avoir des problèmes. Tant de choses ont lieu en ce moment que je ne sais même pas comment y penser et y remédier.

Il y a cette fois-ci que deux chansons interprétées en suédois sur cet album : « Känslan (Post Patch Anxiety) » et « Svart Hål ». Pourquoi ce choix ? Ce premier titre de chanson fait-il référence aux patches contre le tabac ?

C’est Rikard qui a écrit les textes de cette chanson, alors je ne peux vraiment répondre mais je pense qu’il s’agit de la manière dont la scène underground suédoise peut être superficielle et élitiste à Stockholm. Beaucoup de gens tentent désespérément de s’y adapter et d’en faire partie…

https://www.youtube.com/watch?v=YZNOanwz6W0

Plus sérieusement, musicalement on peut dire que vous pratiquez un Death Metal/Grindcore moderne mais qui sait ralentir le tempo quand cela est nécessaire tout en conservant quelques touches old school de Punk/Hardcore comme sur les chansons « Dedication » ou « Collapse »… Selon toi, est-ce ton passé Punk/Hardcore qui apporte justement toujours ces vibrations et influences lors du travail de composition rendant votre musique plus variée et accrocheuse que celle d’autres formations ?

Nous avons tous un background dans le Punk et le Hardcore à vrai dire, et nous aimons tous le Death Metal aussi. Je pense qu’il s’agit justement du cœur et du pouls même de Gadget ! Nous essayons de prendre toutes ces influences de la musique extrême que nous aimons et en faisons un mix de blast beats à la fois mélancolique et rapide et brutal. C’est bien les sections plus lentes et lourdes qui ressortent et brillent cependant. Il s’agit probablement là de ce qui nous diffère de la plupart des autres groupes de Grindcore : nous avons des passages dans nos morceaux qui sont inspirés par des groupes tels que Breach ou Neurosis, et nous essayons de les mettre en harmonie avec le reste.

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Le riff d’intro sur la chanson « In The Name Of Suffering » est par exemple énorme, avec un côté Sludge, je trouve… Peux-tu nous en dire davantage sur la genèse de ce morceau précisément ?

Rikard a composé ce riff de guitare mais il ne prévoyait pas en fait de l’utiliser pour un album de Gadget au départ, mais finalement cela a atterri dans nos nouvelles idées de compositions lors de nos répétions et est devenu une chanson de Gadget. Comme je t’en parlais tout à l’heure, on essaie toujours en général d’avoir quelques passages plus lents sur nos disques afin de rendre nos passages rapides encore plus rapides et brutaux.

Gadget est originaire de Gävle, au nord de Stockholm, en Suède. Et souvent votre musique rappelle un autre groupe suédois contemporain mais malheureusement disparu : Nasum. Tout spécialement dans la violence musicale du groupe, votre son, ainsi que dans vos thématiques abordées sur album. Bien sûr, Gadget existe depuis 1997, mais vous sentez-vous ou vous êtes-vous senti à vos débuts proches de Mieszko Talarczyk (R.I.P.) et de sa musique ?

Nasum fut une grande influence pour nous quand nous avons démarré, absolument. Ils ont vraiment secoué le genre musical en Suède à leur époque (fin des années 90 et début 2000), et ont rendu la musique rapide et brutale plus intéressante pour un public toujours plus large. Je continue d’ailleurs à penser que leur album Inhale/Exhale est l’un des disques les plus importants dans ma vie, celui-ci et avec Extreme Conditions (…) de Brutal Truth. Ensemble, ils ont véritablement ouvert mes yeux et mon esprit au Grindcore.

Par hasard, vous souvenez-vous de votre participation à la première édition du désormais célèbre festival français Hellfest à Clisson (Loire-Atlantique) en 2006 ? Nous y étions ! Ce fut un bon moment malgré votre passage en plein après-midi et l’organisation du festival qui n’était pas encore rodée… D’ailleurs, vous figurez sur le DVD live officiel du Hellfest de cette année-là enregistré il y a déjà dix ans !

Cool ! Je me rappelle surtout que c’était un concert tôt en pleine journée et nous étions tous très fatigués. Nous n’avions d’ailleurs même pas assez de temps pour changer tout le matériel et installer mon kit de batterie à temps. Il y a en fait une histoire marrante à propos de ce show : nous avions au programme de prendre un vol en avion depuis un autre aéroport de l’autre côté de la France et avions pris une réservation auprès de la centrale de location Hertz. Nous étions supposés aller au festival par nous-mêmes une fois arrivés à l’aéroport de Nantes. Quand nous avons atterri juste après notre repas, nous nous sommes rendus au bureau de réception de Hertz à l’aéroport, mais j’ai reçu alors à ce moment-là un appel d’un gars du festival nous disant qu’il venait nous chercher en fin de compte à l’aéroport. Alors on a donc gentiment et poliment annulé la location du van et nous nous sommes rendus à l’entrée de l’aéroport au point de rencontre pour attendre le gars. Pas de bol, le mec du festival nous attendait à un autre aéroport à l’autre bout de la France ! Nous avons donc essayé de reprendre notre location chez Hertz que nous avions faite en ligne mais c’était déjà reloué et il n’y avait pas d’autre véhicule à disposition. Pour finir, nous avons dû attendre assis à l’aéroport durant 5 heures environ jusqu’à ce que le festival nous envoie une nouvelle navette pour nous prendre… On a fini la journée dans un bar, et ensuite on est arrivé très très tard à l’hôtel. Inutile de dire que le lendemain matin, nous étions tous épuisés… (rires) Nous avons cependant passé un chouette moment au festival par la suite. On a rencontré plein de gens sympas et assisté à plein de concerts de bons groupes. Dans tous les cas, on a gardé de très bons souvenirs de groupes là-bas. Et c’est un festival très impressionnant aussi !

Enfin, quels sont vos projets pour cette année 2016 ? Allez-vous tourner en Europe et participer de nouveau aux festivals d’été français comme le Hellfest justement ou bien le Motocultor par exemple ? 

On rentre juste du festival Netherlands Deathfest qui avait lieu aux Pays-Bas fin février, et ce fut d’ailleurs vraiment cool. (interview réalisée début mars 2016, ndlr). On y a passé du bon temps. Ensuite, la prochaine étape est notre soirée de lancement de notre nouvel album chez nous à Gävle en Suède ce qui va être génial. Nos amis d’Overviolence viennent de Malmö exprès pour l’occasion et nous avons un groupe local en ouverture qui s’appelle Prescriptiondeath. Cela s’annonce comme une excellente nuit ! Ensuite, on est aussi programmé à l’affiche de « Grinding Delemont » qui a lieu à Delemont en Suisse le 6 mai 2016 ; puis on participe au festival Fekal Party à Prague le 27 août prochain ! Entre temps, on espère avoir d’autres dates à venir pour d’autres festivals mais pour l’heure, ce sont les deux dates qui sont officiellement arrêtées. Il y a aussi des discussions en cours pour une tournée plus tard aux Etats-Unis à l’automne prochain, et enfin quelques dates possibles le temps d’un weekend au Royaume-Uni mais là encore, rien d’officiel pour le moment.

Retrouvez la chronique de The Great Destroyer en cliquant ici

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