HABITANTS
Douce mélancolie

Formé à l’origine en 2015 sous l’initiative du guitariste René Rutten de The Gathering et de son frère Hans (qui depuis a cessé sa collaboration pour se concentrer sur le prochain album studio de The Gathering justement), Habitants ravira avec son premier album autofinancé One Self aussi bien les fans du célèbre groupe de Rock atmosphérique néerlandais que les simples amateurs de Pop/Rock intimiste, Trip Rock ou autre Shoaegaze. Et comme généralement derrière tout grand homme se cache une femme, nous avons fait connaissance avec deux des trois habitantes qui composent ce déjà sympathique et attachant groupe : la guitariste/pianiste d’origine chilienne Gema Pérez (compagne de René Rutten à la ville) et la chanteuse Anne van den Hoogen (également frontwoman de Rosemary & Garlic).  [Entretien avec Anne Van Den Hoogen (chant) et Gema Pérez (guitare, piano) par Seigneur Fred]

 

HABITANTS promo band photo 2018#1

 

Avant tout chose, devons-nous considérer Habitants comme un vrai groupe à part entière ou bien comme un simple projet parallèle de certains membres de The Gathering et de leurs proches, sorte de prolongement artistique de The Gathering quand celui-ci est en sommeil ?

Anne : Nous avons commencé comme projet. Puis Habitants est devenu très important à nos yeux et c’est devenu en fait un groupe à part entière. Nous continuons de travailler cependant dans nos groupes respectifs comme Rosemary & Garlic pour ma part, et The Gathering concernant le guitariste René Rutten car The Gathering demeure son principal groupe. Et chacune de ces formations continue de jouer et d’écrire de nouveaux morceaux mais nous avons trouvé en fin de compte notre manière de tout combiner.

 

Petite parenthèse à présent sur le nom du groupe Habitants. Est-ce un emprunt à la langue française car vous êtes néerlandais et vous exprimez en anglais or les « habitants » en français se dit plutôt « inhabitants » en anglais ou bien « mensen » en hollandais. D’où vient l’origine du nom Habitants ?

Anne: « Habitants » étaient en fait les premiers arrivants (NDLR : européens) au Québec et en Louisiane à habiter un nouveau monde et fonder de nouveaux foyers, C’est un thème qui colle bien à notre musique. Nous voulons créer de nouvelles atmosphères, des mondes étranges, et inviter les auditeurs à y pénétrer et les habiter pour se les approprier.

 

Par le passé Anne, tu avais participé à l’écriture et à l’interprétation du morceau « Capital of Nowhere » sur l’album The West Pole de The Gathering (2009) en tant qu’invitée et chanteuse de Rosemarry & Garlic… L’idée de jouer et chanter tous ensemble avec René et Hans (qui arrêta entre temps) est-elle venue à ce moment-là lors cette collaboration en 2009 ? Au final, comment est né ensuite le groupe Habitants en 2015 ?

Anne : C’est effectivement la période où on s’est rencontré. A cette époque-là, nous n’avons travaillé ensemble que sur une chanson (« Capital of Nowhere »). Dans le même temps, je terminais mes études de littérature et lançais mon propre groupe Rosemary & Garlic. Nous sommes restés en contact, et il y a trois ans maintenant, nous avons décidé de prendre un café et de parler d’un nouveau projet que Gema, Hans et René commençaient. Nous avons pensé qu’un Rock Shoegaze sombre avec un chant haut perché, fragile, pouvait créer une belle combinaison.

 

Au départ, est-il vrai qu’Hans Rutten (batterie) a participé à la création d’Habitants avec son frère René en 2015 mais a soudainement arrêté son implication dans Habitants en 2017 ? Pourquoi Hans Rutten a-t-il quitté le groupe ?

Gema : A un moment donné, pendant l’écriture de notre album One Self, il est apparu que c’était un peu difficile pour Hans de resté connecté avec la direction musicale prise par le groupe. De plus, René et Hans avaient en tête d’écrire de nouveau pour The Gathering dans un futur proche. Un jour, nous avons alors eu une discussion ouverte et honnête à propos de la situation, et Hans nous a alors déclaré que le mieux était peut-être de continuer sans lui. Les choses se sont ainsi terminées, en bons termes. Il est très encourageant envers nous et nous aide même parfois pour certains aspects de management dans le groupe.

 

Maintenant, Gema, peux-tu te présenter car on te connaît peu finalement même si tu évolues depuis quelques années dans l’ombre de The Gathering (photo, design…). Tu es ici en charges des guitares et du piano au côté de René et Anne, et composes également. Quel est ton background et tes influences musicales ?

Gema : Je suis originaire du Chili mais je vis aux Pays-Bas depuis déjà treize ans. J’ai appris la guitare en autodidacte, et je n’avais jamais joué dans aucun groupe auparavant… J’étais trop timide et manquais de confiance en moi pour ç (rires) Il y a deux ans, peu après que René et Hans aient décidé de retourner en salle de répétition avec l’idée de créer un nouveau projet musical ensemble, René m’a demandée si je voulais me joindre à eux. Je me suis sentie très flattée par cette proposition, mais je n’étais pas sûre d’être à la hauteur. René a insisté, et j’ai décidé de tenter l’aventure. La première répétition à tous trois fut vraiment bonne et les gars ont été très positifs sur ma performance. René m’a alors dit que j’étais la bienvenue dans le groupe. C’est vraiment la musique qui nous a réunis René et moi, nous aimons le même style de musique, et jouer et composer ensemble a réellement été une expérience formidable jusqu’à maintenant.

HABITANTS promo band photo 2018 white & black

 

Pour sortir ce premier album intitulé « One Self », vous avez eu recours à une campagne de crowdfunding par Gogo sur Internet, pourtant René et Hans Rutten possèdent leur propre label Psychonaut Records. Alors pourquoi avez-vous fait appel aux dons extérieurs des fans de The Gathering pour sortir ce disque librement comme une autoproduction ? Quels sont les avantages et inconvénients ou limites, selon vous, de ce système de crowfunding pour ce premier album ?

Anne : Enregistrer un album coute extrêmement cher, et le groupe tout comme le label prend un énorme risque généralement. Le disque va-t-il seulement permettre de rentrer dans les frais ? Nous avons décidé de contourner le problème, et commencer par traiter le risque. Pour nous, le but de cette campagne était de savoir si les gens attendaient vraiment ce projet. Nous avons d’abord sorti le titre « Meraki » et avons sondé le public. Allions-nous enregistrer un album entier ? Je trouve que c’est une honnête façon de débuter le processus d’enregistrement et de créer un public. Sans signer tout de suite sur un label, nous pouvons travailler avant tout sur l’audience et notre musique librement. Peut-être que plus tard on parlera avec un label qui pourrait nous aider à passer les étapes suivantes.

 

Où peut-on trouver l’album One Self, et quel est le prix ? Est-ce libre c’est-à-dire on paye ce qu’on veut sur internet pour avoir l’album en téléchargement ? Y aura-t-il une distribution physique en magasin ?

Anne : On peut acheter l’album digital ou physique à présent (CD ou vinyle) sur le site Bandcamp d’Habitants, et nous vous l’envoyons personnellement. Il devrait également sortir en magasin en France ! Non, le prix n’est pas libre mais fixe : c’est 12 euros pour le CD et 20 euros pour le LP.

 

Musicalement, One Self est très atmosphérique, pur, et mélancolique, également assez expérimental, avec une approche Pop/Rock. Etes-vous à l’aise avec l’étiquette musicale « Trip Rock » qu’on appose sur Habitants ?

Anne : Oui, « Trip Rock » est une étiquette acceptable, mais tu pourrais dire également « Shoegaze » comme on l’évoquait tout à l’heure, ou « Dream Pop » car c’est aussi très nostalgique et rêvant… (sourires)

 

Des titres tels que « Soul Traveller » ou « Runners » sont par contre plus rythmés et invitent l’auditeur au voyage vers un univers mélancolique, reposant sur la solitude, un sentiment parfois présent dans notre société contemporaine si individualiste… One Self est-il un moyen pour vous de dénoncer cet individualisme ambiant ?

Anne : Oui, c’est tout à fait exact ! One Self traite du monde éclaté dans lequel nous vivons de nos jours. Ce monde offre tellement de facettes ou d’interprétations de la vérité, il est parfois très difficile d’y trouver les bonnes réponses, du réconfort, et de s’y sentir chez soi. Bien que nous soyons tous connectés via les réseaux sociaux et internet en général, je pense que les gens ne sont jamais sentis aussi seuls qu’aujourd’hui. La seule chose qui nous connecte réellement est le fait que chacun de nous est un individu, on possède donc tous notre personnalité. Nous devons la chérir, la nourrir, et nous donner le courage et la force d’errer dans ce monde.

 

La dernière chanson de l’album s’appelle « Vince » semble très personnelle car elle est dédiée à un certain Vince ou Vincent, le fils de René et Gema je crois… Si ce n’est pas trop difficile pour vous d’en parler, pouvez-vous nous dire pourquoi cette dédicace, et nous parler de ce sentiment d’amour si bien exprimé par ta voix, Anne ?

Anne : René (Rutten) et Gema ont perdu leur fils Vince, mort-né… Je pense qu’il n’y a pas de plus grand amour que celui qu’on peut ressentir pour son enfant. Un amour inconditionnel… Bien que René et Gema ne le verront jamais grandir, leur amour sera toujours présent pour lui, et lui sera toujours présent à travers eux. C’est ce que cette chanson tente d’exprimer.

 

Habitants est constitué de trois femmes et deux hommes dans le groupe. Pensez-vous que Habitants est un groupe moderne qui donne pouvoir et liberté aux femmes dans le contexte actuel de l’évolution des droits des femmes dans notre société avec par exemple plus de place dans le travail ?

Anne : Nous sommes fiers d’avoir trois femmes dans le groupe ! Notre musique est puissante et féminine. Ça fait partie de notre son et de notre identité. Nous sommes un groupe moderne et souhaitons qu’il y ait davantage d’équité dans l’industrie musicale.

HABITANTS studio promo photo 2018

 

Avant de conclure : quelles sont les nouvelles de The Gathering ? Pouvons-nous espérer un nouvel album l’an prochain en 2019 ? Et Silje Wergeland est-elle toujours la chanteuse officielle de The Gathering car en attendant, nous n’avons ni nouvel album de son ancien groupe Octavia Sperati, ni de The Gathering ? (sourires)

Gema : Peut-être est-il temps pour une nouvelle interview de The Gathering avec elle alors ! (rires) Tout ce que je sais et peux dire actuellement c’est que René et The Gathering sont très occupés à composer un nouvel album…

 

 

 

Pour terminer, allez-vous retourner bientôt avec Habitants pour ce premier album ? En tête d’affiche, ou bien peut-être en première partie d’un autre groupe plus important (The Gathering par exemple) ?

Anne : Nous espérons pouvoir faire de nombreux concerts l’année prochaine. Gardez l’œil bien ouvert sur nos réseaux sociaux pour les annonces de concerts et de tournées à venir !