Dans la famille des groupes qui n’ont plus besoin de présentation, Helmet est une formation qui occupe la place de l’injustement oublié. Compte tenu du retentissement considérable qu’a eu le groupe sur la scène rock et metal dans les années 90 avec le cultissime Meantime suivi de Betty, la formation menée par Page Hamilton se voit trop souvent oublié auprès des nouvelles générations d’amateurs de rock et métal. De Mastodon à Tool en passant par Killswitch Engage, Faith No More et Meshuggah pour n’en citer qu’une poignée, l’influence de la formation originaire de New-York se montre aussi diverse que fédératrice dans les sphères rock. 6 ans après la sortie de leur dernier album Seeing Eye Dog, Page Hamilton et ses collègues reviennent avec un nouvel album intitulé Dead to the World, un disque qui témoigne d’un groupe qui maîtrise sa formule sans pour autant en abuser. Page Hamilton s’exprime sur la naissance de ce huitième album signé Helmet.

[Entretien avec Page Hamilton (Guitare et Chant) par Robin Ono]

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Qu’est-ce qui explique la période de 6 ans séparant Dead to the World de son prédécesseur ?
On a été pas mal occupés. On a beaucoup tourné pour le 20e anniversaire de Meantime. On a fait une tournée mondiale et on a enchainé sur une tournée pour le 20e anniversaire de Betty qui s’est avérée encore plus grande et qui n’a cessé d’être prolongée. C’est très dur pour moi de composer en tournée. J’ai aussi composé pour 4 films et un court-métrage. J’ai pris part au Britt Festival à Jackson dans l’Oregon où j’ai grandi. J’ai y ai fait un concert qui m’a demandé à prendre un mois de pause pour apprendre de la musique de Bernstein. J’ai aussi fait pas mal de masterclass aussi. Après, je me suis évidemment posé un peu à boire des bières et mater du sport… Il y a un peu de tout ça.

L’attente n’avait donc pas de rapport avec la composition en elle-même.
Je n’étais pas vraiment prêt à écrire de nouveaux titres d’Helmet, j’étais occupé avec d’autres projets qui exigeaient un autre mode créatif. Les paroles sont un aspect important dans l’écriture. Quand j’écris pour un film ou quand je compose une pièce pour une école, c’est une toute autre histoire, il n’y a pas de paroles. J’avais perdu un peu le flow du coup. Je dois aussi vivre ma vie un peu et voir des trucs entre chaque album pour me motiver à écrire des textes à nouveau. Ce n’était pas pénible pour écrire. La page blanche est toujours un peu intimidante quand tu t’y mets, mais on a un lineup qui date, on a un bon rapport et on sait comment procéder. J’écris quelques titres et on enregistre quelques trucs pour construire avec une base. Tout s’est fait en l’espace d’un an entre nos séries de concerts nos titres ont commencé à prendre forme. Les derniers titres, « I Heart My Guru » et « Look Alive », sont sortis plutôt vite ; au bout d’un moment, tu te libères, ta vision de l’album se clarifie devant tes yeux et tu vois ce qu’il faut ajouter. Il faut juste un temps d’adaptation. Ça n’a rien d’intimidant, ça fait presque 30 ans que je fais ça. Helmet a une forme bien précise, à savoir 2 guitares, une basse et une batterie. On a la chance d’avoir 4 personnes qui chantent et donc je sais que je peux ajouter un peu plus de parties backing, ce qui m’offre un peu plus de liberté. Après on ne va pas tout changer non plus, on ne va pas ajouter un chœur féminin et un section de cuivres au son de Helmet. On est un groupe de rock et on ne cherche pas à être autre chose qu’un groupe de rock.

Le titre de l’album et les titres sont criblés de références à la vie et à la mort. Y a-t-il une raison particulière à cela ?
Je ne sais pas trop. Ce n’était pas nécessairement une décision consciente. Mon père est décédé il y a deux ans pendant qu’on écrivait l’album, le titre « Life or Death » était déjà écrit. Un autre ami à moi est mort du cancer, la nièce de ma copine également et puis il y a aussi le décès de mon héros et mentor David Bowie… Après il y a aussi le fait qu’avec le temps la mort devient une réalité de plus en plus proche. La mort qu’on évoque dans nos textes quand on a 28 ans est bien différent de celle qu’on évoque à 56 ans, tu commences à considérer ces choses plus sérieusement. Quant au titre « Life or Death », la chanson se réfère à notre désensibilisation à la mort dans la société d’aujourd’hui. On a tellement de fusillades et de meurtres aux États-Unis, ces histoires font la une des infos, mais sont sitôt oubliées le lendemain. Ces drames ne sont que des faits, on ne reflète plus sur leur cause ou encore sur les répercussions humaines. Le titre « Dead to the World » parle notamment des fusillades dans les écoles et la prise de conscience qu’elle génère et qui s’efface en quelques jours. C’est un drame qui se répète encore et encore, un cycle sans fin. C’est triste qu’il n’y ait plus de compassion, d’où le fait que ce soit un thème récurrent sur l’album.

De quelle manière peut-on donc rattacher l’imagerie de la pochette au titre et à la thématique de l’album ?
La pochette montre du sable rouge, des nuages blancs et un ciel bleu, à savoir les couleurs du drapeau américain. J’utilise l’expression « Dead to the World » (Mort aux yeux du monde) dans le sens où on s’endort au volant vis-à-vis de ce qui nous arrive et on est abattus. C’est difficile de ne pas se sentir découragé face à ce manque de compassion. Ça pose la question de comment un gamin peut se sentir tellement frustré qu’il ressent le besoin de brandir une arme et tuer des gens dans un centre commercial ou dans une salle de cinéma. La pochette d’album montre donc cette âme perdue qui erre dans le désert, qui est soit perdu soit en train de partir. Il y a plusieurs éléments de lecture pour moi sur cette pochette. Je me contente de poser des questions et faire des remarques sur ce que je vois.

Je me trompe peut-être, mais il semblerait que vous choisissiez de bosser avec une équipe différente pour produire chaque album avec l’exception de celui-ci.
Pas vraiment. Pour Monochrome, on a bossé avec Wharton Tiers qui avait co-produit Strap it on et Meantime avec moi. Jay Baumgardner qui a produit cet album a en effet mixé Size Matters. Toshi a aussi bossé sur notre dernier album. Il n’y a pas vraiment de décision consciente de changer d’équipe systématiquement. On a aussi Mark Renk, avec qui j’ai bossé depuis Size Matters, a collaboré avec nous en tant que co-producteur vocal et a enregistré mes parties chant sur Size Matters, Seeing Eye Dog et cet album. Généralement tout se résume aux questions budgétaires. Si l’argent me le permettait, je bosserais avec les mêmes personnes à chaque fois, mais on n’a pas tout l’argent du monde donc on fait de notre mieux. J’ai eu la chance de travailler à nouveau avec ces gens. Garder l’oeil sur le budget et voir qui avec qui on peu bosser est pénible en tant que producteur. Je suis très content du son de l’album et Howie Weinberg qui s’est chargé du master de Meantime et Betty en était très content. Il vient de finir un master pour un groupe français qui s’appelle Rescue Rangers avec qui on va jouer quelques dates en France. Leur album qui devrait sortir l’année prochaine. Bref, c’était vraiment génial de travailler avec ces gens.

Helmet
Unsung Heroes

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