C’est bien connu dans l’histoire de l’Homme, les flux migratoires et économiques vont généralement du sud vers le nord, à la quête d’un hypothétique El Dorado et de meilleurs jours. Et dans le domaine de l’art et en l’occurrence de la musique extrême, la règle semble identique. À l’instar d’un certain Inquisition qui quitta sa Colombie pour s’installer à Seattle (USA) et engendrer des albums de haute volée, la formation chilienne Hetroertzen, apparue en 2001 sur la scène Black Metal sud-américaine, a elle posé ses valises en Suède en 2009 pour venir aux plus près de ses racines musicales. Le résultat a eu du bon visiblement, et ce pour le plus grand plaisir des adorateurs du Malin, mais aussi pour ses collaborateurs locaux comme nous l’a confirmé le guitariste suédois Anubis à l’occasion de la sortie de leur sixième blasphème Uprising Of The Fallen (Listenable Records) que nous vous recommandons chaudement en cette fin d’hiver…

[Entretien avec Anubis (guitare/chant) par Seigneur Fred]

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Pour commencer, peux-tu nous préciser l’origine et la signification du nom du groupe Hetroertzen et pourquoi un tel nom alors que le groupe vient du Chili à la base et parle donc espagnol ?
Le nom n’a pas de racine ni de sens géographique. Il s’agit d’une simple réflexion de l’esprit de Frater D., le fondateur du projet d’origine qui est devenu par la suite un réel groupe. Comme il l’a déjà déclaré dans le passé, cela correspond à une sorte de souvenir sombre évoquant une porte ou un port qui ouvre ou conduit vers les bas-fonds, vers les abîmes. Selon lui, ça provient en fait un vieux roman de fantastique.

Le groupe a d’abord démarré en 1997 sous le nom Hhahda, puis en 2001, ce projet solo de Frater D. (alias Deacon D ou Kaeffel, ndr) est donc devenu Hetroertzen un vrai groupe à part entière. Par la suite, le groupe a déménagé pour s’établir à Västerås en Suède. Pourquoi cette délocalisation dans l’hémisphère nord en Europe et cela a-t-il été facile pour ses membres chiliens de s’intégrer dans un pays tel que la Suède ?
Le projet solo de Frater D. qu’il a fondé sous le nom de Hetroertzen à la suite de Hhahda a donc évolué pour devenir un groupe à part entière, les deux entités ayant fusionnées en quelque sorte pour émerger sous ce nom. Depuis ce jour, si on remonte à 1999, Frater D. et Åskväder (NDRL : la seconde guitariste) ont été le noyau dur du groupe avec de nombreux autres membres allant et venant. Cela a pris jusqu’à fin 2014 pour que le groupe se stabilise et déménage quelques années auparavant pour s’installer à Västerås en Suède en effet où notre destin était et a été scellé. C’était quand Ham (notre bassiste) a rejoint le groupe (moi-même, j’ai rejoint Hetroertzen à la guitare fin 2011 avant d’occuper en plus le poste de chanteur à présent). À partir de là, nous sommes devenus plus forts et unis qu’avant et nous continuons ainsi depuis un long moment. Nous voudrions cependant mettre parfaitement les choses au clair : Hetroertzen n’est pas lié à un quelconque lieu dans le monde. Nous ne pensons pas nous-mêmes en tant que groupe chilien, ni non plus en tant que groupe suédois à ce sujet d’ailleurs. On est simplement des individus nés dans plusieurs coins de la planète et le destin nous a conduits ici pour unir nos forces ensemble au-delà de la compréhension ou du rationnel, ceci simplement pour créer notre art et partager notre passion de la musique.

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D’une certaine façon, pourrait-on dire et affirmer que le groupe a évolué artistiquement depuis ce déménagement et a trouvé l’inspiration dans cette partie du nord de l’Europe, fief du Black Metal il y a quelques décennies et particulièrement en Suède où fut fondé un certain Bathory au milieu des années 80 ?
Je crois, oui. Avoir le plaisir d’être proche de Frater D. et Åskväder depuis maintenant pas mal de temps et jouer ensemble, c’est génial. J’ai été partagé par de nombreuses d’histoires sur la manière dont ils ont désiré venir pour ces paysages mystiques et historiques et cette nature qu’offre cette partie de l’Europe du Nord qui est la Scandinavie. Mais le seul but de ce déménagement depuis le Chili vers la Suède n’était pas pour le bénéfice de la nature, car tu sais il y a aussi tout un tas de magnifiques paysages au Chili avec une nature sauvage. Non, leur but en venant ici en Suède était d’être capable de pratiquer leur art, leur musique, jusqu’à son potentiel maximum. Et c’est donc aussi pour ensuite être en capacité de partir en tournée et de se produire en concert seul ce qui est quasi impossible à réaliser dans un pays aussi isolé que le Chili.

Quelles sont les principales influences musicales au sein de Hetroertzen ? Je dirais majoritairement des groupes de Black Metal tels que Mayhem, Ancient, Gorgoroth, Emperor, Darkthrone par exemple… Quel est ton avis là-dessus ?
Bien sûr, mais nos toutes premières influences provenaient essentiellement de la seconde vague de Black Metal norvégienne qui était alors en marche et à plein régime. Par la suite, des influences plus typées Heavy Metal telles que Mercyful Fate, etc. se sont glissées dans notre musique. Nous avons tous aussi été grandement influencés par les compositeurs de musique classique, évidemment Mozart et Beethoven.

Le son de ce nouvel album intitulé Uprising Of The Fallen est très typé old school et naturel. Dans quelles conditions techniques et dans quel studio avez-vous enregistré ce sixième opus précisément ?
Nous avons enregistré ce nouvel album durant l’été 2016 dans notre propre studio, le Lamech Sound Design, où il a été également mixé par Frater D. Notre très bon ami Kark de Dødsengel s’est chargé du mastering de l’album dans son studio. Notre objectif était d’avoir un son le plus cru et organique que nous pouvions, tout en étant précis dans la performance et en captant une certaine aura pour créer cette atmosphère propre à notre musique. Nous sommes plutôt perfectionnistes en la matière et nous ne nous arrêtions pas jusqu’à ce que nous soyons satisfaits à 100 % du résultat. Et je pense que cela a évolué exactement comme nous le voulions tous les quatre selon notre vision que nous avions de l’album.

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Si c’est exact, le line-up de Hetroertzen a encore changé… Pourrais-tu présenter les membres, hommes et femmes, ou les changements à présent ? Et est-ce aussi facile de trouver de bons musiciens en Suède quand on est chilien et débarque pour y jouer du Black Metal ?
Tu as en partie raison. S’il est vrai que Frater D. ne s’occupe plus du chant durant les prestations live, il a retrouvé le poste derrière les fûts une nouvelle fois, et j’ai pris le rôle de chanteur principal maintenant. Nous n’avions pas changé de line-up depuis 2014, comme je l’indiquais plus haut précédemment. En termes de recrutement, nous ne nous contentons pas de prendre le premier musicien qui frappe à notre porte et de le garder, mais attendons les bonnes personnes qui viennent à nous ou que nous rencontrons, et une fois que cela se produit, nous tombons tous d’accord et nous sentons comme à la maison avec les uns et les autres, comme des frères et sœurs pour ainsi dire.

Les chansons sont relativement longues sur ce nouvel album Uprising Of The Fallen, vous aimez y développer les mélodies à l’aide de sombres atmosphères, comme par exemple sur le morceau d’ouverture « Uprising », ou bien « Perception Of The Unseen » pour ne citer que ceux-là. Qu’est-ce qui vous inspire au moment du processus créatif des nouvelles compositions ? Comment fonctionnez-vous pour obtenir ce résultat ?
Nous nous sommes sentis inspirés, pour simplifier les choses. Durant le processus d’écriture des chansons, c’est lorsque nous répétons simplement ensemble que l’on trouve généralement des riffs et des mélodies la plupart du temps. D’autres fois, un membre amène une ligne de mélodie, et dès que l’on tombe d’accord pour inclure telle ou telle idée, nous l’associons à une composition. C’est ce que j’apprécie le plus à propos de l’émotion présente sur cet album, nous l’avons composé comme une seule unité, de manière fraternelle. Nous avons également une histoire ou une manière de faire les choses à notre façon, c’est comme notre « signature sonore » en quelque sorte, je suppose, donc c’était quelque chose qui est venu très naturellement pour nous tous au cours de cet album.

Enfin, selon toi, quel regard portes-tu sur la scène Black Metal actuelle ? Comment vois-tu les choses à venir pour cette musique et quel rôle peut y jouer Hetroertzen ?
Nous avons beaucoup de pionniers à l’intérieur de cette scène qui ont fait, font ou feront encore de belles choses dans le genre durant longtemps. Cependant, et je crois que pas mal de gens seraient de mon avis, tu n’as pas besoin d’être lié à une scène en particulier pour faire entendre ta voix. Nous, on fait juste ce que l’on aime faire et voulons partager notre art avec les bonnes personnes, pas à toute une scène en particulier qui décide ce qui est bien ou pas pour le public.

HETROERTZEN
Black Metal sans frontière

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