Les Italiens frappent un grand coup en 2019 ! Pour aller droit au but : une nouvelle signature chez Century Media, une collaboration artistique inédite et last but not least, un album de death metal remarquable. C’est de films, de tableaux, et de toutes sortes d’œuvres d’art dont il va être question dans cette interview fleuve… [Entretien avec Enrico Schettino (guitares) réalisé par Guillaume DARTIGUES]

Retrouvez la chronique du nouvel album d’Hideous Divinity, « Simulacrum » en fin d’interview, bas de page !

Comment avez-vous rencontré l’artiste Olivier de Sagazan ?

Grâce à notre manager, Tito Vespasiani qui est fan depuis longtemps de son art. Quand nous avons signé pour Century Media, on voulait quelque chose qui sortait de l’ordinaire pour notre premier single, pas seulement un clip vidéo. Nous avons contacté Olivier et le fait qu’il nous réponde était au-delà de nos espérances. L’écriture et la procédure de la vidéo ont pris quelques mois, mais le résultat en valait la peine. Olivier a été assez enthousiaste d’accueillir notre musique dans son art. Plein de fans étaient impatients et, ceux qui connaissaient le travail d’Olivier, se demandaient pourquoi il n’avait pas déjà travaillé avec des groupes de metal extrême. On est fiers de cette collaboration et de dire que nous sommes les premiers, que nous devons beaucoup à Tito pour son rôle crucial.

L’impressionnante vidéo en question, avec explications ci-dessous !
©Century Media, Hideous Divinity « The Embalmer »

Peux-tu nous en dire plus à propos du travail réalisé pour le clip de “The Embalmer” ?

Un des nombreux chemins pour interpréter l’art d’Olivier est de voir, dans ses violentes performances, une rébellion contre son propre corps. Dans la vidéo pendant un instant divin de clarté, l’acteur perçoit son corps comme un “alien”, fait ressortir son masque grotesque (fait d’argile) et révèle son vrai visage. Puis c’est là qu’on a réalisé la ressemblance entre la performance et la pochette de Simulacrum : personne ne l’avait montré à Olivier auparavant ! On était stupéfaits, c’était un signe ! Le cauchemar du protagoniste qui se retrouve allongé sur une table d’opération… Tout est lié et fait référence au concept de l’album.

Reliez-vous vos albums sur des concepts de films ?

D’une part. Je préférerais dire que le concept est toujours dominé, ou plutôt hanté par une référence cinématographique…

Et cela veut-il dire que votre musique doit être immersive pour l’auditeur ? Et quels sont donc les concepts de Simulacrum ?

J’aime imaginer notre musique comme assez organique et dynamique afin de devenir immersive pour l’audience. Ça change de l’habituel “TA-TA-TA-TA-TA!” des albums de death de 35/40 minutes ! Et comme un film, l’album a un protagoniste. Il vit dans une réalité cycliquement déformée qui s’éteint et s’embaume petit à petit. Puis arrive le moment où il ne réagit plus mais enregistre simplement ce qu’il se passe.

Affiche du film Lost Highway, source d’inspirations dans la réalisation de Simulacrum d’Hideous Divinity.

Lost Highway, film d’une grande influence pour l’album, parle d’une impossibilité à contrôler sa vie, de revivre une réalité déformée. C’est Deleuze (ndlr : Gilles Deleuze, philosophe français ayant écrit une thèse sur la différence et la répétition) et Hitchcock en même temps, sans oublier Lynch (ndlr: réalisateur de Lost Highway). La musique de Hideous Divinity est de retour dans une version déformée et plus obscure : “Embrassez votre difformité non pas comme un nouveau corps, mais comme une défiguration, une anamorphose”.

Peux-tu nous donner plus de détails à propos de cette pochette impressionnante, qui reflète bien ce concept ?

Nous avons eu à nouveau l’honneur de travailler avec Vladimir “Smerdulak” Chebakov, qui a d’ailleurs pris soin de réaliser l’artwork de Adveniens, notre album précédent. L’affection de Vlad pour les détails du corps ressemblant à des tissus et des figures centrales monumentales était cruciale pour la création de la pochette et du livret. Son œuvre me rappelle le Fireside Angel de Max Ernst pour son côté utopique (ndlr : ci-dessous à droite).

Vous avez tous des projets parallèles à Hideous Divinity (votre bassiste officie également dans Aborted, votre batteur a cinq autres groupes…!). Comment procédez-vous pour avoir une telle dévotion à la musique ? J’ai vu par ailleurs que tu disais que l’enregistrement de Simulacrum t’a mis un peu de pression ?

J’aime beaucoup cette expression de “dévotion à la musique”. Je pense que cela même répond à ta question. La musique induit la dévotion, et la dévotion détermine tes choix. J’ai en effet parlé de pression parce que, quand c’est ton quatrième album (et avec un label majeur) tu comprends ce qui est en jeu. Tu es partagé entre différents états de pensée à propos de la musique, ta musique et comment elle devrait sonner. C’est un processus très personnel, aussi bien constructeur que destructeur. Rien ne te donne autant ce sentiment de se tenir debout nu devant un miroir que d’écrire de la nouvelle musique.

Hideous Divinity 2019
©Dema Novakova

C’est votre premier album sous Century Media, label maintes fois reconnu ! J’imagine que c’est une belle chose ?

Oui en effet. Une équipe fantastique prend soin de notre musique. Aussi évident que cela puisse paraître et ce qui m’étonne vraiment jour après jour, c’est la cohésion entre leur professionnalisme et leur véritable passion pour la musique extrême.

Et qu’est-ce que vous a apporté les années sous Unique Leader Records ? Comment voyez-vous votre évolution ?

Ils ont apporté la musique d’un groupe inconnu de death metal italien au public du monde entier, et nous leur en serons toujours reconnaissants. À propos de l’évolution, j’espère que les auditeurs vont s’en rendre compte dans notre musique, notre manière de composer. Si leur impression est de constater que nous avons essayé de faire quelque chose de différent d’un album à l’autre, si ce qu’ils voient est une véritable recherche… alors j’en suis heureux.

Avez-vous pensé à réaliser des vidéos “playthrough” pour montrer aux gens l’intensité de vos compétences musicales ?

Nous sommes en train de travailler là-dessus. Nous prenons un peu plus de notre temps pour fournir les meilleurs résultats. C’est quelque chose qui sera aussi intéressant pour ceux qui ne sont pas musiciens.

Quels sont vos plans pour la suite ?

De défendre et présenter Simulacrum au monde, qui va inclure la France bien sûr. Nous n’avons que de bons souvenirs de nos concerts donnés chez vous. Donc “à bientôt !”

HIDEOUS DIVINITY
Simulacrum
Brutal Death Technique
Century Media / Sony Music
★ ★ ★ ★ ✩
Sortie le 8 novembre 2019 !

[CHRONIQUE « Simulacrum »]

« Simulacrum »
©Hideous Divinity & Century Media

Pour représenter musicalement un insupportable dépassement de soi, quel style musical autre que le metal extrême serait approprié pour imager tout cela ? Le groupe distille une musique qui renouvelle le genre extrême, tout en rendant hommage aux grands albums des décennies précédentes (des premiers Cryptopsy aux albums de Nile, Origin ou encore Behemoth). C’est en cela que l’on mérite de s’attarder à Simulacrum. À l’instar des piliers italiens Fleshgod Apocalypse et Hour of Penance, Hideous Divinity mérite dorénavant sa part du gâteau. Le riffing, certains passages et martèlements peuvent combler aussi bien les amateurs de death technique que de black metal, exemple avec “Actaeon”. Non content de délivrer un chaos intense et inarrêtable du début à la fin de l’album, les membres de Hideous Divinity ont également redoublé d’efforts pour construire toute une thématique cohérente et visuelle afin d’offrir au spectateur une expérience musicale qui repousse les limites de l’imaginaire. L’album demande nombre d’écoutes pour être assimilé, pour déceler chaque partie, chaque riff noyé par la cadence de la batterie… Que l’on se remémore au fil des écoutes sans bouder son plaisir. Face à ce travail colossal, pour vous introduire à l’album, un clip : “The Embalmer” et un titre : “The Deaden Room”. À déguster chaud. [Guillaume DARTIGUES]

HIDEOUS DIVINITY : Au-delà des apparences

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