IHSAHN
Black amer

Quand l’artiste norvégien ne tourne pas ici ou là pour raviver le culte d’Emperor sur scène (cf. Hellfest 2017), Ihsahn poursuit tranquillement sa carrière solo en nous gratifiant régulièrement d’albums de qualité combinant Heavy, Black, Jazz, Pop et Rock progressif à l’image du petit dernier Àmr (« Noirceur » en vieux norvégien).

[Entretien avec Vegard Sverre Tveitan alias « Ihsahn » (chant/guitares/claviers) par Seigneur Fred]

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Comment vas-tu depuis la sortie de l’album Arktis. il y a deux ans ? L’hiver a été plutôt rude en Europe et notamment en Scandinavie en début d’année, est-ce que cela t’a inspiré et t’inspire en général dans ta musique ?
Oui, absolument, mais probablement plus sur mon précédent album Arktis. qui était alors qui était basé sur les expéditions de l’explorateur norvégien Fridtjof Nansen (lauréat du Prix Nobel de la paix en 1922) au pôle Nord en Arctique à la fin du XIXe siècle et j’étais inspiré émotionnellement par ce que je ressentais derrière ma fenêtre chez moi à Notodden (Norvège) durant l’hiver alors que pour le nouvel album, je n’ai pas eu besoin de créer une scène ou dépeindre un paysage. Et si tu regardes l’artwork d’Àmr, l’ambiance a changé…

En effet, ce septième album Àmr apparaît bien plus sombre, mais musicalement, il reste toutefois dans la lignée d’Arktis. car il est tout aussi varié et assez facile d’accès…
C’était l’un de mes objectifs. Avec Artkis., je voulais traiter du thème des explorations et voyages dans le Grand Nord à travers des chansons plus formatées traditionnellement Pop/Rock mélangées en même temps à ce côté extrême. Je voulais vraiment rester focaliser sur cette approche musicale. Et je pense que je continue dans ce sens sur Àmr, mais avec des couleurs de mélodies dans les chansons qui changent tout le temps dans une ambiance plus sombre…

Comment fais-tu pour toujours te renouveler ainsi après tant d’années et surprendre les vieux fans d’Emperor que nous sommes tous ? Tu avais beaucoup expérimenté déjà sur l’album Das Seelenbrechen
(rires) Merci. En fait, honnêtement, c’est assez égoïste. Tu mentionnes Emperor, c’est assez marrant, mais c’était il y a très longtemps… Au début, on partait de rien, tu sais, sans aucune ambition artistique. À chaque début d’une expérience, on se cherche et ce doit être inédit. Après, on a réussi à créer quelque chose d’unique, je pense. Et j’essaie de conserver cette philosophie dans ce que je fais. C’est mon principal but. J’ai besoin d’être excité à l’idée de ce que je fais quand je crée, quand je compose. Si je ne suis pas excité moi-même, je me dis par contre que les gens ne seront pas excités non plus. Mais j’en ai rien à faire qu’ils n’aiment ou pas. Je veux juste faire mon maximum pour faire en sorte que ça me plaise puis éventuellement au public.

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Tu ne veux donc pas surprendre ni spécialement satisfaire ton public ?
À vrai dire, peu m’importe. Je veux juste faire du mieux possible mon travail. Si les gens se procurent le disque et aiment ça, tant mieux, sinon je ne leur en voudrai pas et ne pourrai leur en blâmer.

Au pire, les fans peuvent toujours se rabattre sur le coffret vinyle paru en début d’année dernière !
Oui, tout à fait.

Revenons à Àmr. Quels sont les invités sur ce nouvel album ? Y a-t-il le saxophoniste des Norvégiens de Shining comme dans le passé ?
Non, pas ce saxophoniste cette fois. Mais il y a Fredrik Åkesson, le guitariste d’Opeth, qui joue un superbe solo à la fin du titre « Arcana Imperii ».

À présent, au niveau du matériel que tu utilises, joues-tu encore de la guitare sept cordes ou bien tu es repassé à une guitare électrique plus traditionnelle à six cordes ?
Oui, enfin, j’utilise un mélange de plusieurs guitares selon les passages et morceaux : une guitare six cordes, une à sept, et même une huit cordes.

Au niveau de l’enregistrement de ce nouvel album, as-tu eu recours aux services de Jens Bogren comme dans le passé pour la production et le mixage en studio ou bien tu as travaillé chez toi seul à la maison ?
Tout a été enregistré chez moi dans mon home studio, sauf la batterie dans un studio local, on avait besoin dans une grande pièce, près de Notodden. Mais le mixage a été confié cette fois à Linus Corneliusson. Quant à Jens Bogren, il a masterisé le nouvel album par contre au Fascination Street Studio à Stockholm. Et je pense d’ailleurs que le résultat est vraiment très réussi.

Au niveau du line-up d’Ihsahn, qui t’entoure à présent ? Ce sont toujours les musiciens de Leprous dont le fantastique batteur Tobias Ørnes Andersen ?
Non, enfin Tobias Ørnes Andersen ne fait plus partie de Leprous depuis 2014. Il joue depuis dans Shining, le groupe norvégien, et avec moi donc depuis l’album After. Il n’y a pas le claviériste de Leprous sur le nouvel album, mais Einar Solberg, le claviériste de Leprous donc, nous accompagne sur scène, et dans Emperor aussi lors de nos reformations live. Tous les instruments sauf la batterie, c’est moi sinon.

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Quel travail en studio encore une fois, c’est impressionnant. Concernant le chant, tu as encore progressé notamment au niveau du chant clair. Est-ce toi qui es en charge de tous les vocaux sur Àmr ? On croirait entendre par moment James Labrie (Dream Theater) comme sur les superbes refrains des chansons « Arcana Imperii » ou « Sámr »…
Oh merci ! (rires) Ok. Il y a différentes influences, et j’ai essayé encore une fois de travailler tout cela, de proposer des choses inédites et me dépasser, notamment sur ces parties de chant clair très mélodiques.

Le second morceau intitulé « Arcana Imperii » justement est très représentatif selon moi, très sombre et Heavy, avec en même temps cette douce mélodie et ce solo final.
Oui, là encore, j’ai beaucoup travaillé. C’est intéressant, ta remarque. Si tu as aimé cela, alors ça veut dire que j’ai plutôt réussi et je pense continuer à explorer dans cette veine en fait. C’est donc Fredrik Åkesson (Opeth) qui a réalisé le solo de guitare.

Les claviers en intro de l’album sur « Lend Me the Eyes of Millenia » risquent d’en dérouter plus d’un par contre…
Non, je n’ai pas peur. Encore une fois, je ne suis pas inquiet là-dessus. Si on disait que c’était du Black Metal même symphonique, c’est sûr que certains pourraient être déroutés. Quel fan pourrait aimer cela ? Plus d’un fan fuirait ! (rires) Mais heureusement, il s’agit de l’intro à l’album sur la première chanson. On a donc une première impression. Je pense que cela annonce bien la couleur du nouvel album et tout le processus créatif autour.

Peux-tu expliquer maintenant le thème et la signification de nouvel album Àmr ? Cela m’a immédiatement fait penser à « Amour » chez nous en français…
Ceci est amusant. (rires) Je n’avais pas pensé à ça, « amour ». Il s’agit en fait du vieux norvégien, mais ce n’est plus utilisé de nos jours. Cela se traduirait en anglais par « Dark », « Black », etc. Tout cela est représenté à travers la pochette noire de ce nouvel album. Il traduit bien l’ambiance très sombre ici, noire, et je pense que va bien avec les éléments. En fait, c’est une idée de ma femme Heidi Solberg Tveitan. (rires)

Que devient d’ailleurs son projet Hardingrock auquel tu avais participé il y a une dizaine d’années ? Un nouvel album est-il envisageable ou des shows, ou bien Heidi Solberg Tveitan alias « Ihriel » est trop occupée dorénavant avec vos enfants à la maison ?
Non, il s’agissait juste d’une collaboration le temps d’un album, Grimen, paru en 2007, avec le musicien norvégien Knut Buen spécialisé en violon Folk. Bien sûr, il y a ce nom de groupe et beaucoup attendent un nouvel album. On pourrait très bien faire un album plus Rock, mais bon Hiriel est très occupée. Et nous n’avons pas de concert prévu. Nous ne tournons pas.

Et comme d’habitude à chacun de nos entretiens, je te repose forcément la même question : peut-on espérer un nouvel album studio d’Emperor dans un avenir proche ?
Un coffret est donc paru l’an dernier, The Complete Works. Cette question revient beaucoup. Je peux comprendre cela, mais on était jeunes à l’époque d’Emperor, on démarrait, depuis on a évolué et on a besoin d’expérimenter, de faire autre chose, que ce soit Samoth avec Zyklon puis The Wretched End, et moi de mon côté. C’est très égoïste, mais si c’est pour se reformer et faire la même chose, il n’y a pas d’intérêt. Les gens veulent un nouvel Emperor et veulent revivre cette expérience comme un fantasme, mais ce sera forcément différent, alors ils risquent d’être déçus et nous ne voulons pas nous répéter. Nous préférons jouer en live le répertoire d’Emperor lors de nos reformations.

Enfin, envisages-tu d’aller voir au cinéma à sa sortie le film Lords Of Chaos de Jonas Åkerlund où l’on retrouve le personnage d’Euronymous (Mayhem) interprété par Rory Culkin, le frère de Macauley Culkin, ton ancien batteur Faust d’Emperor, et Christian « Varg » Vikernes (Burzum) ? C’est adapté du fameux livre sur le Black Metal norvégien et ses violents faits divers dans les années 90 que toi et Samoth avaient bien connus…
Je ne l’ai pas vu, mais j’en ai entendu parler. Je n’ai pas lu le livre or c’est basé dessus. C’est une sorte d’histoire mais pour être honnête, tout ce qui est autour de ça, je suis un peu en dehors aujourd’hui d, et à vrai dire je n’ai jamais été intéressé par toute cette histoire. Je conçois que cela peut intéresser des gens, mais tu sais encore une fois on était des adolescents à l’époque, Samoth, Faust, etc. La production a cherché à nous approcher, nous et le label il me semble, mais personne n’a vraiment donné de réponse. Tu sais, chaque mois, on reçoit des propositions pour participer à des documentaires, des évènements, des tributes, etc. Franchement, je m’en fiche et ne suis pas encore prêt à rentrer dans un musée ! (rires) On est assez détaché de cela aujourd’hui, je veux juste faire ma musique, et voilà. C’est plus un film hollywoodien qu’autre chose, j’ai l’impression…