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John PETRUCCI
Auto-entrepreneur

Même si Terminal Velocity, le nouvel album de John Petrucci (Dream Theater), a en commun avec son prédécesseur Suspended Animation (2005) d’être un instrumental en trio guitare / basse / batterie, en 15 ans, le New-Yorkais a mûri en tant que compositeur, guitariste et producteur. Jusqu’à intégrer des éléments Blues et Jazz dans son Métal… Plus un certain Mike Portnoy dans son line-up. [Entretien avec John Petrucci (guitare) par Jean-Christophe Baugé – Photos : DR]

Composes-tu, en solo, de la même façon qu’au sein de Dream Theater ?
L’état d’esprit est différent. Sans claviers, sans orchestrations, sans concept, c’est sur la guitare que je focalise mon attention. Je joue toutes les mélodies et tous les soli.

Si tu devais n’en retenir qu’un, ce serait…
Celui de « Gemini » : acoustique dans la première partie, électrique dans la seconde.

A quoi fait référence le morceau « Temple Of Circadia » ?
Au rythme circadien veille-sommeil, qui regroupe les processus biologiques cycliques sur 24 heures. C’est le seul morceau de l’album joué à la 7-cordes.

Comment as-tu repris contact avec Mike Portnoy ?
Je n’avais pas encore choisi mon batteur que la situation liée au Covid, à New York, s’est dégradée. Mes proches m’ont alors conseillé d’appeler Mike. OK, on n’avait plus joué ensemble depuis 10 ans, mais la vie est trop courte. Je lui ai envoyé mes titres, avec la batterie programmée… Puis il a enregistré toutes ses parties dans mon studio, en une semaine.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’être à la tête de ton propre label, Sound Mind Music ?
J’ai un contrôle artistique absolu et je fais plus de bénéfice sur les ventes. Par contre, même si c’est The Orchard Music qui distribue, l’activité est chronophage, entre les commandes à l’usine de pressage de CD et les campagnes marketing.

As-tu mesuré l’impact financier de la crise du Covid-19 ?
Concernant Dream Theater, on a dû annuler ou reporter les dates de la tournée 2020. Or, depuis l’effondrement des ventes de CD, nous, musiciens, tirons nos revenus des tournées et du merchandising. On a donc modifié notre planning pour entrer en studio début août et travailler sur le successeur de Distance Over Time. Je suis donc bien occupé avec ces deux projets, plus un troisième… Une surprise.

Que retiens-tu de ton expérience de formateur dans le cadre des stages John Petrucci’s Guitar Universe ?
Les stagiaires, comme les intervenants, y apprécient l’interactivité. C’est toujours enrichissant de jammer avec les meilleurs shredders de la planète. L’édition 2020, avec Tosin Abasi (NDLR : Animals As Leaders), Kiko Loureiro (Megadeth) ou encore mon épouse Rena, a été reportée à fin Juillet 2021 à Irvine, CA.

T’arrive-t-il de délaisser la guitare pendant une longue période ?
Je suis déjà parti en vacances sans pouvoir jouer pendant 2 à 3 semaines. Au retour, on ne retrouve pas instantanément son niveau, comme pour la musculation en salle (rires).

Dream Theater inspire de nombreux youtubeurs. Certains t’ont-ils tapé dans l’œil ?
Je n’ai pas de nom en tête, mais je suis impressionné par tous ces groupes qui reprennent nos morceaux note pour note… Et encore plus par ceux qui les réinventent !

CHRONIQUE ALBUM

JOHN PETRUCCI
Terminal Velocity
Heavy Metal progressif
Sound Mind Music / The Orchard Music

Contraints par la pan-numérisation à réorienter leur activité professionnelle vers moins d’enregistrements et plus de concerts, les musiciens otages de la pandémie de Covid-19 inversent dans les faits ce modèle économique. John Petrucci, privé de tournée avec Dream Theater, a repris le chemin des studios pour donner une suite plus éclectique mais tout aussi scolaire à Suspended Animation (2005). Et s’est laissé convaincre de renouer avec le facétieux batteur Mike Portnoy, dix ans après la brouille, pour une collaboration qui pourrait s’étendre à un troisième album de Liquid Tension Experiment. Si « Glassy-Eyed Zombies » et « Happy Song » ont déjà été présentés en avant-première sur la tournée G3 avec Mike Mangini derrière les octobans et lors des stages JP’s Guitar Universe de 2017 et 2018, le tout nouveau « Terminal Velocity » réitère l’exercice d’écartement de doigts de « Untethered Angel » (de la 13ème à la 7ème case), « The Oddfather » joue jusque dans ses mélodies sur les origines italiennes du shredder à barbe corbeau, tandis que « Happy Song » marche sur les plates-bandes « teen movie » d’un autre pyromane du manche : Paul Gilbert… Une espèce en voie de réapparition. La culture du « no limit » à l’américaine transpire dans chaque (long) solo typé Métal, aussi saluons « Out Of The Blue » où John, tel un oiseau mazouté qui réapprendrait à voler, fait se croiser les sensibilités parallèles du Blues et de du Jazz avec autant de brio que Robben Ford. [J-C BAUGE]