JONATHAN DAVIS
Enfin seul !

On le connaît comme le charismatique frontman de Korn. Après une première incursion solo avec la bande originale de La Reine des Damnés et beaucoup de rumeurs concernant le projet Jonathan Davis and the SFA (pour Simply Fucking Amazings), le chanteur débarque finalement seul avec un premier album composé il y près de dix ans, Black Labyrinth. 

[Entretien avec Jonathan Davis (chant) par Philippe Jawor  philippe@metalobs.com]

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Commençons par une question assez sommaire : qu’est-ce que ce « labyrinthe noir » qui donne son nom à ton album ?
C’est l’aventure d’une vie ; j’avais ce concept en tête il y a déjà dix ans. Quand Brian « Head » Welch a quitté Korn (alors touché par la foi, ndlr), j’étais en colère contre la religion et contre plein d’autres choses, mais ça m’as aussi permis de me poser la question : « en quoi est-ce que je crois vraiment ? ». Ce labyrinthe, c’est mon cerveau, et il faut réussir à en sortir.

Si tu avais ce concept en tête depuis dix ans, qu’est-ce qui a pris autant de temps pour que ce disque sorte enfin ?
En fait, ce disque était prêt à sortir depuis des années : il était enregistré, j’avais un label, mais le dirigeant de ce label a quitté l’entreprise en me laissant un peu sur le carreau avec mon album. Je me suis dit « c’est pas grave, je vais trouver un autre label et ce sera bon », mais j’ai un autre groupe, qui s’appelle Korn ! (rires) On tourne, on enregistre, on tourne, on enregistre, et c’est comme ça sans faire de pause pendant dix ans ! (rires)

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Il s’agit donc de se replonger dix ans en arrière : quelles étaient tes inspirations musicales à l’époque ?
Ma toute première influence, je pense, c’est la World Music : j’aime tellement de musiques et d’instruments différents que j’avais envie de m’inspirer d’absolument tout ce qui se proposait à moi. Il y a des vieux synthés new wave, j’ai fait jouer Ravi Shankar alors que ce mec est une putain de légende et qu’il a bossé avec Zappa et plein d’autres, il y a des inspirations jazz… J’ai pris tout ce qui passait pour faire cet album, et d’une certaine manière, ça l’a fait. Le premier projet sur lequel j’avais bossé comme ça était la BO de La Reine des Damnés, et c’est là où je me suis rendu compte que c’est ça que je voulais faire.

Cette bande originale, ça a donc été l’étincelle qui a déclenché tes envies de travail en solo ?
Totalement. C’est la première chose que je faisais tout seul, et que je faisais sobre. Pendant plus de quinze ans, j’avais écrit en faisant la fête. J’ai accumulé des tas de choses pendant ces années.

Qu’est-ce qui t’as fait dire que ces chansons étaient davantage adaptées à un album solo qu’à un nouveau disque de Korn ?
C’est facile : quand j’écris pour Korn, je pense aux guitares, j’écris des choses plus agressives. Cette fois, j’écrivais pour des claviers, pour des cordes, il était flagrant que ça n’allait pas pouvoir être des chansons de Korn. Je voulais vraiment que ce truc soit réel, organique : on a enregistré de vraies cordes, on a essayé de n’utiliser aucun sample, les percussions sont toutes jouées par des instrumentistes et pas par des machines. C’était marrant de pouvoir expérimenter davantage au niveau de la composition, d’utiliser des textures différentes pour que le disque en lui-même sonne différemment d’un simple album de Korn.

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Tu es en tournée en ce moment, et tu en profiteras pour venir nous rendre visite au Download et au Hellfest. Comment retranscris-tu ces chansons sur scène ?
Sur scène, l’ambiance est totalement différente, et je crois que le public aime ça : je voulais que ce soit une expérience unique, meilleure encore qu’un concert de Korn. (rires) Je n’ai pas envie de m’enfermer dans une boîte : j’ai envie de faire des choses totalement différentes, et il se pourrait bien que le prochain disque n’ait absolument rien à voir avec celui-ci.

Justement, ce disque a été écrit il y a plus de dix ans, et tu disais composer sans cesse ; j’imagine que tu as donc d’autres chansons dans tes tiroirs ?
J’en ai des tonnes ! (rires) C’est l’avantage : je peux aller écouter ce que j’ai de côté, voir si ça vaut le coup de l’améliorer, ou tout simplement le laisser tomber et écrire autre chose. Ce que je fais, c’est tout simplement prendre les meilleurs morceaux que j’ai. On ne sait jamais ce qui va se passer : pour cet album, j’avais écrit 27 chansons, mais seulement 13 se sont retrouvées sur le disque…