Ah l’Islande ! Ses fjords, ses grands espaces sauvages avec ses volcans actifs, ses artistes iconoclastes de renom tels que Björk ou Sigur Rós. Si l’on connaît aussi sa scène Métal depuis déjà quelques années grâce aux excellents Sólstafir par exemple, il y existe aussi une riche petite scène extrême, notamment Black dans laquelle de jeunes formations mélangent les genres apportant ainsi leur pierre à leur édifice. Voici aujourd’hui Kaleikr, auteur en début d’année d’un premier opus, Heart of Lead, plus qu’intéressant en matière de Death/Black progressif paru sur le label Debemur Morti Productions. Cela aurait été une hérésie de ne pas vous en parler… [Entretien avec Kjartan Harðarson (batterie) par Seigneur Fred]

Quand et comment est né ce groupe Kaleikr à l’origine ? Était-ce la suite artistique de Draugsól qui splitta en 2018, et tel le phénix renaissant de ses cendres, cela conduisit à la création de Kaleikr, ou bien est-ce un nouveau projet musical totalement nouveau et différent ?

Nous avons dès le départ vu et considéré Kaleikr comme un nouveau projet et pas vraiment comme la continuité de Draugsól. Maximilian (NDLR : le guitariste, bassiste, chant et en charge de tous les arrangements) et moi-même avons donc formé Kaleikr en 2018 pour casser les barrières et écrire personnellement de nouvelles choses en matière de musique car nous ne voulions pas être limité et lié à la vision artistique que Draugsól prenait.

Quelle est la signification au juste de « Kaleikr » ? C’est en islandais, votre langue natale ?

Oui, c’est islandais mais écrit sous la forme du vieil islandais, en vieux norrois. « Kaleikr » veut dire « calice », un peu comme l’était le Graal, et nous avons choisi ce mot très tôt dans le processus.

Le groupe se compose uniquement de deux membres donc : toi à la batterie, et Maximilian Klimko au chant/guitares et tous les autres instruments ainsi qu’aux arrangements. Par conséquent êtes-vous en capacité à jouer sur scène ou bien Kaleikr a été pensé dès le départ comme un projet studio comme certains groupes de Black Metal le font afin d’expérimenter en studio et ne pas rencontrer leur public en concert demeurant mystérieux car vous n’aimez pas la scène et préférez créer exclusivement, ceci s’inscrivant pleinement dans une démarche artistique personnelle ?

Nous sommes en effet que deux dans le groupe formant la base de de Kaleikr et prévoyons de garder cette forme en termes de création musicale et de vision artistique du groupe. Mais nous avons ajouté des musiciens de session live pour nous aider à nous produire lors de nos prestations live à venir. On prévoit d’ailleurs de nous produire cet été au festival islandais Ascension. Dans l’immédiat, nous n’avons pour projet de partir en tournée mais il y a de grandes possibilités que l’on donne quelques concerts après l’Ascension Festival chez nous.

Le duo islandais de Kaleikr

Vous publiez votre premier album en ce début d’année, il s’intitule Heart of Lead. S’agit-il d’un concept album ? Si oui, de quoi parlent les paroles qui semblent très portées sur la psychologie humaine ?

Alors l’album est une sorte de concept album à propos de la fatigue mentale. Nous y décrivons comme un voyage intérieur depuis la tristesse en passant par le désespoir jusqu’à l’effondrement ou plutôt l’épuisement mental total. En fait, on suit dans ce nouvel album une personne aux prises avec une douleur émotionnelle profonde. Heart of Lead (NDLR : « Cœur de Plomb » en français) signifie que vous sentez votre cœur s’enfoncer dans votre poitrine…

Visuel de Heart of Lead, travail de l’artiste français Valnoir.

À propos de l’artwork de Heart Of Lead justement, celui-ci est magnifique ! Cela m’a fait penser au travail de l’artiste et designer français Valnoir, déjà auteur de visuels d’albums pour des groupes français notamment tels que Déluge, Blut Aus Nord mais aussi à l’international, par exemple pour le groupe scandinave Nidingr plus près de chez toi car ils sont Norvégiens dans lequel figure le guitariste actuel Teloch de Mayhem…

Il s’agit bien de l’œuvre ici aussi de Valnoir. Nous sommes d’ailleurs extrêmement fiers de l’artwork qu’il a réalisé pour nous. Il a dépassé toutes nos attentes. On voulait que la pochette de l’album soit frappante et inhabituelle. Il a écouté l’album et, après une brève description du thème, a dessiné cette étonnante œuvre ainsi qu’une maquette complète. En fait, c’est assez remarquable surtout quand vous avez la copie physique du disque et que vous l’ouvrez pour y voir le reste de l’œuvre.

Musicalement, dans votre biographie, en tant que jeune groupe islandais, on vous y décrit un peu facilement avec une étiquette affirmant que vous êtes un mélange de Death et de Black progressif et atmosphérique, un peu comme si Opeth (ancienne période) rencontrait Enslaved (période Vertebrae jusqu’à maintenant)… Selon moi, votre musique est bien plus riche et profonde que cela, dans le sens où ce premier album Heart Of Lead est déjà très mature vis-à-vis de vos influences, certes présentes, mais qui vont au-delà de ça. Qu’en pensez-vous et êtes-vous pleinement conscients de l’étiquette que l’on vous attribue dès le départ de votre jeune carrière ?

Nous en avons pleinement conscience de cette description car nous nous décrivons nous-mêmes souvent comme un mélange de Death Metal et de Black Metal d’une certaine façon. Ce que nous aimons le mieux, c’est d’appeler ça du Metal progressif, du Metal extrême prog’. Nous sommes en effet inspirés à certains égards par Opeth et Enslaved, alors que nous aimons ces groupes et les écoutons depuis longtemps, mais les similitudes n’étaient pas des décisions conscientes.

Heart Of Lead est un album relativement spirituel et émotionnel. C’est comme un voyage pour l’auditeur empli alors d’une certaine mélancolie, voire de désespoir… D’où vous est venu ce sentiment de tristesse ici pour écrire sur ce sujet à travers votre musique ?

On veut que l’album soit en effet comme un voyage émotionnel pour l’auditeur qui doit alors ressentir différentes sortes d’émotions, de sentiments, lors de son écoute peu à peu. Le sentiment de mélancolie est quelque chose de profondément enraciné dans le son de l’album et ce dès le départ. Nous essayons d’écrire de la musique qui incite les gens à ressentir quelque chose de très fort en eux et la mélancolie en constitue un ingrédient important dans notre écriture musicale.

Maximilian Klimko et Kjartan Harðarson

Et selon toi, qu’est-ce qui doit être le plus important dans les chansons de Kaleikr que vous écrivez et interpréter : les émotions et le sentiment qui s’en dégage, ou bien le côté technique car votre musique est relativement technique tout de même ? Ou bien encore les textes chantés par les growls de Maximilian ? Comment travaillez-vous pour trouver le bon équilibre durant votre processus créatif ?

Comme indiqué auparavant, nous allons vraiment chercher à mettre en avant cet aspect émotionnel de notre musique durant sa création, c’est probablement le facteur le plus important pour nous lorsque l’on écrit. La technicité est quelque chose qui vient de pair durant le processus. Elle est en quelque sorte un sous-produit du processus d’écriture. Nous pourrions écrire quelque chose qui ressemble à ce que nous voulons et développer ensuite la technicité autour de ce son pour l’intégrer à la musique. Les paroles sont également importantes pour nous car elles expriment l’émotion que nous ressentons lorsque nous écrivons la musique. Les paroles sont toujours dictées par ce que nous ressentons lorsque nous entendons les chansons.

Les deux premiers singles extraits de ce premier album Heart Of Lead n’ont pas dû être évidents à sélectionner par conséquent. Ce sont les titres « The Descent » et « Neurodelirium » qui sont relativement catchy et hypnotiques malgré leur longueur. Ce n’est jamais facile de choisir et sortir un titre de l’ensemble afin de représenter au mieux un disque, non ?

En effet mais finalement ça a été facile. « The Descent » était notre idée de toujours pour un single parce qu’il s’agit d’une de nos premières chansons que nous avons composées pour l’album, et ce morceau donne bien le ton général du reste de l’album et des autres chansons que nous avons alors ensuite écrites. On a pensé que ce titre représentait fort bien l’album dans son ensemble. Et le second single fut un peu plus difficile à choisir mais finalement nous avons donc choisi « Neurodelirium » car il apporte plus de côté progressif à l’album.

« Neurodelirium », extrait du nouvel album de Kaleikr, Heart of Lead


Il y a quelques passages de violon alto sur les deux premiers morceaux de l’album (« Beheld At Sunrise » et « The Descent ») ainsi que le quatrième « Internal Contradiction » interprétés par Árni Bergur Zoëga. Pourriez-vous utiliser davantage d’instruments de ce type à l’avenir dans la musique de Kaleikr apportant ainsi une touche plus classique ou bien folklorique par exemple ?

Nous utiliserons à l’avenir davantage d’instruments classiques dans notre musique si nous estimons que cela ajoute quelque chose à la musique. Nous explorons toujours différentes sonorités dans notre musique, et tu sais il existe tout un monde d’instruments différents à explorer et utiliser, qu’ils soient classiques ou non.

Où l’enregistrement de Heart of Lead a-t’il eu lieu ? En Islande ?

Oui, au Studio Emissary exactement. L’album y a été aussi mixé et masterisé par Stephen Lockhart.

Possédez-vous de bons équipements studio en général en Islande sur cette île qui semble un peu isolée dans l’Atlantique nord ? L’Islande est réputée pour ces artistes tels que Björk ou Sigur Rós, mais qu’en est-il de ses studios ? Je sais par exemple que le groupe germano-helvète The Ocean y a enregistré l’an dernier certaines parties de son dernier album aux studios de Sigur Rós justement ?

Pour notre album, nous avons accès à un équipement de pointe en matière d’enregistrement fourni par ce studio que tu as donc cité, et par nous-mêmes également grâce à notre propre matériel.

Enfin, pour terminer, quels sont vos projets pour Kaleikr actuellement et pour le reste de l’année ?

Pour l’heure, nous faisons donc la promotion de ce premier album avec tout ce qui va avec. En juin donc, nous nous produirons live au Ascension Festival chez nous en Islande comme évoqué précédemment. On sera alors tout un groupe et non pas simplement que nous deux sur scène. On travaille actuellement pour ça. Après, on va prendre au sérieux les propositions de concerts, probablement même à l’étranger. En tout cas, je te remercie sincèrement pour cet entretien. Et à bientôt !

Tracklist Heart of Lead :

1. Beheld at Sunrise

2. The Descent

3. Of Unbearable Longing

4. Internal Contradiction

5. Neurodelirium

6. Heart Of Lead

7. Eternal Stalemate and a Never-ending Sunset


KALEIKR : Le nouveau Graal islandais

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