Signe d’une certaine sagesse et de maturité, quand on discute avec son leader Mille Petrozza en interview, ce dernier semble si apaisé et doux comme un agneau, à l’antithèse de ses concerts où on l’entend surtout crier et balancer ses riffs tranchants de guitare. On se demande alors qui a donc piqué ce furieux descendant de Germains et de Romains ? Cinq ans à peine après le très bon Phantom Antichrist aux accents Heavy Metal auquel succéda le DVD Dying Alive, Kreator publie en ce début d’année 2017 Gods Of Violence, une quatorzième offrande studio sur l’autel du Thrash teuton, dans la droite lignée de son prédécesseur et avec les malheurs de son temps…

[Entretien intégral avec Miland « Mille » Petrozza (guitare/chant) par Seigneur Fred]

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Ton précédent album Phantom Antichrist faisait clairement apparaître un visage plus typé Heavy Metal du fait de tes influences et ton amour pour le Heavy des années 80, à travers notamment les harmonies de guitares. Était-ce le but et assumes-tu toujours cela sur ce nouvel album Gods Of Violence ?
Oui, c’est quelque chose qui fait partie de mon ADN et à nous tous quand on a démarré dans la musique. On faisait des reprises de Heavy Metal. Et cela a toujours fait partie du son de Kreator mais peut-être que ce fut davantage présent dans les derniers albums, y compris bien sûr le nouveau.

Penses-tu avoir conquis dernièrement un public plus large grâce à ce mélange d’influences musicales ?
Bonne question. C’est possible oui, probablement, notamment en concerts, ça oui, assurément. Phantom Antichrist a rencontré un beau succès lors de la tournée, donc je dirai oui.

Es-tu toujours satisfait du son de cet album produit et mixé par Jens Bogren aux Fascination Street Studios en Suède ? C’était une première collaboration pour vous…
Oui, absolument, je pense que Jens a fait un album très solide et il y a eu de bons retours à ce propos. Et les gens ont visiblement accroché à Phantom Antichrist tout autant que nous donc c’est parfait !

D’une certaine manière, Phantom Antichrist est l’exemple même de la maturité dans votre longue discographie : les compositions sont très travaillées, les mélodies, avec des influences assumées…
Peut-être, c’est une belle manière de dire les choses, merci, car on est un vieux groupe ! (rires) Alors matures dans le sens où les chansons ont été très travaillées, alors oui absolument, car il y a beaucoup de détails.

Pourtant, dans le passé, en général, à chaque fois que tu décides de faire un album de Kreator plus expérimental, par exemple Renewall ou Endorama, les fans ne répondent pas présents et les rares chansons de ces albums singuliers, disparaissent peu à peu de votre setlist en concert. Pourquoi ? Tu ne les assumes plus ? Et qu’en sera-t-il alors pour les morceaux de Phantom Antichrist ?
C’est vrai. On essaie de les faire figurer pourtant comme par exemple « Europe After the Rain » de Renewall, mais comme à chaque fois on a un nouvel album de plus à notre répertoire, c’est compliqué d’en rajouter toujours plus et de garder d’anciens titres de ces albums. Avec la tournée du nouvel album, on va conserver quelques titres justement de Phantom Antichrist, bien sûr, et il y aura quelques surprises, mais on va voir. On est en train de voir.

Y a-t-il certains albums que tu regrettes avec le temps dans votre riche discographie depuis trente-deux ans ?
Non, je ne regrette rien en fait, il n’y a aucun regret. Bien sûr quand on joue dans un groupe, tu as envie de faire plein de choses et de toujours progresser, d’essayer de nouvelles choses selon le contexte, et c’est ainsi que tu évolues.

Vous avez fait une superbe tournée avec vos compatriotes d’Accept et les Finlandais de Swallow The Sun pour Phantom Antichrist ? Est-ce que cela t’a influencé d’une certaine façon sur ce nouvel album Gods Of Silence ?
J’aime beaucoup leurs débuts à Accept. Je ne peux pas vraiment dire si cela a influencé cet album. Et oui Swallow The Sun, j’aime beaucoup aussi, c’est un très bon groupe. J’aime bien la scène Doom Metal finlandaise, et depuis des années je suis fan de Doom, bien sûr…

Qui sont donc ces « Dieux » figurant dans le titre du nouvel album Gods Of Violence ? Jésus-Christ ? Allah ?
(rires) Oui, tous ceux-là combinés ! Pour moi, il s’agit d’une métaphore de tout ce que l’on voit de nos jours, de tous ces anciens concepts religieux auxquels on accorde encore beaucoup d’importance malgré l’évolution de la science ces derniers siècles, toute cette grande propagande et médiatisation, avec donc toutes ces dérives qui en découlent et affectent notre vie quotidienne provoquant chez nous la peur.

Est-ce en relation avec tous ces actes terroristes et tueries survenues par exemple en 2015 en France ?
C’est bien là, oui, les problèmes que nous vivons en ce moment. Qui aurait pu imaginer que l’on attaque votre pays et la capitale ainsi que d’autres endroits dans le monde de cette manière ? Maintenant, la violence est partout, et on a une perception totalement différente de ce qui peut arriver…

Normalement, dans une religion, on doit aimer son prochain et prôner l’amour plutôt que la guerre…
C’est exactement ce que je pense, c’est mon avis aussi. Mais derrière se cache de l’embrigadement politique faisant de la religion, ou plutôt son interprétation, le mobile de cette violence.

Ce sont des sujets récurrents la religion, la guerre ou la violence en général à travers les albums de Kreator
Y’a-t-il une religion monothéiste plus visée qu’une autre dans tes textes ? Ta cible a-t-elle changé ? Le poids du christianisme par exemple s’est affaibli de nos jours…
Non, absolument pas. J’aborde la religion de partout dans le monde en général, mais je n’attaque pas un culte plus qu’un autre ni des gens, mais plutôt leurs symboles. Je m’en moque si tu veux devenir chrétien ou musulman, tu es libre. Mon opinion est la suivante : fais ce que tu veux en toute liberté et sois heureux.

Étant sur la scène Métal depuis 1982, penses-tu toujours que la musique puisse changer les mœurs et faire évoluer les mentalités dans le bon sens ? J’ai l’impression que c’est de pire en pire à écouter les infos…
Je ne sais pas. D’un côté, on devrait essayer d’être plus heureux avec les uns les autres, car on est bien conscient de ce qui se passe autour de nous grâce aux médias : les problèmes politiques, sociaux, religieux… On ne réalise pas la chance que l’on a parfois par rapport à d’autres. D’un autre côté, je pense que l’on ne doit pas être d’accord avec tout, et arriver à penser par soi-même.

Te sens-tu plus libre que durant les années 80 avant la chute du mur de Berlin en 1989 ?
Euh… C’est un pays différent. Avant on était divisé, maintenant tout le monde est libre et donc oui c’est sans aucune comparaison. Quand on a démarré et commencé à tourner, on ne pouvait pas aller à l’est par exemple… Ce n’était tout simplement pas possible.

Es-tu toujours en contact avec ton ami Tommy Vetterli alias « Tommy T. Baron » (Coroner), ancien guitariste de Kreator (1996-2001), et as-tu jeté une oreille au nouveau matériel en cours de composition et peut-être d’enregistrement ?
Oui, il vient de m’écrire, mais je n’ai pas encore pris le temps de lui répondre, c’est ma faute, mais je vais le faire. Il a dû écouter nos nouvelles chansons, enfin j’espère, je lui en ai envoyé et joué quelques-unes ! (rires) Mais non, je n’ai pas écouté de nouvelles compos. Il m’en a parlé, mais je n’ai rien écouté pour l’heure. Il m’a juste envoyé ce coffret Autopsy mais j’étais en studio et pas à la maison donc je n’ai pas eu le temps de me poser pour voir ça. Je le regarderai en tournée.

À quand une tournée commune Coroner/Kreator ? En 2017 étant donné votre actualité respective ?
Ce serait génial ! Oui, avec Tommy en invité sur certains anciens titres que l’on a fait avec lui… Mais ce n’est pas en projet. Nous allons d’abord tourner notamment en France avec Aborted, Sepultura, et Soilwork et passerons notamment au Bataclan à Paris le 26/02/17 avec non sans une certaine émotion. Nous y avons joué deux fois déjà. Ce sera une soirée Métal spéciale, assurément, et nous aurons une pensée pour les victimes dans ce lieu incontournable.

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