Entretien avec Teri Gender Bender (chant, guitare, clavier) par Aline Moiny

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C’est le début de votre tournée, comment se passe t-elle ?

C’est vraiment symbolique parce que notre premier show était à Mexico en Amérique du Sud. C’est super cool car quand Le Butcherettes a débuté à Guadalajara, Mexico était la première ville a nous faire joués pas mal de concerts. Nous y avons fait des shows avec the Yeah Yeah Yeahs, The Dead Weather. J’y ai aussi habité quelques années. C’est une ville magique qui est aussi très inspirante. Commencer la tournée ici, c’était parfait. En plus, nous avions une special guest, Renee Mooin, qui est une des mes chanteuses préférées. C’était cool de pouvoir partager la scène avec elle. Elle m’a invitée à l’accompagner sur ses chansons. C’était génial, cathartique et très transpirant. Et c’était aussi super cool car nous avons dû faire un show au magasin de disques Amoeba Music à Los Angeles, qui est un de mes disquaires favoris. Je crois que c’est un des moments les plus fous de ma vie. Je veux pas parler pour le groupe parce qu’ils ont eu peut-être des moments plus fous. Mais pour moi, passer quelques jours pour la presse à Los Angeles et la même nuit partir pour aller à Mexico, rencontrer la presse, défaire ses valises à l’hôtel, faire un live session, dormir un petit peu, faire un show et après repartir aux States… C’était vraiment fou. Je n’ai presque pas dormi. C’était comme un voyage psychédélique. Je n’ai jamais pris d’acide mais ça doit y ressembler car je voyais des choses. Après tout cela, tout est bien plus facile car on fait les choses en prenant notre temps. Et puis tous ces gens qui viennent nous voir ! C’est vraiment ce qu’on apprécie, cette fraîcheur !

Vous êtes sur un nouveau label Rise Records…

Oui, c’est vraiment incroyable aussi …

Votre dernier album date de 2015… Quel a été votre manière de travailler sur bi/MENTAL ?

Je pense que la plus grande différence pour cet album est qu’il soit comme un film. En 2016, nous avons sorti un autre disque avec un autre groupe. Et entre 2016 et 2017, j’ai beaucoup tournée et je n’ai pas eu beaucoup de temps pour parler à ma mère. Je savais qu’elle n’allait pas bien mais c’était tabou. Et elle a eu ce qu’on appelle une crise… Elle est entrée dans la maison avec un couteau à la main. Et j’ai pensé que c’était personnel, qu’elle m’en voulait. Je ne connaissais rien à sa maladie mentale à ce moment. Je pensais donc que c’était moi, que c’était de ma faute. Alors je me suis enfermée chez moi et j’ai commencé à écrire les chansons, à jouer sur de vieux instruments que j’avais eu d’Elvin Estela avec qui j’avais collaboré avant… J’ai aussi posé ma voix sur struggle/STRUGGLE avec l’aide de Marcel Rodriguez qui est aussi le frère de Rikardo Rodriguez Lopez… Cela restait dans le cercle intime. C’était comme une restructuration. Garder l’esprit occupé plutôt que de gérer la situation. J’ai voulu faire un court-métrage. J’y ai invité ma mère car c’est une actrice. J’ai choisi Jello Biafra pour être le personnage principal. Et nous avons commencé le tournage. Je vivais la situation de façon très personnelle et j’essayais de le cacher. Mais c’était difficile de le faire. Jello a été très gentleman car il avait déjà connu ce genre de situations. Par contre, j’ai aussi vu des personnes plus jeunes dans l’équipe qui se moquaient. Et j’ai pu ainsi voir où étaient mes vrais amis. Et c’est donc cela le sujet de l’album : être au milieu d’une tornade, essayer d’intégrer ces deux mondes : ce que tu fais pour vivre et l’art. Cet album est un processus d’acceptation. Il y a des choses hors de ton contrôle parce que nous avons tous des familles folles !

La première chanson de cet album est une chanson avec Jello Biafra d’ailleurs. Il y a aussi une chanson avec Alice Bag. C’est comme un hommage à la scène punk old school. C’est important pour toi d’être moderne mais aussi de rester proche de cette scène ?

Je comprends ce que tu veux dire mais je pense que c’est plus ce qu’on appelle un accident heureux. Jello fait partie de mes amis. Il a joué avec ma mère et d’ailleurs, nous devrions finir le court-métrage… Avec Alice, c’est venu naturellement. À l’origine, il n’y avait pas sa voix. C’était une des dernières chansons et j’avais le sentiment de faire du bon boulot avec mes interprétations. Et elle est arrivée dans ma vie au bon moment. J’ai été invitée à un évènement où elle parlait de sa vie et elle a été tellement gentille et prévenante. À partir de ce moment, nous sommes restés en contact. Je lui ai proposé de chanter sur l’album et elle a été géniale. Nous l’avons fait en une seule prise. Cela a donné un truc naturel comme une mère qui échange avec sa fille. Et nous avons joué sur ce registre. Une mère qui crie sur sa fille, une fille qui crie sur sa mère. C’était très introspectif. Et quand nous avons fini l’enregistrement, nous étions transpirantes, nous pleurions… Ça venait d’un endroit très dark …

Très intense…

Oui, tout le monde venait dans le studio et nous demandait si tout allait bien… Oui, tout va bien. Mon dieu ! C’était donc un accident heureux. Le timing parfait. Le bon endroit au bon moment pour tout le monde.

Vous avez plus de 10 ans de carrière et une vraie signature. Vous êtes très engagés dans le fait de dénoncer ce qui ne va pas dans le monde et chez les personnes qui nous entourent… C’est, pour moi, l’essence de votre musique… C’est comme si vous ne pouviez pas faire quelque chose qui n’est pas ce sens profond. Est-ce la première ambition dans votre musique ? Dénoncer ce que nous traversons tous dans la vie.

Sans aucun doute. Par exemple, Alejandra a perdu son père et Ricardo et Marcel ont perdus leur mère. Le deuil les a rassemblés. Et il y en a beaucoup et l’humanité est connecté par ces pertes. On a tous perdus quelqu’un. Même Hitler a perdu des personnes. Même Jésus a perdu des proches. Nous avons tous cette connexion. Et on se dit qu’il y a quelque chose de plus grand. Cela nous renvoie à cette peur qu’il y ait quelque chose d’incontrôlable. Cela nous permet d’être vrai, cette peur de la mort. De vouloir créer quelque chose. On veut laisser une trace et c’est un espoir qui nous sert de Xanax pour rendre la vie plus douce. Mais tous les jours et pas seulement dans la musique, regarder quelqu’un dans les yeux quand tu leur parles, à moins que tu sois vraiment timide. Être plus empathique et pas que dans la musique.

Vous venez en France début Avril et vous ne venez qu’à Paris, je suis française et je n’ai peut-être pas le bon regard vis-à-vis de cela mais il me semble que les groupes de rock tournent plus en Allemagne qu’en France, est-ce que tu penses que la scène française est différente ? Les Allemands sont plus ouverts ? Pourquoi juste une seule date chez nous mais plein de shows en Allemagne ?

C’est une très bonne question. Mais pour cette fois, nous avons une nouvel agent et il fait comme un test car c’est la première fois que nous tournons avec lui. Si tout se passe bien et qu’on fait pas n’importe quoi, nous devrions venir bien plus souvent en France. L’énergie est si latine. Ça me rappelle Mexico. Le public donne beaucoup. Il est passionné. Par exemple, quelqu’un a eu le nez cassé pendant un de nos concerts et il a réagi comme si il s’en foutait. (Rires)

Alors tout ce que je peux t’espérer c’est que la tournée soit folle !

Je l’espère aussi !

Butcherette

LA FOLLE VIE DE LE BUTCHERETTES

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