L’aventure Lindemann commence en l’an 2000, quand Rammstein est en Suède pour mixer l’album Mutter. Dans un bar, Till Lindemann, charismatique leader du groupe allemand, manque d’être pris à partie par un motard qui trouvait que le beau teuton regardait un peu trop son ex compagne. C’était sans compter sans l’intervention d’un gars du cru, Peter Tätgren, non moins charismatique leader de Pain et Hypocrisy. La suite de cette histoire se noie dans des litres de Jägermeister, de vomi, et de concours de celui qui tiendra le plus longtemps son bras au dessus d’une bougie allumée. Des bases saines donc, pour quinze ans plus tard arriver à Skills in Pills, premier album de duo diabolique à qui nous avons passé un petit coup de fil. [Entretien avec Till Lindemann (chant) et Peter Tätgren (musique) par Philippe Jawor]

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Nous ne reviendrons pas plus en détail sur l’histoire mouvementée de votre rencontre…

Till Lindemann : Je t’aime ! Nous n’en pouvons plus de raconter cette histoire (rire) !

…mais l’atmosphère de l’enregistrement était-elle aussi « chargée » que ce premier contact ?

Peter Tätgren : Bon, il est sûr qu’on a descendu quelques bières dans le processus, et qu’on se grattait parfois les couilles, mais on avait beaucoup travaillé en amont par téléphone ou par SMS pour préparer l’enregistrement, et on avait une idée très précise de la direction que l’on voulait prendre.

Till : C’est ça, on a préféré bosser avant et se gratter les couilles au studio.

Vous avez tout fait à distance, il n’y a pas eu de séances de travail en commun avant l’enregistrement ?

Peter : Avant de se rencontrer, il nous fallait avoir des chansons, du concret sur lequel travailler. De mon côté, je composais et lui envoyais ce que j’avais pour qu’il me dise si ça lui plaisait ou pas. De son côté, il enregistrait des textes dans son home studio et me les envoyait pour me donner des pistes, et des fois je recevais des trucs enregistrés par téléphone, dans sa salle de bain autour desquels j’ai construit de la musique. On a eu une méthode de travail un peu particulière.

Till : Quand j’ai rejoint Peter en Suède, je savais déjà exactement ce que j’allais chanter, et comment je voulais le chanter.

Peter : Tout ce qu’il y avait à faire, c’était structurer les morceaux. La majorité des accords découlaient naturellement de la mélodie du chant de Till.

Avez-vous fait appel à d’autres musiciens pour les séances de studio ?

Peter : Non, je joue de tous les instruments. C’est toujours plus simple de bosser à deux que de bosser à cinq ou six : il y a moins de chances d’être en désaccord, ça va plus vite.

Pourtant, le processus de composition a été plutôt long, si votre première rencontre date de  2000 ! 

Till : En même temps, personne ne nous pressait (rire). À l’origine on ne devait enregistrer qu’une chanson. Et puis une chose en amenant une autre, on s’est retrouvés avec ces dix titres.

Peter : Le vrai travail a commencé autour de septembre 2013, en fait, et n’était pas très intensif dès le début parce que j’étais en tournée avec Hypocrisy pendant un an et demi ; ça a été plutôt intermittent, de mon côté.

Le fait d’écrire en anglais ne t’as pas trop ralenti, Till ?

Till : C’est un nouveau champ qui s’est ouvert à moi : après six albums en allemand, ça me permet de me renouveler ; c’est très excitant.

Tu te renouvelles sans totalement te renouveler non plus : il y a beaucoup de thèmes, notamment sexuels, que tu abordes déjà avec Rammstein…

Peter : En fait, c’est surtout pour moi que Till a voulu chanter en anglais, que je le comprenne et que je sois inspiré par ses paroles.

Et maintenant que l’album est terminé, que se passe-t-il ? L’évolution quasi naturelle serait un live…

Peter : On y pense, évidemment. En fait, on a envie de continuer tant qu’on aura des idées ; on espère faire un deuxième album, si un jour on a assez de matière.

Till : Le live est un grand pas à franchir. Il faut que le public en ait envie aussi…

Mais vous avez déjà réfléchi à ce que pourrait donner ce projet sur scène ?

Till : Ouais, et il y aurait tout un tas de canons qui aspergeraient le public d’urine ! (rire)

OK, ça c’est pour « Golden Shower », mais il y a neuf autres titres !

Till : (rire) Le concept est tel qu’il peut s’appliquer aux autres chansons ! Plus sérieusement, on a quelques idées mais on n’en dit pas trop avant que ce ne soit concret, pour pas que d’autres s’en inspirent un peu trop.

Ce projet semble aussi grandement s’appuyer sur une imagerie forte : il y a quelques mois, une image était sortie, annoncée comme la pochette de l’album. Pourtant, c’est une image beaucoup plus sage qui sert de jaquette…

Peter : En fait, beaucoup de personne ont cru que cette image était la pochette de l’album quand elle est sortie, mais ils se sont trompés : c’était juste une illustration de la chanson « Fat ». Chaque chanson a sa propre illustration, dans le livret, pour avoir une vision à 360 degrés de ce projet. C’est Stefan Heilemann, un mec qui a déjà bossé sur quelques travaux de Pain qui l’a signée ; il est vraiment bon dans tout ce qui est post-production, et il n’a eu besoin que de quelques mots pour piger quelle ambiance on voulait.

Et individuellement, quel futur vous prédisez-vous ?

Peter : Pour être honnête, je suis tellement concentré sur le projet Lindemann que je n’y ai pas trop réfléchi, pour l’instant. Désormais, je veux juste profiter de l’été qui arrive : boire, manger, grossir et glander dans mon jardin

Till : Aux alentours de septembre, on doit se remettre au travail avec Rammstein, en attendant j’ai à peu près le même programme que Peter.

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Tu t’es vu quand t’as bu ?

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