Album du mois dans notre précédent numéro #62 de Metal Obs avec Burial Ground, nous avions hâte de retrouver nos Louds nationaux afin d’en savoir plus sur la conception de ce septième album sombre et inspiré. C’est en pleine tournée de préchauffe avec Benighted et à la veille de la sortie de leur nouveau chef-d’œuvre donc (probablement le meilleur album de la discographie de Loudblast !) que nous avons coincé nos sympathiques interlocuteurs dans leur tour-bus, le sourire aux lèvres, avant un concert à Bourges chaud bouillant…[Entretien avec Stéphane Buriez (guitare/chant) et Hervé Coquerel (batterie) par Seigneur Fred – Photo : DR]

LOUDBLAST

Tout d’abord, comment se passe cette tournée « Brutale Coalition » avec vos potes de Benighted ? (NDLR : interview réalisée le 8 mars 2014). Cela doit être chaud tous les soirs…? (rires)

Stéphane Buriez : Super ! On ne peut mieux… Non seulement tous les soirs il y a du monde aux concerts, mais en plus le plateau sur cette affiche fonctionne à merveille et humainement cela se passe super bien ! Les gars de Benighted sont vraiment des gens biens. On se croisait en concerts, en festivals, (NDLR : au Hellfest par exemple), etc., on correspondait à mort par e-mails et on avait déjà parlé de faire une tournée ensemble il y a plus d’un an, idée avec laquelle nous étions tous partants. Les deux groupes se complètent parfaitement, avec chacun une actu puisque nous sortons nos albums en ce début d’année. C’est un plateau fédérateur pour le public.

 

Vous voyez plus large et allez partir sur les routes à l’étranger avec eux éventuellement ?

S.B. : Non, pour l’instant on ne fait que démarrer et faisons une dizaine de dates en France ensemble. L’idée est envisageable mais au départ on avait pour projet uniquement une tournée française. On verra ensuite mais c’est clair que l’on va pousser les choses au maximum et essayer de tourner le plus possible. Nous allons avoir une tournée à la rentrée où l’on va essayer de se greffer en première partie, on va faire entre temps un max’ de festivals cet été. On ne fait que démarrer, l’album sortant seulement.

 

Alors peut-on parler réellement de tournée de préchauffe justement à la veille de la sortie de votre nouvel album Burial Ground ? Allez-vous tester ou avez-vous déjà testé de nouvelles chansons par exemple ?

S.B. : C’est une belle préchauffe alors ! (rire général)

Hervé Coquerel : Si on faisait des tournées à chaque fois comme celle-ci, ce serait génial ! (rires)

S.B. : Et oui, on joue trois titres du nouvel album. Cela permet de les tester un peu et de les faire découvrir au public en situation live. C’est toujours intéressant. On joue bien entendu les classiques comme « Cross The Threshold » ou « Flesh » sur lesquels on ne peut passer outre. Mais on partage le set avec Benighted et donc le temps équitablement. L’affiche c’est « Brutale Coalition », il n’y a donc pas de groupe traité comme une simple première partie. C’est un plateau de deux groupes et on essaie de jouer à peu près le même temps chacun chaque soir à cinq minutes près.

 

Un duo peut-être avec les gars de Benighted sur scène ?

S.B. : Oui, oui, on en parle. On n’est pas encore arrivé à trouver le titre ou la reprise que l’on pourrait faire ensemble ! (rires)

 

Venons-en au nouvel album à présent ! Il s’appelle Burial Ground. Pourquoi un tel titre et que signifie-t-il même si cela évoque deux choses selon moi : soit un clin d’œil à l’avant-dernier album du même nom des Death Metalleux suédois de Grave paru en 2010, ou bien c’est un jeu de mots envers tous ceux qui vous croyaient morts et enterrés il y a quelques années alors que vous allez bientôt fêter vos trente ans… ?!

S.B. : Oui, on va fêter en effet nos trente ans d’existence l’année prochaine ! (sourires) Et au contraire, on est on ne peut plus en forme ! Ceux qui nous voyaient déjà morts et enterrés, hé bien ils vont devoir attendre encore, il n’en déplaise, car on va les faire chier encore un bon bout de temps (rires). Mais plus sérieusement, ce nom est lié à l’atmosphère générale de l’album qui est très sombre. « Burial Ground » est apparu comme le titre le plus parlant au vu de ce qu’on délivrait comme musique pour ce nouvel album. Et il y a la pochette qui va avec, également très noire. (NDLR : Stéphane nous présente alors avec passion le nouvel artwork sur son iPad avec Hervé, ravi).

H. C. : Pour l’artwork de l’album, nous avons complètement changé d’artiste. On a beaucoup cogité pour cette pochette car l’album a beaucoup évolué et est devenu très sombre sur la fin.

S.B. : Pour la première fois avant la réalisation de l’album, on avait déjà une pochette car on avait eu un flash, puis au fur et à mesure, les choses évoluant, on est passé sur autre chose… Au moins, on ne ment pas sur la marchandise (rires). C’est très différent de ce que l’on a fait auparavant et on voulait véritablement changer, essayer quelque chose de nouveau. Nous n’avons donc pas retravaillé avec Bolek Budzyn.

H.C. : Disons que si l’on était resté sur notre idée première, le contenant n’aurait plus correspondu au contenu…

 

Quel bilan dressez-vous de Frozen Moments Between Life And Death qui était relativement mélancolique mais qui laissait cependant entrevoir un peu de lumière contrairement à Burial Ground… ?

S.B. : Très mélancolique même ! (rires) Frozen (…) fut un superbe album, le premier album avec notre nouveau line-up arrivé ces dernières années et avec lequel on a tourné. Ce fut donc une découverte avec eux en studio et on a tourné à mort ensemble depuis. On a donc appris à se connaître entre nous, et on s’est tous investi dans ce nouvel album, avec Alex Lenormand (basse) et Pierre Drakhian (guitare). On a tous apporté notre patte en bossant un peu de notre côté puis en se réunissait pour mettre en commun nos idées, ou par internet. Ce nouvel album, on l’a maquetté beaucoup plus de fois que notre précédent album Frozen (…). En août dernier, on était déjà en train de commencer à le maquetter, c’est pour te dire !

 

D’ailleurs vous répétez en Normandie dorénavant, j’ai appris cela ?!

S.B. : Oui, en Bretagne et en Normandie exactement. On a la chance de pouvoir s’isoler un peu dans une propriété normande là-bas, dans notre salle de répét’. On s’y retrouve tous, tranquilles, à la campagne, pour faire de grosses journées de boulot. Alex, lui est breton en fait mais on a été le chercher à Londres, et Drakhian est parisien.

 

Qu’ont-ils apporté sur ce nouvel album selon vous ?

S.B. : Ce fut différent pour chacun. Ils ont vraiment beaucoup apporté. On a vraiment travaillé et composé à quatre cette fois. Le line-up est le même depuis 2009 et on travaille donc véritablement en groupe, ce qui est assez rare en fait. Alex (basse) a beaucoup plus composé cette fois, par exemple.

H.C. : Justement, c’est là où l’on voit toute leur intelligence, c’est que sur le premier album, on a travaillé avec eux alors qu’ils étaient arrivés depuis peu de temps, et se sont bien intégrés. Et cette fois, on a véritablement travaillé tous les quatre. Ils se sont plus ouverts, on se connaît beaucoup mieux, et en fin de compte on travaille tous les uns avec les autres et pour les autres.

S.B. : Alex, par exemple, est un super guitariste. On l’avait d’ailleurs auditionné en tant que guitariste au départ (rires). Et il faisait aussi de la basse puisqu’il jouait dans Code, alors on s’est dit : « Tiens, il a l’air aussi couillon que nous, on va le garder ! » (rires)

 

Pour le mixage, vous avez décidé de ne pas retravailler avec Peter Tägtren pour ce nouveau disque, alors qu’il avait produit votre précédent album Frozen Moments Between Life And Death, et vous avez fait appel à Francis Caste (Svart Crown, Kickback, Lazy). Pourquoi ?

S.B. : Eh bien comme on le disait précédemment, nous avions envie de changer et d’essayer autre chose. A nos débuts et par la suite, on a bossé avec tous les plus gros producteurs de Métal du moment à l’étranger : Scott Burns, Colin Richardson, et dernièrement en effet Peter Tägtgren. Et on a dressé le constat suivant : pourquoi est-ce que l’on s’emmerde à aller courir à l’étranger ? On a un mec, un Français, qui est à côté de chez nous (Studios Sainte Marthe à Paris), et qui est disponible – enfin, qui s’est rendu disponible pour nous à ce moment-là (sourires). On a donc fait l’album avec lui.

 

Mais toi, Stéphane, tu es producteur et ingé son et possèdes le studio LB LAB, tu peux donc très bien produire toi-même et t’occuper de tout pour un album de Loudblast, non ? A moins que tu veuilles conserver un regard extérieur… ?

S.B. : Oui, j’ai besoin d’un œil extérieur, sinon il y a de quoi devenir dingue… ! J’ai déjà d’ailleurs produit un album de Loudblast entièrement : Planet Pandemonium. Je n’arrivais plus à m’arrêter car à la fin tu ne t’en sors pas, et tu retouches à tout, etc.

 

Sur le morceau « I Reach The Sun » (NDLR : track-listing alors non définitif au moment de l’interview), il y a comme un feeling très Celtic Frost, dernière période (Monotheist/2006), voire Triptykon… Qu’en penses-tu ?

S.B. : Ah oui… (sourires) C’est vrai… Tu sais, Hervé et moi, on est de grands fans de Celtic Frost et de leurs débuts avec Hellhammer, on ne peut pas le nier. Mais on est aussi fans de Death, bien entendu ! Donc forcément, on s’imprègne de ce que l’on a aimé ou de ce que l’on aime musicalement, c’est évident. Il faut être clair et honnête là-dessus. Tu n’es pas le seul à nous faire la remarque, mais ça n’a jamais été intentionnel de sonner comme du Celtic Frost. Ce sont nos influences, c’est dans nos gènes, et on les a tellement digérées celles-là que cela en devient inconscient, je crois. (rires)

 

Il y a un titre qui s’appelle mystérieusement « FDB » au milieu de l’album. Que signifie-t’il ? Je me méfie de ce genre d’initiales car je pense par exemple à Darkthrone et son « F.O.A.D. » qui veut dire : « Fuck Off And Die »… ! (rires)

S.B. : Cela signifie « From Dried Bones », et c’est un titre que l’on joue ce soir sur la « Brutale Coalition ». C’est un nouveau morceau assez différent musicalement, assez court. En fait, on l’avait initialement composé pour l’album Frozen Moments (…). Ce morceau était super et il fallait qu’on l’utilise en gardant ce riff. On l’a maquetté il y plus d’un an puis il a encore évolué. Et on a décidé de garder ce format assez court couplet/refrain, enfin c’est même pas vraiment couplet/refrain…

H.C. : Oui, et c’était même devenu un titre instrumental en fin de compte car on ne savait pas trop dans quelle direction on allait mais on voulait le garder. On l’a finalement mis au milieu du disque et il s’intègre parfaitement au sein de l’album. Il fonctionne bien en live là, donc ça passe bien.

 

Un mot enfin sur le titre final apparaissant en bonus : « The Bird » ?

H.C. : Ce morceau date d’il y a deux ans, avec un riff et un rythme plus Thrash…

S.B. : Oui, il s’est avéré différent de l’ambiance générale de l’album mais il y avait un sens à cela… En fait, on évoque la disparition d’une amie à nous, la musicienne LSK (Vorkreist, Antaeus, Secrets Of The Moon, Epic, etc.) qui est décédée l’an dernier (NDLR : LSK (R.I.P.) s’est suicidée le 23/10/2013). Elle avait d’ailleurs fait des paroles pour cet album, trois textes exactement. Ce morceau étant différent, on s’est dit qu’on allait le mettre en fin d’album.

 

Et le reste des paroles, qui en est l’auteur ? C’est toi Stéphane ?

S.B. : Alors il y a une chanson de Heimoth du groupe Seth. Pierre (Drakhian) en a également écrit un. Et le reste, c’est moi et une autre auteure…

 

Comment définiriez-vous Burial Ground par rapport aux autres albums et notamment par rapport à Frozen Moments (…) car même s’il s’inscrit dans sa continuité, notamment en terme d’ambiance, il y a des innovations… ?

S.B. : Je dirais que ce nouvel album est beaucoup plus sombre, tout d’abord. On pousse également un peu plus dans les extrêmes avec des titres très très Doom et mélancoliques, un peu comme sur Frozen (…) et en parallèle, il y a des morceaux sur lesquels ça blaste plus, avec plus de puissance. Et là où il pouvait parfois manquer le petit truc magique en plus, je pense qu’on le retrouve sur les morceaux de cet album… Et c’est bien la première fois que ça nous arrive, depuis peut-être Sublime Dementia (1993). Il n’y a pas un seul morceau à jeter ! Selon nous, c’est probablement le meilleur album depuis… Sublime Dementia ! Voire notre meilleur album, de très loin… (sourire)

 

Avec les années, a contrario, y a-t-il des albums que vous regrettez parfois d’avoir sorti dans votre discographie ? Il y a justement eu déjà des rééditions de votre catalogue chez XIII Bis Records… D’ailleurs quel est l’intérêt de rééditer vos albums à l’heure où les gens veulent de la nouveauté tout de suite, en MP3 ? C’est parce qu’on ne trouve plus vos vieux albums ?

S.B. : On va d’ailleurs tout ressortir avec Listenable Records avec cette fois-ci des vinyles et quelque chose de joli, travaillé, dans un beau coffret, etc.

H.C. : C’est vrai qu’on ne trouve plus nos anciens albums.

S.B. : Pour répondre véritablement à ta question, l’album qui a été le plus compliqué à sortir et sur lequel je ne suis pas satisfait du résultat est Planet Pandemonium que j’ai entièrement produit et qui fut difficile à réaliser pour moi, aussi bien musicalement qu’humainement. Je n’arrivais plus à en voir le bout. C’est peut-être l’album qu’on aurait pu éviter dans notre carrière.

 

Justement, je pensais à cet album. Mais il y a tout de même une énergie ?! Cela me faisait penser à du Gojira à l’époque…

S.B. : Oui, il y a des putains de morceaux sur cet album pourtant. On revenait après cinq ans d’absence…

H.C. : C’est vrai que depuis, on ne joue plus de morceaux de cet album en live… On jouait encore un peu « The Serpent’s Circle » puis on l’a zappé à force finalement. C’était compliqué de l’interpréter en live car les guitares sont accordées beaucoup plus bas.

 

Et Fragments par exemple ? Je le trouve d’une accessibilité et d’une fluidité incroyable mais au niveau du mixage, le travail de Colin Richardson manque un peu de puissance avec le temps selon moi. Qu’en pensez-vous ?

H.C. : Oui, il est propre, presque trop propre.

S.B. : J’aime bien cet album, il est propre, certes, mais il est très Heavy, le plus typé Heavy dans notre discographie. En même temps il est bien enrobé…

 

Oui, à l’image de sa pochette alléchante… (sourires)

S.B. : Voilà, exactement, dans un bel écrin. Tout cela est cohérent. Et c’est vrai que je ne l’avais pas écouté depuis un certain temps, et j’ai pris plaisir à le réentendre. On joue d’ailleurs encore plusieurs chansons de Fragments : « Flesh », « Taste Me », etc.

 

Des nouvelles de Colin Richardson justement ? Vous êtes toujours en contact avec lui ?

S.B. : Oui, on l’avait d’ailleurs contacté pour le nouvel album, mais il n’était pas disponible malheureusement…

 

D’ailleurs sur Fragments, je voulais savoir, mais il y avait vraiment une inspiration et un trip « SM » (NDLR : sadomasochisme) sur cet album, n’est-ce pas ? (rires)

S.B. : Oui, absolument ! Nous confirmons… (rires)

 

Dis-moi, Hervé, quelles sont les nouvelles d’Aeons, ton side-project Gothic Metal auquel tu avais participé pour le premier album il y une dizaine d’années, ainsi que Black Bomb A ?

H.C. : Eh bien pour le moment pas de nouvelles, mais il faudrait poser la question à Gilda, l’un de nos ingénieurs du son, puisqu’il est le principal compositeur et le chanteur d’Aeons ! Moi j’avais juste assuré la tournée pour le premier album Supergreen il y a douze ans. On n’avait pas énormément tourné mais ce ne fut que des bonnes dates. Aeons a sorti au total deux albums dont le dernier Ultraviolet en 2009. Quant à Black Bomb A, nous sommes actuellement en pause après avoir assuré une grosse tournée. Un nouvel album est prévu a priori pour cette fin d’année, à l’automne (octobre/novembre).

 

Et toi, Stéphane, comment fais-tu pour gérer ton agenda entre Loudblast, la récente reformation live de Clearcut, ton travail de présentateur de l’émission de Métal à la TV et sur internet, et enfin ton activité de producteur au studio LB Lab à Roncq (59) ?? Peut-on dire que tu es le Jamey Jasta français qui animait l’émission Headbangers Ball sur MTV 2, possédait son propre label et sa marque de vêtements, et avais plusieurs side-projects en plus de son groupe principal Hatebreed… ?

S.B. : Oui, c’est vrai que je fais pas mal d’activités… (rires). J’ai revendu mes parts du LB Lab il y a déjà quelques années mais je travaille toujours en tant que producteur en freelance, ce qui me permet de ne pas avoir à tout gérer. Et puis voilà, je travaille beaucoup, qu’est-ce que tu veux. C’est une période intense pour moi actuellement et je ne vais pas m’en plaindre. « Une Dose 2 Métal » cartonne, on a des audiences de dingue !

 

Ah oui ! Il faut dire que ça n’existait pas et ça manquait en France à la télévision ou sur le net !

Oui c’est sûr. Et maintenant s’ajoute Loudblast et ce nouvel album qui forcément occupe toute la place. C’est mon bébé en quelque sorte ! (rires)

 

Et Clearcut, un nouvel album peut-être dans le futur ?

Je ne sais pas. On s’est reformé pour un concert à Lille auquel nous avons tous pris beaucoup de plaisir, mais pour le moment je n’en sais rien. L’album de Clearcut a été mal compris à l’époque de sa sortie alors que c’était un putain d’album, mince ! C’était la pleine période néo-métal et le public faisait aussi trop de parallèles avec Loudblast. Mais cet album a toujours été à part pour moi.

 

LOUDBLAST « Burial Ground » (Listenable Rec.) : album du mois dans Metal Obs #62 (mars/avril 2014) et face à face avec TRIPTYKON dans le #63 (mai/juin/juillet/août 2014).