MARDUK
Here’s no peace (again) !

Une nouvelle fois Marduk remet le couvert en s’inspirant de la Seconde Guerre Mondiale, thème si cher à son fondateur et guitariste, le prolixe Morgan Steinmeyer Håkansson. Si l’EP Iron Dawn avait rappelé aux fans les heures sulfureuses de l’album culte Panzer Division Marduk du groupe suédois, l’album Frontschwein avait continué sur cette lancée démontrant tout le savoir-faire de Marduk quand il s’agit de faire parler la poudre tout en proposant une certaine maturité dans son Black Metal brutal d’obédience scandinave grâce à des structures de morceaux et nuances bienvenues. Et ce quatorzième album nommé Viktoriacourt mais intense, en est la preuve comme nous en parle avec passion Morgan, avec au passage quelques croustillantes révélations dignes de la légende suédoise qu’est Marduk

[Entretien avec Morgan Steinmeyer Håkansson (guitares) par Seigneur Fred / Photos : Jens Rydén]

 

MARDUK promo photo 2018#2

Tout d’abord, Marduk a effectué une intense tournée européenne, tel un blitzkrieg, avec une vingtaine de dates, dont seulement une française à Montbéliard (Doubs), juste avant la sortie de votre nouvel album Viktoria. Comment s’est passée cette série de concerts ? S’agissait-il en quelque sorte d’une tournée de préchauffe (warm up) pour tester Viktoria en live ?
Ouais, le truc était de faire une série de dates, vingt-cinq précisément, avant la sortie du nouvel album, comme un teaser pré-promotionnel en quelque sorte, afin d’annoncer Viktoria. On a peu joué en France sur cette tournée, en effet, mais il y aura davantage de shows quand on reviendra en France, c’est promis, à l’automne. Et ce concert à Montbéliard était bon, comme d’ailleurs lors de chacune de nos venues françaises… On a joué deux extraits seulement du nouvel album sur cette tournée, « Werwolf » et « Equestrian Bloodlust ». On ne voulait pas en jouer davantage avant la sortie, on avait décidé cela. Après, on en jouera quatre ou cinq sur la prochaine tournée.

Participez-vous à des festivals cet été ou bien c’était trop tard pour être bookés sur certains festivals européens notamment en France ou par chez vous en Suède étant donné la sortie d’album en juin cette année ?
Alors on en a déjà fait quelques-uns en juin, quatre ou cinq, comme le Graspop Festival (Belgique), etc. mais pas en France. On va participer cependant aussi au Brutal Assault en République Tchèque, mais pas de Sweden Rock par contre cette année, on y avait déjà joué plusieurs fois dans le passé.

Où a lieu d’ailleurs généralement le Sweden Rock ? C’est pas très loin de chez toi, non ? Vis-tu toujours à Norrköping, en Suède ?
Je vis à côté de Norrköping, à la campagne, juste après la sortie de la ville. Mais le festival Sweden Rock a lieu plus au sud encore, à Sölvesborg qui se trouve tout au sud de la Suède, à quelques heures de Norrköping.

Si on revient sur la discographie de Marduk ces dernières années, tu avais de nouveau abordé le thème de la guerre, et plus précisément celui de la Seconde Guerre Mondiale qui t’est si cher, lors de l’enregistrement du EP Iron Dawn en 2011, avant de revenir totalement sur ce thème si familier à Marduk sur l’album Frontschwein il y a trois ans en 2015. Est-ce une nouvelle trilogie ou un nouveau cycle pour Marduk comme ce fut le cas dans le passé avec les albums Nightwing qui faisait au thème du sang, Panzer Division Marduk à celui du feu et de la guerre, et La Grande Danse Macabre à propos de la mort ?
Tout ce que tu as dit est parfaitement exact sur ces disques et thèmes d’album. Cela faisait un petit moment que j’avais envie de revenir dessus et Marduk ne reste pas longtemps sans traiter de cela… (rires) Mais non, cette fois, il ne s’agit pas vraiment d’un cycle en référence à la guerre comme on avait pu le faire dans le passé avec Panzer Division Marduk dans le sens où il n’y a pas de trilogie avec à côté le Sang (cf. Nighwing) et la Mort (cf. La Grande Danse Macabre). Quand j’ai commencé à travailler sur ce qui allait devenir l’après-Frontschwein, j’avais tout un tas de choses en tête en fait, trois principalement : un aspect plus spirituel, un thème plus historique, concret, et un troisième qui serait la stricte continuité de Frontschwein, sur cette partie de la Seconde Guerre Mondiale (NDLR : 1944-1945 avec le débarquement allié, la bataille de la « Poche de Falaise », le recrutement intensif de jeunes recrues allemandes partout en Europe pour aller au front, etc.). Et une fois plus de matière en notre possession et de nouvelles compositions écrites et prêtes, on continuerait alors dans cette troisième voie pour sortir un nouvel album.

Donc aucune référence à Panzer Division Marduk sur Viktoria ? Vraiment ? Musicalement, c’est tout aussi intense et expéditif ?
Non, vraiment aucune, si ce n’est bien sûr le thème de la Seconde Guerre Mondiale. Ce n’est pas un nouveau cycle comme à l’époque de Panzer (…) mais cela reste très proche en effet du fait de ce même sujet de la guerre. Désolé. (rires)

Je sais que tu passionné d’Histoire et féru de tout ce qui tourne autour de la Seconde Guerre Mondiale (machines de guerre, etc.) et notamment de hauts faits d’armes historiques comme « Falaise: Cauldron of Blood » et les batailles d’Afrique avec « Afrika » que tu avais abordés sur le précédent album Frontschwein. Sur Viktoria, quels sont les nouveaux thèmes précisément évoqués cette fois ? J’ai l’impression qu’à l’image du nouvel artwork, il s’agit plus de la propagande allemande et des recrutements auprès de la jeunesse européenne durant la guerre ?
Plus ou moins, enfin, il s’agit de plusieurs thèmes combinés comme celui en effet de l’enrôlement plus ou moins volontaire dans les rangs allemands. En fait, il y a plusieurs angles d’approches selon les chansons, avec plusieurs visions et points de vue d’esprit dans ce contexte de guerre et durant l’occupation. 

Est-ce toi qui as écrit toutes les paroles ou ton chanteur Mortuus ? Et est-ce ce dernier qui a réalisé le nouvel artwok de Viktoria très froid et austère où l’on voit un visage allemand tiré d’une affiche de la propagande qui cherchait à enrôler de jeunes innocents pour les envoyer au front russe ou à l’ouest dans les territoires occupés afin de renforcer les différents fronts ?
J’ai écrit toutes les paroles avec Mortuus, oui. Et il a conçu en effet également la pochette du nouvel album, oui. Quant à l’enregistrement, il s’est effectué une nouvelle fois au studio de notre bassiste et ingénieur du son, Magnus « Devo » Andersson, au Endarker Studio. Tu sais, dans le groupe, on fait tout maison dorénavant depuis déjà quelques albums (rires). On a notre label Blooddawn Productions. On peut donc appeler ça du « Do it yourself » même si l’album sort chez Century Media.

Peut-on parler alors de concept album tout de même pour Viktoria ?
Non, il s’agit de thèmes, mais pas d’un concept comme tel dans son ensemble.

Pourquoi un « k » dans ce titre d’album « Viktoria » car en latin il n’y a pas de « k » à « victoria » mais un « c », et en anglais il n’y a pas de « k », ni en allemand car « victoire » se dit « sieg », et en suédois on dit « seger » ?
C’est une étrange combinaison de mots d’origines diverses et en même temps un mot très fort. Tout le monde me demande ça ! (rires) Et en vieux suédois, il y a longtemps on utilisait parfois le mot « viktoria » écrit ainsi. Mais en fait, tu sais, chaque nation où tu vas, dans son passé ou présent, veut gagner, cherche la victoire dans tous les domaines, mais au final cela fait partie de choses bien moins réjouissantes comme la guerre et donc la mort elle-même… 

MARDUK promo photo 2018#3

Peut-on voilà encore un éventuel lien avec le passé discographique de Marduk et l’album live Germania ?
Non, pas besoin de remonter si loin (rires) car il n’y a vraiment aucune connexion avec cet album de Marduk qui avait été enregistré live en Allemagne…

Et quelles ont donc été tes principales sources historiques cette fois pour écrire avec Mortuus les textes de Viktoria ?
Quand j’ai commencé à donc aborder cette suite de Frontschwein avec Viktoria sur cette partie de la Seconde Guerre Mondiale, j’avais environ cinq ou six cent livres que j’avais déjà lus mais au fur et à mesure j’ai restreint les choses avec quelques livres principalement et tout un tas de documentaires historiques mais en général je préfère lire que voir des vidéos. Au final, c’est plus la vision combinée de tout cela avec ces références qui a alimenté peu à peu mon esprit pour l’écriture des textes avec Mortuus

Tu sais, même si tu es passionné d’Histoire, beaucoup de gens pensent encore que tu prends parti pour l’Allemagne à travers tes paroles sur les albums de Marduk dont tu es le principal auteur avec des titres provocateurs comme Panzer Division MardukWarschauFrontschwein, etc. et ce nouvel album Viktoria n’échappe pas à la règle, or tu décris juste des faits de guerre avec des angles de vue différents, mais rien de plus au final, sans opinion politique ou quoique ce soit du genre, tu confirmes cela ? Et malheureusement, je n’ai pas encore lu les paroles de Viktoria 
Pfff Ils n’ont pas dû lire les paroles ! (rires agacés) Et c’est dommage que tu n’aies pas pu lire les nouveaux textes. Les gens, je pense, devraient prendre le temps de lire les paroles car c’est pas bien compliqué à comprendre…

Mais comprends-tu encore ces polémiques, car en plus tu as des origines germaniques du côté de ta mère..?
Cela n’a rien à voir, il y a tout un tas de gens qui ont des origines allemandes…  Pour moi, c’est juste une réflexion sur l’Histoire, mais c’est tout. Le truc est que dès l’on parle de la Seconde Guerre Mondiale et tout simplement d’Histoire., on nous taxe de nostalgiques alors qu’au final il ne s’agit rien de plus que de musique. Ces sujets fâchent encore, mais qu’importe ; l’Histoire m’a toujours fasciné depuis tout petit et demeure chez moi une passion forte qui m’offre des sujets intéressants à traiter avec ma musique, rien de plus, voilà tout.

Comme un réalisateur qui ferait un film ou un documentaire sur un sujet de la Seconde Guerre Mondiale
Tout à fait.

D’ailleurs as-tu vu le film Dunkerque du fantastique réalisateur Christopher Nolan (Inception, la trilogie Batman The Dark Knight, Interstellar…) relatant l’évacuation des Anglais et Français lors de l’opération Dynamo en mai-juin 1940 ?
Non, je ne l’ai pas vu, car je me méfie souvent des films hollywoodiens du genre car la plupart d’entre eux sont faux historiquement. Mais je vais tâcher de le voir.

En parlant de film hollywoodien, je vais te poser la même question qu’à Ihsahn (Emperor) et Demonaz (Immortal) à propos du film Lords of Chaos du Suédois Jonas Åkerlund (bassiste de Bathory en 1983) à paraître cette année et déjà présenté l’hiver dernier au festival de Sundance aux Etats-Unis. Es-tu intéressé par sa sortie ? Pour rappel, il s’agit de l’adaptation du livre sur les célèbres faits divers autour de la scène Black Metal norvégienne durant le début des années 90, période à laquelle émergea Marduk
Ok, en fait, je ne l’ai jamais lu parce que c’est quelque chose de totalement hypocrite de la part de ceux qui l’ont écrit et que je n’aimerais pas lire de moi. Tout ça, c’est pour faire du profit sur ce qui s’est plus ou moins passé. De plus, je ne pense pas que ça signifie grand-chose que Jonas Åkerlund ait joué dans Bathory au début des années 80 car il n’est resté que quelques semaines. Il ne fait que profiter de tout cela. Tout cela ne fait pas partie de mon monde. Et je n’irai sûrement pas le voir au cinéma…

Du coup, j’en profite au passage pour te demander si c’est vrai ou non que selon la légende, tu possèdes des reliques d’ossements du chanteur Dead de Mayhem que tu aurais reçu après sa mort (suicide) en 1991 envoyés par le guitariste Euronymous ?
Oui, c’est vrai. En 1991, Euronymous m’avait envoyé un petit fragment du crâne de Dead quelques semaines après sa mort. Je le conserve dans un endroit précieux, et parfois cela me donne de l’inspiration.

Ce n’est donc pas une légende ?
Non, c’est bel et bien vrai.

From left to right: Devo (bass), [top] Morgan (guitars), [bottom] Mortuus (vocals), Widigs (drums)

From left to right: Devo (bass), [top] Morgan (guitars), [bottom] Mortuus (vocals), Widigs (drums)

À présent, compares-tu d’une certaine manière ta passion pour la Seconde Guerre Mondiale à celle Lemmy Kilmister (R.I.P.) de Motörhead qui était également fan de la Seconde Guerre Mondiale et collectionnait les uniformes allemands, les décorations (croix de fer de la Wehrmacht, etc.) et même les armes et possédait un char d’assaut allemand ?
C’est marrant que tu me parles de lui. J’avais fait sa connaissance d’ailleurs dans le passé et avais eu la chance de le rencontrer quelques fois. C’était un homme vraiment intéressant et sympathique.

Il y a d’ailleurs une chanson « Tiger I » sur le nouvel album !
Oui, en fait, je n’avais pas fait de chanson sur la première version du tank Panzer Tigre qui fut vraiment une machine de guerre fascinante jamais construite. C’est donc fait à présent ! (rires)

Savais-tu que les moteurs proviennent du père des voitures Porsche ?
Oui, bien sûr, notamment ceux du Panzer Tigre II. Mais je ne roule pas encore pour autant en Porsche si ça peut te rassurer… (rires)

Quelques mots sur la chanson aussi « June 44 » ?
Il s’agit juste d’une réflexion sur l’épisode historique du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944 et de ses terribles combats, quelque temps avant la fameuse « Bataille de la poche de Falaise » dont on parlait tout à l’heure.

L’an prochain, ça fera tout de même vingt-ans que l’album Panzer Division Marduk est sorti, or à l’écoute de Viktoria, je ne peux m’empêcher de faire ce parallèle et penser à cet incroyable album… Il n’y a vraiment aucun clin d’œil ni parallèle entre Panzer (…) et Viktoria, Morgan ?
Non, pas vraiment. Je pense que les gens veulent faire le parallèle et font le parallèle à cause du thème de la Seconde Guerre Mondiale, mais c’est tout. Le contexte historique aide à cela, mais il s’agit d’un nouveau projet et périple différent sur Viktoria. Il n’y a pas grand-chose en commun musicalement.

Tu serais capable aujourd’hui d’enregistrer un nouvel album tel que Panzer Division Marduk ? Et jouer si rapidement et intensément sur scène même si Viktoria frappe fort, mais est tout de même plus nuancé que cet album culte ?
Oui, car je ne pense pas que ce soit un problème, donc aucun problème. 

Sinon Mortuus m’a surpris dans son chant parfois sur Viktoria, de par ses interjections à la Attila Csihar (Mayhem) par moment ou son chant légèrement plus mélodique comme sur « June 44 »…
Oui, c’est plus dynamique et organique comme album, un peu moins froid que par le passé, en effet. Il y a différentes approches et structures de morceaux sur ce nouvel album Viktoria comme je te le disais précédemment. C’est donc plus varié musicalement et vocalement cela s’y prête bien, mais de toute façon il sait tout faire Mortuus (rires)

Enfin, la dernière chanson « Silent Night » conclut les hostilités de fort belle manière, un peu à la manière d’ »Accuser/opposer » qui figurait sur l’album Rom 5 :12 avec A. A. Nemtheanga mais sans invité malheureusement…
Oui, un peu, peut-être, parce que c’est très heavy et sombre, mais peut-être qu’on refera ça sur un prochain disque…

Pourriez-vous à la rentrée cet automne ou cet hiver durant la tournée à venir interpréter entièrement Viktoria sur scène ? 
Oui, pourquoi pas, peut-être, mais ce n’est pas en projet pour l’heure…

Et pour finir, quelles sont les nouvelles de ton side-project Death Wolf ?
On vient de commencer de mixer le nouvel album. Je ne sais pas encore sur quel label ce nouvel album devrait sortir cependant, Blooddawn ou en licence avec Century Media de nouveau, je ne sais pas pour le moment.

Et qu’en est-il à propos du projet Abruptum dont tu es le seul et unique membre désormais ?
Ce n’est pas vraiment très actif, je te l’accorde… Mais il y a un projet de sortie d’un nouvel album plus tard, à suivre…