Tout est cyclique : les modes, la politique (un coup la droite au pouvoir, un coup la gauche), les guerres dans l’Histoire… Et les Suédois de Marduk n’échappent pas à la règle en revenant à ce qui a toujours passionné son leader et fondateur Morgan, la Seconde Guerre Mondiale ! Deux ans à peine après la sortie du mature Serpent Sermon entrecoupés par une courte tournée éclair fin 2013 en Europe où le groupe de Black Metal a joué en intégralité les albums Those Of The Unlight et surtout le cultissime Panzer Division Marduk, on dirait bien que ce dernier a justement auto-inspiré son guitariste sur ce treizième et nouvel album : Frontschwein. Alors Morgan, Panzer Division Marduk II : le retour ? [Entretien avec Morgan Steinmeyer Håkansson (guitares) – Par Seigneur Fred – Photo : DR]

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L’été dernier (2014), il fut annoncé sur internet que Marduk devait tourner en Amérique du Nord au côté de Septicflesh et Deicide à l’automne or vous avez démenti par un communiqué en disant que c’était faux. S’agissait-il d’une tromperie ou bien d’un malentendu ? Que s’est-il passé au juste car vos fans américains ont dû être déçus… ?

Oui, en fait on n’avait jamais annoncé cette tournée et il s’agit d’un malentendu entre les groupes, les managements des groupes et le tourneur. Ce dernier avait déjà annoncé notre participation avant même que l’on ait pu répondre car à cette période on avait besoin de temps, et on était en période d’enregistrement en studio pour notre nouvel album.

 

Connais-tu particulièrement ces groupes, Septicflesh et Deicide, et es-tu ami avec Glenn Benton par exemple avec qui tu pourrais te sentir proche idéologiquement ?

On a déjà tourné au moins trois fois ensemble avec Deicide, donc on se connaît bien oui. Par contre, je ne connais pas les gars de Septicflesh…

 

Peut-on toutefois espérer voir un tel package pour une prochaine tournée, peut-être en Europe cette fois ?

Peut-être, sait-on jamais ? (rires) On a déjà tourné pas mal ces dernières années pour Serpent Sermon, notre précédent album, et cette année à venir pour le nouvel album Fronschwein, donc on verra bien selon les offres.

 

L’année 2014 s’achève donc et ce fut une année plutôt studieuse et discrète pour Marduk, non ?

Non, pas vraiment. On voulait achever absolument la préparation et la composition de notre nouvel album afin de l’enregistrer à temps même si on travaille à la maison en quelque sorte au studio de Magnus, notre bassiste (NDLR : le Endarker Studio). On voulait donc revenir tranquillement chez nous afin de repartir en tournée cette année.

 

Mais vous avez tout de même participé au festival norvégien Blastfest à Bergen en 2014 ?

Oui, en effet, et aussi quelques autres festivals ici ou là… On a peu tourné car on travaillait sur ce nouvel album.

 

Pourtant tu avais déclaré il y a un an dans une interview à Metal Blast que « pour composer et écrire des chansons, il n’y avait pas besoin de s’isoler dans un endroit désertique pour avoir de l’inspiration, que tu trouvais ça ridicule, et que c’était bon pour les groupes amateurs ou bon public… » ?! (rires)

Absolument, mais quand tu dois rentrer en studio pour enregistrer, il faut bien que tu te poses pour enregistrer quelque part et pas en pleine nature ! (rires) On se réunit et on répète beaucoup, tu sais, jusqu’à obtenir tout le matériel nécessaire pour passer à l’enregistrement. On a beaucoup tourné avant, puis on a voulu se focaliser sur l’enregistrement pour sortir maintenant Fronschwein. Mais oui, je suis capable d’écrire et de composer n’importe où et n’importe quand, peu m’importe.

 

Fin 2013, Marduk a tourné brièvement avec Grave, Walkyrja, et ton autre groupe Death Wolf, pour célébrer les vingt ans de l’album Those Of The Unlight (1993) sur scène et vous avez également interprété en intégralité l’album culte Panzer Division Marduk (1999). J’ai l’impression que ce dernier t’a auto-inspiré pour Frontschwein, non ? (sourires)

C’était il y a un peu plus d’un an maintenant et nous avons d’ailleurs joué à Lyon en France, et il n’y aura pas d’autre concert comme celui-ci, tu as donc raté ça, Fred ! (rires) On voulait vraiment faire quelque chose de spécial et d’unique à travers cette petite tournée éclair européenne. Mais on bossait déjà sur le nouvel album et les thèmes, donc non pas vraiment. On parle souvent de guerre, certes, mais pour cette tournée, c’était plus un clin d’œil à ces deux albums dont Panzer Division Marduk, alors qu’on avait déjà commencé à écrire Frontschwein en fait. C’est venu naturellement en écrivant ces nouveaux morceaux autour de la guerre et de la Deuxième Guerre Mondiale.

 

Il y eu tout de même ce triptyque important dans votre discographie avec Nightwing en 1998 (dédié au sang), Panzer Division Marduk en 1999 (dédié au feu et la guerre), et La Grande Danse Macabre en 2001 (dédié à la mort). On peut donc faire une connexion entre Panzer (…) et ce nouveau disque Frontschwein dédié à la guerre, non ?

Oui, d’une certaine façon oui, on ne peut nier cela, mais pas musicalement du moins. Lyriquement oui, je suis d’accord car le thème de base reste le même.

 

Ce n’est pas pour autant un Panzer Division Marduk II, donc ? (rires)

Non, c’est un périple complètement différent à propos des soldats sur le terrain de la guerre avec plusieurs angles. Il y a des choses en commun avec ce grand moment de l’Histoire que fut la Seconde Guerre Mondiale, et Panzer Division (…) nous vient à l’esprit forcément, des images, mais c’est tout car le concept est un peu différent.

 

Beaucoup de fans de Panzer Division Marduk, tu sais, attendent un jour ou l’autre une suite à cet album ?

Oui, et le concept peut s’en rapprocher mais on ne veut pas toujours nous répéter à faire la même chose, tu sais.

 

Peux-tu revenir sur la signification du titre allemand de l’album Frontschwein ? Je sais que tu es d’origine allemande d’ailleurs par ta mère… C’est un clin d’œil à tes origines ?

C’est vrai mais désolé mais ça n’a rien à voir avec cela. Frontschwein signifie le « cochon en avant », c’est pour parler des chiens de guerre dans nos nouvelles chansons, de ces soldats que l’on envoie à la boucherie sur le front faire le sale boulot. Ils vont mourir innocemment et jeunes pour rien.

 

A propos des soldats allemands ou bien tous les soldats des différentes armées durant la 2ème Guerre Mondiale ?

Non, de tous les soldats sur le front, sans distinction, quels qu’ils soient. C’est valable pour tous. Et à travers ce titre, on leur rend hommage d’une certaine façon.

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Il y a cette seconde chanson « The Blond Beast » assez surprenante avec un rythme lent et assez binaire qui ralentit les choses dès le début de l’album… Pourquoi cette chanson lente à cet endroit ?

Oui, je sais mais on aime bien ce morceau plus lent et qui peut surprendre, en effet. C’est un riff différent mais ça marche bien et on sait dit que ça serait une bonne chose de mettre cette chanson en deuxième position. Il y a une ambiance générale assez sombre et mélancolique, ça change. C’est une bonne chanson plutôt inhabituelle qui est venue naturellement et ça fait réfléchir du coup, notamment à propos des paroles…

 

Que signifie justement ce titre « The Blond Beast » ? A quoi cela fait-il référence ?

C’est justement ça : il faut inciter les gens à lire les paroles et à réfléchir au sujet. Je conseille donc aux gens de lire les paroles qui seront fournies avec le disque et ils comprendront de quoi ça parle…

 

Une chanson intitulée « Afrika » figure dans cet album Frontschwein, et je présume que cela fait référence aux forces allemandes Afrika Korps de Rommel en Afrique… ?

Oui, tout à fait, cela englobe les troupes allemandes et leur QG dans tout le théâtre de guerre en Afrique du Nord durant la 2ème Guerre Mondiale. C’est une chanson sur laquelle j’ai apporté beaucoup d’éléments pour lesquels je me suis documenté et cela se rapporte donc aussi au célèbre « Renard du désert », alias Erwin Rommel…

 

Tu n’es pas sans savoir que pour Rommel, ça s’est pas très bien terminé et ce ne fut pas bien glorieux… (rires)

Oui, je le sais (NDLR : il fut contraint au suicide le 14 octobre 1944 alors en convalescence et soupçonné de complot après avoir été blessé par une attaque aérienne alliée en Normandie). Mais ceci est une autre histoire… ! (rires)

 

D’ailleurs, connais-tu Hail Of Bullets et as-tu écouté leur dernier album III The Rommel Chronicles paru en 2013 ? Je te le recommande chaudement même si musicalement ce n’est pas leur meilleur album…

Je connais de nom mais je n’ai jamais écouté ce groupe, mais merci !

 

Tu aimes le Death Metal aussi, non ?

Oui, et je suis fan de Martin Van Drunen d’ailleurs et de ce qu’il fait avec Asphyx.

 

Ensuite, étant français, il y a naturellement cette chanson «  Falaise : Cauldron Of Blood » qui m’a interpellé. Elle est donc dédiée à la fameuse bataille de la « Poche de Falaise » en France qui a duré plusieurs jours en août 1944. Pourquoi un tel choix car finalement elle n’a pas été si sanglante qu’elle aurait pu l’être… Des dizaines de milliers d’Allemands y ont échappé ou ont été fait prisonniers, et ce fut essentiellement matériel et logistique…

Oui, je me doute bien que cette chanson t’a interpellé (rires). J’ai lu plein de livres là-dessus et cela m’a beaucoup intéressé. Ce fut une grande bataille avec une histoire captivante où l’armée allemande a été prise en étau progressivement et beaucoup de soldats ont été tués par l’aviation et l’artillerie lourde. J’invite les lecteurs à lire les paroles dans l’album.

 

C’est vrai qu’Einsenhower avait déclaré à propos de la bataille de Falaise que ce fut une « des plus grandes tueries de la guerre »… As-tu suivi les commémorations du soixante-dixième anniversaire du Débarquement de Normandie l’an dernier ?

Non, mais j’ai lu encore une fois beaucoup d’articles et livres là-dessus. Je sais de quoi ça parle mais je n’ai pas suivi cela dans l’actualité plus que ça. J’avais envie de faire une chanson à ce sujet, voilà tout.

 

As-tu déjà visité au moins la Normandie, les plages et les musées dédiés, le mémorial de Caen cela ainsi que les bunkers, etc. ?

Oui, j’y suis allé deux fois déjà ! Quand je suis dans le coin, j’essaie de voir des choses là-bas.

 

C’est votre quatorzième album studio et vous l’avez de nouveau enregistré au studio de Magnus, votre bassiste ?

Correct, et oui on aime bien enregistrer au Endarker Studio, c’est parfait pour nous. On peut travailler à notre rythme, et cela peut être intense durant quelques jours puis on fait ce que l’on veut.

 

Penses-tu avoir trouvé la meilleure formule et les meilleures conditions pour les enregistrements de Marduk à ce jour ?

Oui, absolument. C’est la meilleure solution qui soit pour nous actuellement.

 

Tu ne veux pas tout de même bénéficier d’un œil extérieur pour te conseiller et ou t’aider (production, mixage…) ?

Non, nous savons ce que nous voulons et personne d’autre peut le faire à notre place. On l’a fait bien sûr par le passé, notamment avec Peter Tägtgren mais c’est comme ça qu’on préfère bosser et que ça marche à présent pour nous.

 

Penses-tu que Marduk a évolué ces dernières années et notamment depuis Panzer Division Marduk et est capable de proposer des chansons plus variées et matures ?

Je n’en sais rien à vrai dire si j’ai envie d’être mature ou non… On fait ce que l’on a envie de faire à un moment donné, j’écris sur ce qui me passionne. Depuis l’arrivée de Mortuus, les choses ont peut-être évolué, c’est vrai. Parfois on a besoin de faire passer des choses fortes et les titres sont rapides et directs, d’autres plus nuancés et mid-tempo ou lents, ça dépend de ce que l’on ressent. Je ne suis pas toujours dans le challenge d’être plus rapide…

 

Enfin, dernière chose, tu viens de sortir un nouvel album avec Death Wolf, ton autre groupe, très différent de Marduk. Quelques mots dessus s’il-te-plaît, Morgan ?

Oui, notre troisième album (mais cinquième avec Devil’s Whorehouse) est paru fin 2014 et s’appelle III : Östergötland. On enregistre quand on peut avec les gars . Et on va essayer de tourner cette année avec car on a tourné qu’une fois ensemble.

 

Au début, c’était plus un side-project de reprises de chansons en hommage à Danzig (Misfits/Samhain) mais cela a évolué vers quelque chose de bien plus sérieux… ?

Au début en effet c’était dans ce but, voilà pourquoi on a changé de nom passant de Devil’s Whorehouse à Death Wolf en 2011 avec notre album éponyme. On continue dans cet esprit mais vers quelque chose d’unique et de plus sombre.

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