Tel un monolithe, le Doom Metal mélodique de nos chers Français a su s’imposer avec le temps et un dur labeur parmi la masse de groupes du genre sur la scène européenne, et ce grâce à son univers futuriste personnel et et ses sonorités de plus en plus progressives à travers notamment de multiples passages instrumentaux. Victime de piraterie virtuelle plusieurs mois avant la sortie officielle de son huitième opus Okta Khora (peut-être un mal pour un bien finalement en termes de promotion officieuse sur internet grâce au buzz généré ?!), le groupe francilien demeure aujourd’hui malgré tout imperturbable, inébranlable, nous entraînant toujours plus loin vers des horizons fantastiques et passionnants emplis de science-fiction.
[Entretien avec Benoît Blin (guitare, chœurs) par Seigneur Fred – Illustrations et artwork :
Alexander Preuss – Photo : DR]

Je me suis toujours demandé si le nom du groupe Monolithe faisant référence au monolithe que découvrent sur Terre des primates, nos lointains ancêtres, dans le film culte de Stanley Kubrick : « 2001 : l’Odyssée de l’espace » (1968) ?
Le nom du groupe fait effectivement référence en partie à « 2001 ». Ce film et le livre également ont été une inspiration dans le développement des thèmes initiaux du projet. Mais le nom vient également du type de musique que l’on joue qui assez massif, mais également du format sous lequel on a sorti nos premiers albums, à savoir des morceaux uniques, de vérifiables monolithes sonores !

Quel est ton sentiment actuel à propos de la diffusion prématurée et illégale de votre nouvel album sur internet en novembre 2019, soit près de deux mois avant sa sortie officielle sur le label Les Acteurs de l’Ombre ? Peut-on finalement dire qu’il s’agit peut-être d’un mal pour un bien dans le sens où cela a permis de faire parler du groupe avant même la sortie officielle de l’album et créer une sorte de buzz favorisant la promotion d’Okta Khora ?
J’ai un sentiment partagé sur la question… Le groupe a commencé au moment du développement d’Internet en France et depuis toujours, nos albums se sont retrouvés en téléchargement. Ce point ne me pose pas vraiment de problème, ça fait partie du jeu. Je pense, peut-être naïvement, que quelqu’un qui écoute cet album de cette façon, le fait par curiosité et passe vite à autre chose, à moins, qu’il accroche vraiment dessus et ça nous fait gagner un fan qui va acheter le disque ou qui viendra nous voir en concert. Dans ce sens, ça peut être bénéfique pour le groupe. Dans le cas de notre nouvel album Okta Khora, le disque a même été mis en ligne près de trois mois avant sa sortie par – vraisemblablement- un journaliste qui, selon moi, trahit la cause pour laquelle il travaille. Il y a eu beaucoup d’énergie dépensée dans la réalisation de ce disque mais aussi dans le travail de promotion du label, dans la réalisation de clips, de vidéos… Tout ça perd de son sens quand l’attente suscitée est réduite à néant, surtout en proposant une version de mauvaise qualité sonore de l’album. Si une date de sortie a été définie entre le label et le groupe, c’est pour une bonne raison. Je ne pense donc pas que ce qui est arrivé est une bonne chose. Ça nous a effectivement permis de faire parler un peu de nous mais pas sûr que c’était vraiment nécessaire à ce prix-là.

Chronique album disponible ici

Pour un groupe de Doom Metal, vous êtes plutôt productifs car Okta Khora constitue tout de même déjà votre huitième album studio ! Comment expliquez-vous une telle longévité sur la scène Métal française et européenne, dix-huit ans après les débuts de Monolithe en 2001 ?
C’est assez simple en fait, on est toujours là car on a toujours quelque chose à dire. L’inspiration est toujours présente et elle nous permet d’écrire et de sortir de bons albums. On arrêtera avant de sortir un mauvais disque. De plus, on a toujours reçu de bons retours, surtout depuis qu’on a commencé à faire des concerts, donc, évidemment, ça pousse à continuer.

En 2018, votre précédent album Nebula Septem récolta de bonnes critiques dans l’ensemble. Quel bilan dressez-vous de ce dernier avec du recul maintenant ?
J’ai l’impression que de manière générale, chaque album de Monolithe a été plus apprécié que son prédécesseur et ça s’est bien ressenti avec la sortie du dernier album. Le travail différent avec un nouveau label n’y est sûrement pas pour rien car l’équipe de promotion des Acteurs de l’Ombre est assez performante. Le fait aussi de proposer des morceaux plus courts, peut-être plus accessibles nous a permis, je pense, de toucher plus de monde sans perdre ceux qui nous suivaient depuis quelques années déjà. C’est aussi l’album sur lequel on a poussé le plus le concept lié aux chiffres ce qui a pas mal suscité l’intérêt et engendré beaucoup de questions et de curiosité.

Peut-on dire tout de même que ce huitième album Okta Khora s’inscrit dans sa lignée de Nebula Septem d’une certaine manière, notamment lyriquement dans son concept futuriste de science-fiction ?
On sent effectivement bien que cet album est la suite logique de Nebula Septem : on reste sur des morceaux relativement courts pour nous… Les deux albums ont été produits dans quasiment les mêmes conditions donc les sons de manière générale, même s’ils ont leur propre identité d’un album à l’autre, ne sont pas très éloignés. Il y aussi un lien au niveau du concept. Les thèmes développés dans nos disques ont toujours tourné autour de la science-fiction, et on a cette fois-ci repris certaines idées de Nebula Septem pour les développer, en particulier celles des titres « Engineering The Rip » ou « Fathom The Deep » qui traitaient déjà de civilisations extra-terrestres jusqu’au-boutistes…

Quelle est la signification du titre de l’album Okta Khora » au juste ? D’où cela vient –il ? Et peut-on parler véritablement ici de concept album ?
« Okta Khora » est un néologisme qui vient du grec. « Okta » veut dire « huit » ou « huitième » ; et « Khora » est une sorte de chaos primordial. Pour Monolighe, le « khora » est l’univers avant le Big Bang, une sorte d’univers vide… L’histoire traite d’une civilisation extra-terrestre, surnommée les « Eighters », dont la religion extrémiste et messianique proclame qu’ils sont destinés à annihiler toute chose dans l’univers dans le but d’atteindre l’« Okta Khora », qui est une sorte de « reboot » de l’univers, dans le but de le purifier. Ils sont également persuadés qu’ils mènent leur huitième croisade, et qu’ils ont par conséquent déjà rebooté l’univers à sept reprises auparavant. Leur civilisation et leur technologie a évolué avec le temps autour de cette obsession unique. Arrive un moment où d’autres civilisations se rendent compte de la menace que les « Eighthers » représente mais ils réagissent trop tard et finissent par subir une colossale débâcle militaire, ce qui condamne fatalement l’univers, laissé sans défense face aux fondamentalistes de l’Okta Khora, à la mort… Vu que tous les titres sont liés à ce thème, je pense que l’on peut parler de concept album, oui, ici. mais cela a d’ailleurs toujours été le cas avec Monolithe. Les titres ont toujours été liés les uns aux autres. En fait, Une simple succession de chansons sur un album ne nous intéresse pas.

Comment avez-vous abordé ce huitième album ? Tout était déjà clair dans votre esprit et quasiment écrit après Nebula Septem ? Vous travaillez collectivement étant donné que vous êtes tout de même sept membres dans le groupe, ou bien chacun amenant sa pierre à l’édifice ou plutôt au Monolithe ? (sourires)
Vu qu’on aime bien jouer avec les chiffres, on savait déjà que le sujet allait tourner autour du « 8 », que ce soit dans sa signification ou dans sa forme. On voulait également pousser plus loin certains thèmes développés dans le dernier album comme je l’évoquais précédemment parce qu’on y voyait un gros potentiel. L’écriture, pour raconter une histoire autour de cela, est allée assez vite ensuite et l’album était déjà composé, du moins en partie, avant même la sortie de Nebula Septem. On a ensuite pris le temps de travailler les arrangements, les solos de guitare, les paroles et enfin de l’enregistrer dans les meilleures conditions possibles et surtout avec des invités de choix. La musique et les thèmes sont développés par Sylvain, notre guitariste à l’origine de la formation du groupe. Il y a déjà eu quelques collaborations avec certains membres et il y a en aura peut-être d’autres dans le futur mais c’est surtout lui qui est aux commandes, ce qui me va très bien pour ma part car j’ai totalement confiance en ce qu’il fait et ça me permet de travailler sur des projets différents à côté.

Musicalement, les morceaux d’Okta Khora sont parfois quasiment instrumentaux, le ou les chants occupant presque une seconde place dans les compositions et ce, durant toute la progression de l’écoute de l’album. Seriez-vous capable de composer une musique de films de science-fiction ou autre si on vous le demandez un jour ? Y’a-t-il des projets dans ce sens, un peu comme un autre groupe français Hypno5e, très avant-gardiste, qui l’a déjà fait à sa manière ?
Je ne crois pas que le chant occupe une seconde place. Je le considère justement comme un instrument à part entière et je le mets au même niveau que le reste. Il est présent quand c’est nécessaire et sait s’effacer si besoin. On est un groupe de Métal, donc la guitare est très présente, bien plus que le chant mais celui-ci est tout aussi important. On n’a pas de projet d’écriture de musique de film mais je pense qu’on serait tout à fait capable de sortir de bonnes choses pour illustrer un projet de film ou autre. On a déjà montré qu’on sait évoluer dans différents domaines. Avec les deux EP Interludes notamment, on a pu voir qu’on pouvait produire des choses un peu moins accessibles. On s’astreint à suivre certaines contraintes de composition quand on écrit, principalement en termes de durée des morceaux, donc on pourrait travailler avec une ligne directrice qui n’est pas la nôtre tant que ce qu’on nous demande reste du Monolithe bien sûr. (sourires)

Sur certains titres (« Ignite The Heavens (part. 1) », « Part. 2 »), on peut entendre du saxophone ainsi que diverses orchestrations… Le saxophone est plutôt rare dans le Métal (excepté Shining (les Norvégiens), et l’artiste également norvétgien Ihsahn (ex-Emperor)). Comment vous est venue l’idée d’intégrer cet instrument dans votre musique Doom Métal et quel est l’effet recherché précisément car ce ne doit pas être si évident que ça à intégrer dans vos compositions Métal même si on lorgne beaucoup vers le progressif finalement ici ?
Depuis toujours, on aime incorporer des éléments qui ne sont pas forcément habituels dans le Métal, on a déjà utilisé de l’accordéon, par exemple. Dans ce morceau central, on arrive à la fameuse guerre spatiale pendant laquelle les cieux s’enflamment. On a fait le choix d’y utiliser du saxophone pour accentuer le côté explosif et déstructuré relatif au thème du morceau. Et puis on a aussi une grosse influence venant du Rock progressif en effet, et le saxophone y tient une certaine place. C’est d’ailleurs sur cet album qu’on a le plus d’invités, en plus du saxophone, on a des joueurs de flûte, du violoncelle, de la contrebasse, que des instruments utilisés de manière assez peu commune en fin de compte.

Ecoutez-vous autre chose que du Métal au sein de Monolithe car on a l’impression parfois que la musique contemporaine électronique vous attire ainsi peut-être que le progressif comme nous l’évoquions, mais aussi le Métal Industriel pour son côté froid et hypnotique ?
Dans le groupe, on écoute vraiment des choses très variées, du Rock, du Space Rock, des musiques de films, du Trip-Hop… mais ce qui peut se ressentir le plus, c’est le Rock progressif 70’s comme je le mentionnais plus haut, et effectivement la musique électronique actuelle, la Darkwave, Synthwave. Cela se resent notamment sur le morceau « Gravity Flood » qui figurait sur le précédent disque Nebula Septem.

Pour vos concerts à venir, prévoyez-vous de jouer live d’une traite l’intégralité de ce huitième album Okta Khora ? Si oui, cela requiert beaucoup de travail je présume, et beaucoup de concentration ? Comment envisagez-vous vos prochains concerts ?
Il n’est pas prévu de jouer l’album en entier. Ce n’est pas forcément la quantité de travail qui rentre en ligne de compte mais plutôt le fait qu’on a fait d’autres disques et qu’on aime toujours les jouer. On n’est pas sur des sets de deux heures qui nous permettraient de couper la performance en deux parties mais peut-être qu’on pourra le faire un jour… Pour le moment, on va se concentrer sur les nouveaux morceaux qui contiennent du chant. Sur la scène, quand c’est possible, on utilise des projections vidéo derrière nous. On a donc travaillé avec Alexander Preuss, qui est l’illustrateur de cet album, pour qu’il nous prépare des séquences afin de présenter nos nouveaux titres live. C’est très prometteur et ça ajoute vraiment quelque chose à l’ambiance futuriste qu’on veut donner sur scène.

Enfin, quels sont les projets pour Monolithe en 2020 à présent ? Préparez-vous une tournée européenne voire américaine en fonction des premiers retours si éventuelle distribution outre-Atlantique ? Peut-on espérer vous voir dans les festivals d’été comme il y a quelques années au Motocultor par exemple ?
En premier lieu, on prépare la sortie physique d’Okta Khora car même si on a déjà diffusé la version numérique, la sortie officielle restait fixée au 31 janvier 2020. J’ai reçu il y a quelques semaines le CD digipak qui est magnifique et je suis très impatient de voir la version vinyle. Niveau concert, rien n’est annoncé encore mais on espère pouvoir jouer dans des endroits cool. Pas de tournée américaine de prévue pour le moment mais c’est une idée qu’on garde en tête…

=> Chronique de l’album Okta Khora de MONOLITHE disponible ici.

MONOLITHE
Une huitième merveille très convoitée…

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