Lorsque des influences Folk se marient avec un Black Metal cru, c’est la rencontre explosive du yin et d yang qui donne naissance à un Pagan Metal sauvage. Après cinq ans de silence, Ville Sorvali, le frontman – qui ne voulait pas l’être – de Moonsorrow lève le voile.

[Entretien avec Ville Sorvali (basse, chant) par Forie-Anne Baugé – Photo : Tuomas « Ritual » Tahvanainen]

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Jumalten Aika, un neuvième album qui s’est fait désirer…
On a commencé à bosser dessus en 2012 mais à un moment donné on s’est rendus compte qu’on était partis dans la mauvaise direction… donc il fallait tout recommencer ! Comme ensuite on était en tournée, on n’a pu s’y remettre qu’en 2014. Une fois qu’on a trouvé la bonne voie, on a décidé de ne pas faire un gros album comme le dernier. On voulait faire des morceaux que l’on puisse sortir de l’album, sortir du contexte et les comprendre et les apprécier quand même. On est tous très satisfaits du résultat. Ça nous a pris beaucoup trop de temps bien sûr pour achever l’album mais aujourd’hui, alors que j’en fais la promo, c’est facile car je suis totalement en phase avec. Si je te dis qu’il est génial je n’ai pas besoin de te mentir (rires). Henri (Sorvali, guitare, claviers, voix, ndlr) a dit que le dernier album pouvait être comparé à un ours, alors que celui-ci est plus une meute de loups qui t’encerclent, prêts à te mordre au moment où tu t’y attendras le moins. Je trouve que c’est une bonne métaphore, Henri est bien plus poète qu’il ne le pense (rires).

Plus d’éléments folks que d’habitude…
Assurément ! La musique folklorique a toujours fait partie de Moonsorrow, même si ce n’est peut-être pas évident sur les deux derniers albums. On a voulu faire un petit retour en arrière et les réincorporer, mais cette fois, avec une approche légèrement différente. On voulait faire une musique folk qui sonne ancienne et extrêmement primitive. Je ne saurais pas décrire l’album : il a tellement d’aspect différents… On n’a pas fait un album aussi varié depuis longtemps ; depuis le premier album en fait. Notre point de départ musical a été de créer quelque chose de rugissant, plein d’énergie et de dynamiques, bien plus catchy que le précédent. On a été très inspirés par le Black Metal norvégien des 90’s et je crois que ça se ressent pas mal. Je me souviens d’une discussion avec le groupe dans les coulisses d’un festival à propos du nouvel album que l’on allait écrire. On s’est dit qu’on allait faire du folk Metal de l’époque où il n’existait pas encore. Beaucoup de groupes de Black Metal norvégiens, par exemple, s’en sont approchés si près qu’on aurait pu les étiqueter Folk Metal. Ils avaient des éléments de musique folk et leurs textes tournaient autour des mythes et légendes. C’étaient toujours des groupes de Black Metal mais ils avaient ouvert la voie. On ne voulait pas recréer ça mais simplement nous rappeler ainsi qu’à tous que le Folk Metal ça ne se réduit pas aux trucs qu’on entend aujourd’hui : des groupes qui jouent des mélodies loufoques en dansant sur scène.

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Justement, vous allez partager l’affiche en tournée avec vos compatriotes de Korpiklaani. Peut-on dire que vos deux groupes représentent ces deux aspects du Metal Folk ?
Exactement ! On est comme les deux faces d’une même pièce. On dit souvent de nous-mêmes qu’on est le côté obscure du Folk Metal, bien sûr les Korpiklaani sont le côté lumineux (rires).

Et pour les textes, qu’est-ce qui vous a inspirés ?
On a voulu construire tout l’album autour des anciens mythes, mais sans simplement raconter une fois de plus ces légendes. On s’en est inspiré comme trame de fond et on a créé de nouvelles histoires. On les a détournés, on a réinterprété ce que pouvaient penser les gens à l’époque où ces mythes ont été écrits. Le thème général du premier titre qui se traduit par « The Age of Gods », démarre au temps où les gens ont construit des croyances pour expliquer le monde qui les entourait, la Nature, d’où venait la pluie… Et parce qu’ils n’avaient pas de connaissances scientifiques ils ont créé les dieux, ceux dont parlent les légendes. Dans le dernier titre, « The Age of Man », l’Homme a tout oublié de ces dieux, car l’humanité n’en a plus besoin. Ils croient maintenant en l’argent et la guerre. C’est le monde dans lequel nous vivons.

Il parait que le livret contient des photos morbides…
Ouais ! Je ne dirais pas à quoi elles ressemblent pour préserver la surprise lorsque l’album sortira, mais on a voulu faire des photos qui changent un peu, assez inconfortables, pas seulement à regarder, mais aussi à faire quand c’est toi qui est photographié ! (rires)

Comment en es-tu venu à être bassiste et chanteur leader ?
Je me suis simplement retrouvé dans cette position par hasard. Quand on a démarré Moonsorrow, il n’y avait qu’Henri et moi. On a enregistré la première démo avec une boîte à rythme et Henri a joué tous les instruments. Je n’ai fait que le chant. On a fait pareil pour les démos suivantes. Et puis un jour Henri m’a dit « Tu vas jouer la basse sur celle-là ». C’était en 98 et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à apprendre la basse. Clairement, je ne suis pas qualifié, et je ne suis devenu le frontman du groupe que parce que j’étais le chanteur et que c’est usuellement le chanteur qui est le frontman quand tu joues live. Je n’ai rien demandé, c’est arrivé, c’est tout. J’ai appris à aimer ça ! (rires) Je n’ai jamais tellement aimé être le centre de l’attention mais je comprends que la majorité du public concentre son attention sur le frontman. Je peux l’accepter mais je ne suis assurément pas quelqu’un qui est né pour être une rock-star, ni quelqu’un qui s’est toujours dit « je vais jouer sur scène et conquérir le cœur des foules ». Je voulais juste faire partie d’un groupe et jouer de la musique.

Moonsorrow
En clair-obscur

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