On n’y croyait plus. Le Motoc’, l’un des fleurons des festivals metal français depuis dix ans, s’apprêtait à mettre la clé sous la porte, étranglé par des dettes contractées à ses débuts. Las, c’était mal connaître les équipes du festival, qui a su se relever grâce au crowdfunding, et qui compte bien continuer à avancer… [Entretien avec Yann Le Baraillec par Philippe Jawor – philippe@metalobs.com]

Motoc

Cette année, le Motocultor fête ses dix ans. C’est un cap particulier, pour toi ? Quel bilan en tires-tu jusqu’à maintenant ?
On ne s’en rend pas trop compte pour l’instant parce qu’on est un peu dans le jus, on ne s’est pas encore trop posé la question de savoir si on allait faire quelque chose de particulier, mais c’est vrai que c’est assez incroyable que le festival ait tenu jusque là ; dix ans, c’est symbolique ! Il y a encore beaucoup de choses sur lesquelles on pêche, il y a encore des marges de progression, comme sur la restauration du public, mais on fait des efforts d’année en année, on connaît les pôles sur lesquels on doit s’améliorer. Je pense que l’année dernière, avec l’apport des chapiteaux, les gens ont vu que l’on faisait notre maximum pour améliorer le confort du festival… et on va essayer de faire encore mieux l’année prochaine !

L’édition 2010, c’est une édition charnière…
Quand nous sommes passés en plein air, en 2010, on a pris une réelle dimension de festival, d’envergure nationale. Mais c’est aussi un boulet que l’on traîne depuis, avec l’incertitude de savoir si on va pouvoir faire une édition l’année suivante. Depuis deux ans, ça devient assez usant, mais c’était bien pire entre 2010 et 2014. L’horizon se dégage un peu : avant, on se disait qu’on pouvait disparaître d’une année sur l’autre, là le crowdfunding montre qu’il y a un fort soutien du public. Les gens sont de plus en plus présent, et ça c’est incroyable : ça nous donne la force de continuer, ça crée un élan positif pour pouvoir aller vers la pérennisation du festival, qui passe aussi par des partenariats solides et des financements, publics et privés, pour que l’on puisse être à l’équilibre, et investir pour réduire les coûts ensuite. On se donne encore deux ans, après on verra.

Quelles sont selon toi les solutions à mettre en place pour tendre vers cela ?
Déjà il y a une chose que l’on veut absolument réussir à mettre en place ce qu’on n’a pas réussi à faire sur les précédentes éditions, c’est un retroplanning qui me permettrait, dès la finalisation de la programmation 2017, de m’attaquer à la l’édition 2018, pour annoncer des groupes en avance, ce qui nous permettrait également de communiquer en avance sur le festival. L’idée, c’est aussi de s’associer à d’autres promoteurs, d’autres festivals comme le Summerbreeze, le Party San ou le Brutal Assault pour démarcher des groupes ensemble plutôt que chacun de notre côté. Ceux-là confirment déjà plein de groupes en novembre, donc si on démarche en même temps qu’eux voire même avec eux, ça permettrait de prendre de l’avance du côté de la programmation… si on arrive à faire suivre la trésorerie, il y a ce facteur-là à gérer également.

Le succès du crowdfunding est-il justement un levier supplémentaire pour démarcher de nouveaux partenaires financiers ?
Je pense, oui. Déjà, il y a des entreprises qui ont fait des dons, donc c’est un un contact que l’on va faire en sorte de garder, et pourquoi pas d’une année sur l’autre. Il n’y a pas de petit ou de gros partenaire, c’est l’ensemble des partenaires qui va faire en sorte que le festival soit viable. De plus, le crowdfunding donne une très belle image : ça montre qu’il y a du monde derrière, qu’il y a des gens de toute la France qui soutiennent le festival, donc c’est quelque chose qu’on met aussi en avant face aux pouvoirs publics, c’est quelque chose de très positif. Ça a aussi permis de ne pas faire de pause, qui aurait pu être utile pour se relancer correctement en 2018, mais ce n’est pas sûr que les collectivités nous auraient suivis alors, ce qui aurait pu nous être fatal aussi.