NIDINGR
« Ce n’est pas du Black Metal »

Bien avant d’intégrer les légions infernales de Mayhem, le guitariste norvégien Teloch fonda au début des années 90 son propre projet solo, du côté de Borre, au sud d’Oslo, d’abord sous le nom d’Audr, avant d’évoluer en véritable groupe sous le patronyme de Nidingr (« scélérat, proscrit » en norvégien). Trop vite étiqueté Black Metal malgré lui, Nidingr propose un Metal hybride et extrême rafraîchissant. Entre deux tournées et albums avec Mayhem (Esoteric Warfare en 2014), Teloch continue donc d’œuvrer pour lui-même avec quelques proches, et a publié en ce début d’année un quatrième album particulièrement réussi : The High Heat Licks Against Heaven, dont le superbe artwork a été une nouvelle fois réalisé par l’artiste français Valnoir.

[Entretien avec Morten Bergeton Iversen alias « Teloch » (guitares) par Seigneur Fred]

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Je me suis toujours demandé d’où venait le nom du groupe, et ce que signifiait « Nidingr » en norvégien…
C’est une personne effrontée, au ban de la société, qui fait des choses terribles ; un homme sans aucun honneur.

Pourquoi Hellhammer (batterie) a-t-il quitté Nidingr en 2012 ? Était-il trop occupé entre Mayhem (où vous jouez tous les deux), Arcturus, The Kovenant et tous ses side projects ?
Exactement. Il avait trop à faire avec ces autres groupes pour s’impliquer en plus dans Nidingr ; nous nous sommes donc mis en quête d’un nouveau batteur…

…qui est donc Øyvind Myrvoll aujourd’hui. Son style est un peu plus Rock’n Roll, groovy, et moins technique que celui de Hellhammer ; penses-tu qu’il a permis d’apporter un nouveau groove au son de Nidingr ?
C’est le type de batteur qui évolue sans cesse, qui essaie tout le temps de nouvelles techniques. Est-il moins technique que Hellhammer ? Peut-être, mais je ne connais quand même pas beaucoup d’autres batteur qui atteignent son niveau.

À l’origine, Nidingr était un projet musical solo. Comment expliques-tu qu’il soit devenu un groupe à part entière alors que tu aurais très bien pu rester en solo à l’image d’un Burzum, Morgul, etc..?
C’est marrant, parce que je repensais récemment à la première démo que j’ai enregistrée en solo : je n’ai aucun souvenir de comment elle sonnait, et d’ailleurs je pense que la bande a tout simplement été perdue. Je n’avais pas fait de copies non plus, ou peut-être une ou deux… Enfin bref : je ne peux vraiment pas dire comment j’aurais sonné si j’avais continuer ce projet en solo. Si je me souviens bien, quelques titres de notre Rehearsal 96 pourraient bien être extraits de cette première démo faite en 1992, mais qui sait, maintenant ?
Selon toi, tes récentes collaborations avec Mayhem, en studio et sur scène, ont-elles eu un impact sur ta manière de composer ?
Je ne pense pas. Écoute notre dernier album et compare le à Esoteric Warfare de Mayhem : je pense que j’ai une vibe différente selon que je compose pour Nidingr ou Mayhem. Évidemment, comme je suis impliqué dans les deux groupes, il y aura toujours quelques similarités.
Quelles sont selon toi les principales différences entre Greatest Of Deceivers et ce nouvel album ?


Il est plus simple, plus direct, je pense. Plus complet, aussi. Quand je réécoute GOD aujourd’hui, j’ai l’impression que ça part un peu dans tous les sens… mais ça reste un très bon album.

Le dernier titre de ce nouvel album, « Naglfar is Loosed », compte la participation d’Amalie Bruun, avec qui tu joues au sein de Myrkur. J’imagine que c’était facile d’enregistrer avec elle ?
Je l’ai aidée en studio au moment de l’enregistrement de son premier album, M. Je faisais les guitares et la basse. J’ai bien aimé travailler avec elle, et quand j’ai écrit « Naglfar is loosed » j’entendais sa voix sur le riff ; je lui ai naturellement demandé de chanter dessus.
Sur ce nouvel album, on retrouve également Garm (Ulver) et Destructhor (Myrkskog, ex-Zyklon…). Pourquoi avoir fait appel à eux ? Quelles nouvelles de Destructhor, qui a quitté Morbid Angel en 2015 ?
Garm est un vieil ami : nous l’avons invité sur nos trois derniers albums, je trouve que sa voix correspond bien à ce que nous faisons. Destructhor a désormais rejoint les rangs de Nidingr, à la guitare ; il nous accompagne sur scène, simplement parce que nous l’avons recruté trop tard pour qu’il enregistre l’album avec nous.

Quelques mots à propos de l’artwork de l’artiste français Jean-Emmanuel « Valnoir » Simoulin ?
Valnoir s’est occupé de nos trois dernières pochettes. Il fait partie de l’équipe, et il s’occupera des prochains albums aussi. Ce que l’on fait, c’est qu’on lui donne la musique, les paroles, afin qu’il s’en inspire pour l’artwork.

Nidingr amène un nouveau souffle au Black Metal scandinave, à la manière du dernier album de Satyricon, par exemple…
On ne s’est jamais considérés comme un groupe de black metal, c’est une étiquette que nous ont collés les journalistes et les label. Il suffit d’écouter un de nos album pour entendre instantanément que ce n’est pas du black metal, pas du tout. On fait quelque chose d’autre, un mix de plein de genres différents.
Comment vois-tu le futur du Black Metal ?


Je ne suis pas cette scène, donc je ne peux pas répondre à cette question. Je m’en tiens à ce que je fais : je ne traîne pas avec ceux qui viennent de cette scène, ni même n’écoute ce qui en sort.