La joie, la tristesse, l’amour, la solitude, le désespoir, voici des sentiments que l’on connaît et traverse tous un jour ou l’autre dans sa vie… C’est aussi le thème qui a inspiré le groupe britannique de Post Hardcore/Metal October File pour son quatrième album studio au titre incroyablement long (The Application of Loneliness, Ignorance, Misery, Love and Despair – An Introspective of the Human Condition). Alors que leur précédent opus Our Souls To You et les concerts qui le suivirent raisonnent encore dans nos cages à miel (cf. Hellfest 2012), ce quatuor d’à peine dix ans d’existence, pistonné et influencé à ses débuts par un certain Killing Joke, semble avoir atteint la maturité tant en termes d’écriture qu’en expérience scénique. Son sympathique et prolixe bassiste nous dit tout sur ce disque riche en émotions…[Entretien avec Steve Beatty (basse) par Seigneur Fred – Photo : DR]

OCTOBER-FILEEs-tu satisfait globalement de votre album live Renditions In Juxtaposition – Live At Bloodstock 2011 que ce soit au niveau du son, de l’ambiance, ou bien la manière dont ce fut filmé car j’ai trouvé le public anglais plutôt calme sur ce show… ? Il aurait mieux fallu l’enregistrer en France au festival Hellfest en 2012 ! (rires)

Nous avons eu un show mortel au Hellfest, en effet, on a adoré ! Ce fut l’un de nos concerts préférés jusqu’à aujourd’hui. Le public fut fantastique et on était si remontés à bloc ce jour-là que j’ai senti que j’allais explosé sur scène et oui, cela aurait été une meilleure occasion de faire ça, surtout que nous avions alors plus de nouvelles chansons à proposer au set du Hellfest mais malheureusement il n’avaient pas six caméras ni une grande table de mixage pour notre installation ! Les gens n’étaient pas si tranquilles que ça cependant à Bloodstock mais c’est un festival de Metal très traditionnel, tu sais, et bien que l’on ne soit pas un groupe de Heavy Metal traditionnel (rires), je pense que c’était un juste un peu calme étant donné qu’il y avait beaucoup de monde avec des T-shirts Iron Maiden qui se demandaient probablement qu’est-ce que c’est ce boucan d’enfer ??! (rires) Nous jouons à peu près n’importe où alors devant un public difficile, hé bien nous aimons ça et en fait ils ont adoré à la fin du concert. C’est bien pour un groupe de conquérir la foule parfois, et justement on est de retour au festival Bloodstock cette année. On va donc devoir se surpasser ce jour-là ! (rires)

 

Sur votre nouvel album The Application Of The Loneliness (…), le titre d’ouverture « I Fuck The Day » apparaissait déjà sur votre album live. Avez-vous composé puis enregistré ce quatrième album durant vos tournées et soundchecks, entre deux festivals, lorsque vous défendiez Our Souls To You sur la route ??

C’était le seul morceau à l’époque qui était prêt à jouer en live donc il a finalement figuré sur notre album live. Nous avons pris beaucoup de temps en fait pour faire ce nouvel album studio. On a seulement participé à quelques festivals l’an dernier car on voulait vraiment se concentrer à élaborer notre nouvel enregistrement. Il y a eu un long intervalle entre nos deux albums studio. Les principales idées liées à cette chanson et plus généralement à l’album ont été mises au point sur une période de trois semaines environ alors que j’étais très malade et pas du tout en forme fin 2012. J’étais dans un lieu vraiment sombre et j’ai réalisé que c’était le meilleur endroit où je pouvais être pour écrire. Notre musique est toujours sombre et ce nouveau disque l’est encore plus. Nous n’écrivons cependant jamais sur la route ou en voyage, notre procédé est le suivant : je passe de sérieux bons moments presque déprimé ou en colère, ou les deux, mais bien que cela puisse sembler inhabituel, j’apprécie ce temps où alors je suis tout seul et j’explore ainsi mon être intérieur, ce que je ressens, et mon écriture est comme un chemin à travers cela. Cela me permet d’exprimer mon moi intérieur. Dès lors que nous avons la bases des nouvelles idées, on se retrouve et on jamme ensemble avec toutes ces idées jusqu’à ce qu’elles aboutissent à quelque chose de complètement différent par rapport au début mais un peu comme un gâteau où tu ferais reposer la pâte, le reste du groupe arrive alors avec ses propres ingrédients au cours du processus d’écriture. C’est un effort conjoint plus ou moins définir généralement basé sur ma triste intérieure finalement agréable… (rires)

 

Peux-tu expliquer en quelques mots la signification de ce long titre philosophique et plutôt inhabituel dans votre style de musique (Post Punk/Hardcore/Metal) : « The Application of Loneliness, Ignorance, Misery, Love and Despair – An Introspective of the Human Condition » ? Quel est donc le concept ?

Tu veux une réponse courte ? (rires) C’est une collection de chansons à propos de l’expérience des émotions humaines. Il s’agit d’un concept détaché donc l’album ne s’écoule pas comme une histoire. Chaque morceau raconte sa propre histoire. L’idée est venue un jour alors que je voyageais dans le métro à Londres, et cela m’est venu que chacun dans ce train était un total inconnu pour l’autre, que chacun avait ses propres pensées, sa propre histoire, etc. On s’est donc dit que pourrions essayer de capter tout cela à travers un album, à notre façon bien sûr. Les chansons sont donc là pour l’auditeur afin qu’il les interprète comme il le ressent.

 

Et cette fois, l’artwork de l’album est très différent visuellement de vos pochettes précédentes. Ce n’est pas une peinture de Viktor Safonkin comme par le passé (Our Souls To You ou Holy Armour from the Jaws Of God)… Pourquoi une telle nouvelle approche artistique ?

Nous avons bien eu une nouvelle peinture de la part de Victor mais plus l’album progressait et moins son œuvre ne correspondait. J’aime le comparer au Portrait de Dorian Grey (NLDR : roman philosophico-fantastique d’Oscar Wilde évoquant la beauté et l’esthétisme à travers un dandy irlandais). Au fur et à mesure que l’album évoluait et avançait, sa peinture vieillissait dans notre grenier alors que notre album devenait de plus en plus beau, jeune et plein de fraîcheur. L’illustration de l’album renvoie à la monotonie de la vie, un être humain qui marche à travers les âges et la vie. Le modèle est en fait mon pote Simon Lucas du groupe de Black Metal Winterfyleth. Il a fait un travail génial et a aussi une superbe moustache !! (rires)

 

Il y a une pause acoustique instrumentale bienvenue sur votre nouvel album. Elle s’intitule « Upon Reflection » or c’est assez surprenant chez October File… (rires) Comment est né ce morceau ?

Nous avions planifié un titre acoustique pour l’album comme quelque chose que nous n’avions en effet jamais fait auparavant tout comme nous avions prévu de nombreuses autres choses au départ. Cela a pris un tout autre nouveau sens pour nous puisque tristement, nous avons appris le décès du père de Matt (NLDR : Matt Lerwill/guitares) juste avant l’enregistrement de ce nouvel album. Quand le titre fut enregistré, Matt s’est retrouvé tout seul en studio, et je pense qu’il avait qu’il avait besoin d’en faire une chanson très spéciale et je suis ravi qu’il l’ait fait ainsi. Nous avons utilisé « A Night Thought » du poète anglais William Wordsworth, cela semblait une bonne façon de dire au revoir à un ami, il était tant apprécié et fut un grand supporter du groupe…

 

Alors peut-on donc dire qu’il s’agit probablement là de votre album le plus varié et abouti à ce jour dans votre discographie ?

C’est certainement le moins direct, ça c’est sûr, par rapport à nos deux précédents albums par exemple comme Our Souls To you. Il y a un changement d’allure, je crois. Sur le nouvel album, nous avons utilisé plus de muscle que de vitesse, même les chansons les plus rapides possèdent plus de groove, je pense. Les nouvelles chansons sont d’une plus grande musicalité basées sur des véritables refrains, etc. Il n’y aucun intérêt à se répéter, le passé est le passé. Je veux que l’on soit un groupe qui se lance des défis. Je détesterais croire que l’on soit un groupe qui fait toujours le même album, nous essayons toujours de donner notre meilleur à n’importe quel moment. Ce nouvel album a été un nouveau challenge pour nous bien que nous avions une idée préconçue de l’album, nous ne sommes pas allés dans notre local de répétition pour écrire avec un seul but très clair au départ. Je voulais d’un disque avec autant de variété possible, donc rien ne devait sentir la répétition. Et nous avons mis beaucoup de groove en nous basant sur des changements de rythmes, d’humeur, d’ambiance. L’album s’écoute bien je pense, avec une certaine fluidité parce que l’on passe d’un moment à un autre, sans dénaturer l’ambiance.

 

Doit-on s’attendre à la sortie de The Application of Loneliness (…) à différentes versions de mixage comme vous l’aviez fait sur Our Souls To You qui contenait alors une version normale et une version plus brute et indus produite par Justin Broadrick (Jesu, Godflesh) ?

Non !! Nous avions décidé cela car c’était super de travailler et collaborer avec d’autres personnes et de les impliquer dans quelque chose qui nous est cher. Mais nous ne referons pas de nouveau cela, plus d’invités, producteurs, etc. Nous apprécions le fait que d’autres veuillent travailler avec nous mais ces deux dernières années durant, on est vraiment devenu un groupe solide, heureux de faire des choses en dehors du reste, à notre manière, dans notre style.

 

Enfin, sur la chanson « Reinvention », la mélodie dans le riff principal et le chant de Ben Hollyer me rappellent l’une de vos grandes influences : Killing Joke. Êtes-vous toujours en contact avec le chanteur Jaz Coleman et avez-vous aimé leur dernier album studio XXMII paru en 2012 ?

Le problème avec nos influences est qu’elles sont simplement là, et tristement on ne peut pas enlever l’étiquette Killing Joke. Je souhaite vraiment que nous puissions, comme je le pense, être un groupe original avec notre propre son. En fait, beaucoup de gens viennent vers moi ces derniers jours et me disent qu’ils ont toujours entendu dire que l’on était une espèce de Killing Joke mais en fin de compte non et que nous sommes vraiment bons ! Killing Joke ont été vraiment impressionnants à un moment donné, avec des albums tels que What’s This For… ! ou Extremities qui sont géniaux, un album aussi comme Outside The Gate est aussi un putain d’horrible disque. Quant au dernier album, je l’ai tant aimé que j’ai dû l’écouter une fois ! Je crois que j’aime juste une chanson dessus. Le but d’une influence est de t’inspirer, les influences m’inspirent tout comme autant de groupes l’ont été mais pas forcément de manière évidente. Je vois Killing Joke comme des innovateurs ou bien des personnes qui ont eu le courage de proposer quelque chose différent à un moment donné, pas seulement de piquer un riff ici ou là à d’autres, etc. Nous ne sommes plus du tout en contact avec eux, et d’une point de vue personnel, nous aimerions que cela reste ainsi.

Merci beaucoup pour l’intérêt envers le groupe et ravi que tu aimes ce nouvel album.

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Voyage émotionnel

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