En 2012, le groupe français Phazm se reforme lors d’un concert en première partie d’Entombed, cela pour notre plus grand plaisir. Pour ceux qui auraient raté un épisode, ce quatuor originaire de Nancy publia chez Osmose Productions une série de galettes Black/Death Metal pas piquée des hannetons : Hate at First Seed (2004), Antebellum Death ‘n Roll (2006), et Cornerstone Of The Macabre (2008), avant de malheureusement splitter en 2009. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, voici enfin le quatrième et excellent album de Phazm, intitulé Scornful Of Icons, aux sonorités toujours aussi personnelles et spirituelles… Son co-fondateur et principal compositeur fait le point et nous présente son nouveau bébé.

[Entretien avec Pierrick Valence (guitare/chant/nyckelharpa/claviers) par Seigneur Fred]

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Quelles furent les raisons du soudain arrêt (split) de Phazm en 2009, un an après la sortie du troisième album Cornerstone Of The Macabre, qui reçut pourtant de bonnes critiques ?
Nous nous sommes déjà beaucoup exprimés sur cette question. De mon côté, après avoir consacré ma vie à la musique depuis mon implication dans Scarve en 2001, la création de Phazm en 2003, ma collaboration avec Agressor, j’ai pu me faire une idée de ce que ce genre de carrière pouvait m’apporter… Je n’avais pas vraiment le temps de faire autre chose et financièrement parlant, cela commençait à devenir difficile de survivre décemment. J’ai donc du décider de faire une pause et de m’organiser dans ma vie privée, de m’occuper de ma situation. J’ai ouvert deux magasins de musique à Nancy.

Qu’est-ce qui a motivé la reformation du groupe, en 2012 ?
Les temps changent, mais cette flamme du Metal que tu as en toi ne s’éteint jamais. Quand elle se ravive, elle se doit d’être entretenue, voire magnifiée. Phazm me permet d’être au top de ma créativité dans un registre extrême, cela m’est important dans mon équilibre. J’ai une force sombre et colérique, une sorte de « berserker » qui vit en moi, et Phazm me permet de l’exorciser. C’est ce que j’essaie de donner à notre audience, une musique intense qui puisse permettre une évasion, un exutoire fantasmagorique. Notre batteur, Pierre Schaffner, a monté de son côté « Les Studios de la Forge », ce qui a facilité la remise en route du groupe.

En 2012, la tournée avec Entombed (désormais Entombed A.D.) vous a-t-elle regonflé à bloc et inspiré pour ensuite écrire ce quatrième album ? Quelles furent les sources d’inspiration pour se remettre à la composition d’un nouvel album ?
Nous n’avons fait qu’une seule date avec Entombed en fait (groupe que nous apprécions beaucoup), mais il ne fut en aucune sorte une influence dans le processus de composition de Scornful Of Icons. Musicalement, le Black Metal scandinave des années 90 fut la source. C’est notre base. Le propos derrière tout ça concerne le deuil, la perte du père, le rapport à la mort à travers une remise en question existentielle et une recherche théologique, ceci aboutissant à un total rejet de toute forme de conception monothéiste. Vivre à travers le deuil, cela amène à réfléchir sur tout un tas de choses… Nous vivons une guerre religieuse et sommes envahis par une « non-spiritualité » primaire et violente.

Comment doit-on interpréter le titre de ce nouvel album Scornful Of Icons (« Méprisant des icônes ») ? Peut-on y voir un sentiment personnel anti-chrétien et antireligieux plus général derrière cela ?
Antireligieux n’est pas le terme exact. Nous ne le sommes pas, ni même athées. On a de plus en plus l’impression que si on n’adhère pas à l’une des trois religions du livre, on a d’autre choix que d’être athée. Comme si la spiritualité religieuse se résumait au monothéisme. Je trouve qu’elles ne font qu’être passéistes, archaïques, basées sur des conceptions périmées et dénuées de toutes remises en question. Le monothéisme te place dans un parcours horizontal, ta vie est jugée et ta place dans l’Au-delà en subira les conséquences. Le paganisme, le polythéisme, l’animisme offrent des pistes beaucoup plus saines, te plaçant dans un cycle, un constant renouvellement, un équilibre connecté à une osmose naturelle. Le monothéisme est une vérité pour les masses, le polythéisme une infini de vérités pour l’individu. Je prône un retour à des croyances rurales, contre l’urbanisation de la spiritualité, vide de substance mais riche en apparats et en iconographies.

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Le logo de Phazm a changé désormais. Est-ce le symbole d’une certaine renaissance en 2016 en quelque sorte ?
Il est clair que notre retour est riche en évolution, dans le fond comme dans la forme. Ce nouveau logo en est un des reflets.

Je me suis toujours interrogé sur la provenance et la signification du nom du groupe Phazm… Pourquoi avoir pris ce nom d’insecte à vos débuts en fin de compte ? Pour sa singularité et ses facultés de camouflage ou tout simplement pour ses spécificités en matière de reproduction sexuelle ?
Phazm est un concept paganiste, et ce depuis le début. Le symbole d’une volonté de transparence avec les forces naturelles que nous détruisons en même temps qu’une spiritualité instinctive. La quête de modernisme ne nous a permis que d’amplifier nos défauts, à défaut de créer un monde meilleur.

Revenons plus sérieusement à Scornful Of Icons. Il a été enregistré à la maison, en Meurthe-et-Moselle, dans le home studio du batteur Pierre Schaffner (Studios de la Forge). Y aviez-vous déjà produit d’autres albums et comment s’est passé l’enregistrement du coup là-bas : plutôt relax ?
C’est vrai que c’est plus confortable d’avoir son propre studio à disposition. Mais nous nous sommes tenus à un planning. Le studio est lieu de travail, on ne pouvait pas se permettre de prendre tout le temps qu’on voulait. On s’est juste permis de prendre une période de recul afin de mieux terminer l’album, d’être sûr de n’avoir rien oublié ni de ne rien bâcler. Durant cette période, je suis allé à Bergen en Norvège au BlekkMetal Festival, alors qu’au même moment le Bataclan subissait le pire. Le retour aux studios s’est fait dans une ambiance assez particulière, j’ai refait certaines parties de chants pour y mettre plus d’intensité, de ténèbres.

Les morceaux sont relativement variés grâce à des rythmiques très entraînantes avec de bonnes accélérations, et un grand soin a été apporté au niveau des soli de guitares. Vous avez donc pris votre temps et pu peaufiner les prises de son dans de bonnes conditions ?
Comme je te le disais, on a pu faire en sorte de sortir un disque peaufiné, sans être trop pressé par le temps ou les finances. Mais en ce qui concerne les soli, je dois avouer avoir sur le coup un peu bâclé le travail. J’ai dû enregistrer mes guitares, ma voix, écrire tous les arrangements additionnels et enregistrer des claviers. J’étais un peu rincé à un moment, et c’est Hervé, le boss d’Osmose Productions, notre label, qui a su me mettre à l’épreuve. Il sait ce dont je suis capable et n’était pas persuadé que j’avais donné le maximum. J’ai donc revu ma copie et enregistré des soli dont je suis assez fier. Merci.

D’où viennent ces influences Folk/Pagan, voire shamaniques, dans la musique de Phazm et qui rendent votre groupe si unique comme on peut l’entendre sur les titres « Ginnungagap », « Conquerors Of March » (sur le break central) et « Scornful Of Icons » avec ses atmosphères et son chant féminin ?
Je suis passionné de culture nordique. Je joue du Folk scandinave avec une formation acoustique, ça a contaminé notre son. Cela colle avec le fond de notre propos et ça ne dénature pas notre son. Attendez-vous à ce que cela soit développé dans le futur, avec un esprit rituel, shamanique, pas de manière festive comme Finntroll ou autres. Nous ne serons jamais un groupe à flutiaux. (rires)

Quelques mots à présent sur les duos et principaux invités sur ce nouveau disque : Alexandra Prat ; Jean- Claude Condi et l’utilisation de l’instrument Nyckelharpa ; Manu Eveno ?
Le morceau éponyme « Scornful of Icons » dégage quelque chose d’unique, il a un côté cinématique, porteur d’images. Alexandra est une excellente chanteuse, plutôt orientée vers le traditionnel andalou, ça a été marrant de la moduler vers quelque chose de plus « wardrunesque », plus occulte… Jean-Claude Condi est le luthier spécialisé dans la nyckelharpa, l’instrument national suédois. C’est une vielle à clavier et à archet, avec des cordes sympathiques. Sa sonorité est très mystique et ce fut un plaisir de lui faire jouer cette intro très nostalgique à deux voies. Nous avons une formation ensemble dans laquelle nous reprenons des standards du répertoire traditionnel suédois. L’idée étant de ne se poser aucune barrière en termes d’arrangements, et de s’offrir le luxe de faire sonner des instruments par de vrais musiciens, pas d’arnaque !

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Après ces quelques années d’absence, quel regard portes-tu sur la scène Métal extrême en France et plus précisément Black Metal ? J’y vois personnellement parfois comme une certaine relève et alternative à la scène Black et Death Metal scandinave quasi saturée…
C’est un point de vue… Je ne sais pas quoi trop te dire, j’aime tout un tas de groupes, sans me soucier de savoir d’où ils viennent. Il y a du bon et du mauvais partout, et je me moque de savoir d’où ils viennent.

Enfin, quels sont les projets de tournée de Phazm pour cette année ? Avez-vous prévu éventuellement de participer à des festivals cet été ?
Phazm vient de signer avec Base Productions, nous sommes donc très enthousiastes sur notre programme à venir. Je serai personnellement présent au Hellfest, mais nous ne monterons pas sur scène cette année. Nous avons pas mal de dates de prévues, tout se passe bien. Je pense que le meilleur reste à venir.

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