PHILIP H. ANSELMO & THE ILLEGALS
Vertu, es-tu là ?

Phil Anselmo fait partie des tauliers. Depuis presque trente ans, il dispense la bonne parole du metal à travers toutes ses formes, de la plus mélodique à la plus brutale, de la plus technique à la plus minimaliste. Pour le disque qui nous intéresse aujourd’hui, citons le grand Raoul Volfoni : « Faut r’connaître… c’est du brutal ! ». Sans limite aucune, le maître Anselmo lâche les chevaux pour ce second opus solo et propose une expérience oppressante et intègre ; l’occasion pour nous de discuter avec lui de ce disque, mais aussi de ses futurs projets et de la vie en général.

[Entretien avec Philip H. Anselmo (chant, guitare) par Julien Meurot – julien@metalobs.com / Photos : Danin Drahos]

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Bon nombre d’idées présentes sur ce disque proviennent de la fin des années 90, juste après l’enregistrement de Christ Inversion. Est-ce l’une des raisons pour laquelle ce disque est si sombre ?
C’est tout à fait exact. Je ne sais pas si elles sont arrivées avant après ou après, mais oui, c’est bien durant cette période. Mais ce n’est pas la raison principale de cette orientation plus sombre. Pour moi ce disque renferme une vraie part de noirceur qui est autant lié au black Metal qu’au Death Metal des années 80/90. En influences principales, je citerais les deux premiers Morbid Angel mixés avec les premiers Darkthorne ou encore les premiers Satyricon par moment. Il n’y a pas de vraie règle pré-établie. C’est un simple mélange de genres avec ce que j’avais envie de faire. Pour être honnête, je vous faire un album qui me mette dans le même état que lorsque j’ai écouté pour la première fois Darkness Descends de Dark Angel.

Dans ce sens, l’album est très réussi, car on se prend une réelle déflagration en pleine tête.
J’ai de la chance, car j’ai un groupe génial. Jose « Blue » Gonzales mon batteur a tout juste 26 ans et il est incroyable. Hier c’était l’anniversaire de l’un de mes guitaristes Mike DeLeon, il a eu 36 ans. Nous avons passé la soirée à jammer, ces mecs me maintiennent jeune. (Philip aura 50 ans en juin cette année, ndlr).

Sur l’album précédent, tu avais écrit la moindre note de musique. Cela ne semble pas être le cas sur Choosing Mental Illness.
Stephen (Taylor, guitare) a beaucoup écrit pour ce disque, Mike a également apporté quelques idées. Je suis resté très ouvert d’esprit. J’ai bien entendu des tonnes d’idées, mais de poser les riffs sur la table et de les bosser ensemble donne un résultat plus puissant et efficace que ce que je pourrais faire seul. Chaque riff est une raison de jammer et ça, c’est une putain de bon problème ! (rires)

D’ailleurs, cet album est plus riche en arrangements que le précédent.
Exactement, il y a très souvent trois pistes de guitares. Si tu écoutes bien Mike est a droite, je suis à gauche et Steve (Stephen Taylor, ndlr) est au centre. Après tout est une question de mix, il y a quelques ajustements, mais rien de trop bizarre, car nous savons qu’il faudra le refaire en live. (rires)

Pourquoi ? N’aurais-tu pas envie de jouer de la guitare sur scène avec les Illegals ?
Non, non, non, non. Cela sonne très bien avec deux guitares et honnêtement, je serais bien incapable de chanter et jouer de la guitare en même temps. J’ai essayé, je peux le faire, mais les autres m’ont dit ça craignait. Tu sais ce qu’ils ont osé me dire : que j’avais des mains de chanteur ! (rires)

Ils sont quand même durs avec toi, car on t’a vu plutôt à ton aise en live comme par exemple au Hellfest avec Eyehategod ou encore dans cette vieille vidéo où tu joues « Whiplash » avec Pantera.
Merci, mais je me vois vraiment plus comme un compositeur que comme un guitariste. (rires)

Toujours d’un point de vue guitare, pourquoi avoir choisi de prendre un second guitariste ?
J’ai toujours voulu avoir deux guitaristes pour les Illegals. J’adore avoir deux guitaristes, c’est vraiment de là d’où je viens, Judas Priest mec !

D’un point de vue des paroles, nous sommes dans le concret, pas de jolies métaphores…
Dès qu’il y a une libre interprétation, on peut se perdre. Bien entendu, un mot peut donner lieu à trois ou quatre interprétations, mais j’essaye d’être le plus claire possible.

As-tu pensé un jour regrouper tous tes textes dans un livre ?
Voilà une question intéressante. Je ne sais pas si j’aurais forcément envie de compiler tous mes textes. Je serai plus tenté par parler de ce qui m’intéresse en général : la musique, la boxe, les films d’horreur et bien sûr mon équipe de foot (Philip est un immense fan des Saints de la Nouvelle Orléans, ndr). Je suis un mec qui fait beaucoup de listes, car j’adore me souvenir de chaque détail, je fais même des stats (rires). En te disant cela, j’avoue que j’écris en permanence sur des tas de sujets. Alors peut-être, probablement, un jour, ce genre de livre verra le jour. Mais c’est une idée très cool, je vais y penser très sérieusement.

Un autre projet intéressant serait de faire à l’instar d’Henry Rollins, des « Spoken word ». Tu as une voix si reconnaissable que ce serait vraiment génial.
On me l’a déjà suggéré par le passé, mais le fait que tu m’en reparles me fait y repenser. C’est en effet un exercice qui pourrait être très intéressant.

Mais avant cela, tu as annoncé l’arrivé d’un autre projet bien différent, je veux bien sur parler d’En Minor.
C’est très, très différent, le jour et la nuit avec ce que je fais avec les Illegals. J’ai tendance à trop parler, et je ne veux pas que les gens se méprennent sur moi. C’est ce que c’est et je pense que la meilleure façon de décrire ce projet est la suivante : prends ta chanson préférée la triste, rend la dégueulasse et si tu veux un disque pour vider une putain de grande soirée met En Minor (rire). De la musique pour dépressifs (rires)

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Quel sera ton rôle sur ce disque ?
Je fais des tas de choses sur ce disque : je chante, je joue de la guitare, de la basse, du piano. C’est un travail titanesque et tous les protagonistes de mes autres groupes ont apporté un énorme travail. Mais attention, il s’agit juste d’un type d’expression musicale, ce n’est pas pour conquérir le monde, c’est mon truc voilà tout. Le pire, c’est que j’ai encore plein d’autres idées encore plus bizarres en moi ! (rires)

Depuis la création de ton label d’autres de tes projets sont d’ailleurs en attente comme Body & Blood dont le titre a dispo sur ta compilation est assez bluffante.
BODY & BLOOD EST EN MINOR ! Il s’agit du même groupe, les mêmes chansons que nous avons réarrangées et poussées encore plus loin. Tu verras, ce disque va encore plus loin que ce que tu avais peu entendre.

Revenons à l’actualité des prochains mois. Il n’y a pas encore de dates de prévues, mais j’imagine que vous allez tourner sous peu ?
Je vais subir une seconde opération du dos et je vais devoir prendre du repos. La convalescence sera bien plus rapide que la précédente. Mais tant que cela ne sera pas passé je ne pourrais pas t’en dire plus. Je vais tout faire pour revenir plus fort que jamais, mais je dois vraiment virer cette dernière petite saloperie avant de repartir de plus belle.

Car pour le moment, tu n’as qu’une date avec Scour en juillet au Danemark, c’est très peu pour toi.
(rires) Oui, généralement, je suis du genre plutôt occupé. Les choses évoluent très vite, donc il se peut que ce ne soit pas la seule date cet été. Je ne m’avance pas, mais je pourrais très bien trouver une tournée demain et je vais passer pour un menteur, car je t’aurais dit que c’était ma seule date de l’année (rires).

Il est vrai qu’il y a beaucoup moins de logistique maintenant qu’avec Pantera ou Down. Tu peux facilement partir en van avec tes potes pour une tournée du jour au lendemain.
C’est exactement mon état d’esprit, prendre du plaisir sur scène avec mes amis. Tu sais quand j’ai commencé à faire de la musique ce n’était pas pour avoir des putes, de l’argent ou de la drogue, juste jouer la musique que j’aime. Je suis heureux de pouvoir retrouver ce sentiment maintenant et de faire ce que j’aime. Voilà un an que je suis sobre et je suis heureux de faire ce que je fais en ce moment. Maintenant, je cherche des groupes talentueux avec qui je peux bosser, m’amuser, avoir une attitude positive. Je n’ai jamais été aussi serein que maintenant, je suis entouré par tant de gens qui m’aiment, c’est vraiment génial.