Avec un nom qui sent bon l’historique douteux mais une musique plus réfléchie qu’elle n’y paraît, Porn aime brouiller les pistes. Entre un album de reprises, un autre de compositions originales, une tournée avec le vétéran Christian Death et un livre, nous avons réussi à poser quelques questions à la tête pensante – et débordante d’idées – du groupe.

[Entretien avec Philippe Deschemin (chant, composition, production) par Philippe Jawor]

Porn

Revenons d’abord sur l’album de reprises/remixes Deconstruct, sorti l’an passé. Quelle est l’origine de ce projet ? Qu’est-ce qui a guidé le choix des chansons ?

Il ya quelques mois, j’avais arrangé une reprise de Eleanore Rigby des Beatles pour un concert tributes. Nous avions été sollicité par des remixers qui souhaitaient triturer nos morceaux, assez naturellement j’avais accepté. Nous nous retrouvions donc avec du matériel inédit et je me demandais bien ce que j allais pouvoir en faire. Du coup, je me suis lancé dans une reprise supplémentaire ( The Cult, Rain), j’avais une reprise de The Cure qui traînait, et voilà, nous avions de quoi éditer une galette pour faire patienter nos auditeurs avant le prochain album. Tout s’est articulé très simplement. Deconstruct a tout de même fini dans le TOP album 2015 du site italien Industrial Revolution dont le redac chef est justement l’auteur d’un ouvrage de référence sur la musique Industriel. Un ouvrage qui consacre quelques pages à PORN.
Le clip de la reprise de Blondie, « Call Me », vient de sortir : pourquoi avoir choisi de clipper ce titre en particulier ? Quel est le concept du clip ?
Ce morceau est sorti il y a quelques années et d’une certaine manière nous lui devons beaucoup. Il a contribué à nous forger une notoriété dans l’underground, que ce soit en France ou à l’internationale. Nous avions la possibilité de l’honorer par un clip, je n’ai pas hésité un instant. C’est un clip très cinématographique qui met en scène un stalker qui harcèle une superbe jeune demoiselle adepte de PORN. Le clip est réalisé par Yohan Boennec , qui véritablement fait un travail remarquable.

Porn semble tendre de plus en plus vers l’horror-rock ; qu’est-ce qui motive cette évolution ?
C’est une évolution qui me semble naturelle. Lorsque j’ai commencé dans la la musique et lancé PORN, je me suis juré de ne jamais faire deux fois le même album. Ce nouvel opus, le troisième, est fidèle à cette promesse. Il y a des nouvelles envies en terme de composition et d arrangement. L’univers de PORN s’enfonce dans le lugubre. La dénomination Industrial Horror Rock me semble en phase avec l’ambiance qui règne dans ce nouvel album. En 2004, nous étions les premiers en France à introduire et jouer d’influences glam-rock lorsque tout le monde portait des baggies en singeant Korn et Limp Bizkit. Quelques années plus tard, il y avait du Glam partout, en veux tu en voilà.Il me semble qu’il y a des fortes chances que l’histoire se répète.

Où en êtes-vous dans le processus de composition de l’album annoncé pour 2017 ? À quoi ressemble ce travail de composition ?
L’album est presque entièrement composé. Nous entamerons la phase d ‘enregistrement final cet hiver. Pour une sortie à la mi 2017. J’expérimente de nouvelles choses dans la composition et dans les arrangements. Il y a plus de batteries, moins de machines. Plus de guitares, moins de synthés. C’est toujours sombre. Peut être plus qu’auparavant. Toujours avec cette touche industrielle. J’ai aussi beaucoup travaillé sur ma voix en changeant de tessiture, en allant vers des sonorités proche du lugubre, mais sans tomber dans de la caricature. Je voulais garder la musicalité tout en explorant de nouvelles approches vocales. Mon travail avec mon projet parallèle, An erotic end of times, m’a permis de travailler cela.

https://www.youtube.com/watch?v=bO0R2nmFUeA

En plus de Porn il y a An erotic end of times ; est-ce un projet plus personnel que Porn ? Quelles sont les inspirations de l’album prévu pour la fin de cette année ?
C’est un projet dans lequel, pour une fois, je ne compose pas tous les morceaux ! C’est même l’inverse. Nous travaillons à deux sur ce projet. Mon partenaire dans cette aventure est un ancien guitariste de PORN , Erwan Frugier. Il a fait un extraordinaire travail. Musicalement, l’univers oscille entre metal, gothic et indus. On peut dire qu’il y a du Type O Negative, du Fields of the Nephilim, du Rammstein…
Peut-on s’attendre à une tournée de ce projet parallèle ? 
Nous ne savons pas encore. Mais il y a déjà un groupe prêt a prendre la route si des propositions décentes arrivaient sur la table. Un clip est en cours de préparation, et l’album sera disponible tout début 2017, vraisemblablement en Janvier.

En parlant de tournée, vous serez à l’affiche aux côtés de Christian Death à l’automne ; quel est votre sentiment à l’approche de ces dates ? Excitation ? Appréhension ? 
Excitation ! CD est un groupe mythique ! Une de mes premières influences musicales. Adolescent, CD faisait parti des groupes qui me faisaient rêver. Je me disais «  voilà, c’est comme cela que je veux vivre. En marge, et en faisant de la zik. » Je voulais être libre. Finalement je n’en suis pas si loin. Entre musique et littérature. Nous nous sentons fort bien à l approche des dates. Nous accompagnons Christian Death sur deux concerts, Paris et Lyon. Les répètes se passent bien. Et le line-up fonctionne à merveille. Arnaud et Hervé, batteur et bassiste , ont trouvé leurs marques et je crois que nous avons l’une des meilleurs formation de PORN en live. Notre dernier passage à Paris date de 2011, si mes souvenirs sont bons. Avant cela nous foulions les planches de l’Elysée Montmartre avec les légendes du Glam Hard Rock : Hanoi Rocks.
Vous avez également écrit un livre, donnez des conférence… où trouvez-vous le temps de faire tout cela ?
Le secret c’est de ne pas tout faire en même temps, de dormir peu et de faire les choses à 100% . Être entièrement dédié à son œuvre. Une œuvre qui s’achèvera à la mort. Je n’ai jamais voulu faire de la figuration. PORN c’est aussi cela : zéro compromission. Aller au bout des choses. Il n’y a pas de simulation, on va au fond de ce que l’on entreprend. Adolescent, nous nous moquions des « posers », des imposteurs comédiens. Nous ne sommes pas là pour faire semblant. Que le succès soit là ou pas, peu importe. Je continue. PORN c’est une forme de plaisir solitaire. Nous sommes un groupe underground, et cela me convient. PORN est un plaisir caché qui prend le temps de se découvrir…

PORN
Le bal des horreurs

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