Deuxième jour de festivités Rock et Metal sur l’ancienne base aérienne 217 au cœur de l’Essonne (91) située à moins d’1h de Paris (quand ça ne bouchonne pas sur la Francilienne…) et l’après-midi s’annonce plus que brûlante tant sur la scène que dans le pit, le mercure affichant 30 degrés à l’ombre, or justement : il n’y a pas d’ombre sur le site ! Mais par rapport à l’édition précédente située dans le bois de Boulogne où la pluie avait gâchée quelque peu la fête, cette seconde édition française du Download s’annonce sous les meilleurs auspices entre la météo au beau fixe donc, des festivaliers venus en masse (près de 100 000 ventes de tickets pour 3 jours) et une programmation chargée plus qu’alléchante puisqu’avec encore plus de Metal que la veille !

[Texte : Seigneur Fred – Photos : J-C Beaugé & Seigneur Fred]

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Après s’être acquitté des habituelles formalités d’accès et autres palpations d’usage, nous manquons malheureusement les Black Foxxes sur la Main Stage 2. Nous découvrons donc directement les sympathiques Brésiliens de Far From Alaska qui, dans la langue de Molière, déclarent être ravis de jouer ici pour la première fois en France et n’en reviennent toujours pas, à l’image de ses deux chanteuses aux tenues colorées. Leur Rock vitaminé et à l’énergie communicative interpelle les spectateurs déjà nombreux devant la Main Stage en ce début d’après-midi.

Pendant ce temps-là, sous le chapiteau de la Warbird Stage, Lonely The Brave distille proprement son Rock alternatif made in Cambridge, en prenant même la pose sur scène durant l’interprétation de plusieurs extraits de son second album Things Will Matter paru l’an dernier. Intéressant mais un poil gentillet.

Place aux choses sérieuses à présent avec la bande à Dez Fafara qui va vite secouer le pit déjà fourni devant la Main Stage 2. Et en matière de Groove Metal, DevilDriver est probablement numéro un dans sa catégorie. Il faut dire que le frontman et chanteur américain de Coal Chamber (réformé ces dernières années et auteur de l’album Rivals il y a 2 ans) sait comment chauffer les fans et communiquer avec le public. Le désormais jeune quinquagénaire annonce quelques chansons de Trust No One paru en 2016 parmi une setlist n’oubliant pas les classiques du groupe de Santa Barbara (« Clouds Over California »). Les guitares sont claires et puissantes (mention bien au petit nouveau Neal Tiemann arrivé en 2015) mais la batterie, affreusement triggée, gâche un peu ces petites quarante minutes.

Sur la Spitfire Stage, quatrième petite scène ouverte en direction du camping, l’autre combo brésilien du jour met le feu justement avec son Punk/Hardcore/Metal taillé pour le live. Project Black Pantera, sorte d’hybride entre Black Flack, Rage Against The Machine (en concert le lendemain avec sa section instrumentale dans le cadre de Prophets Of Rage) et Sepultura, le chanteur dreadlocké rappelant un certain Derrick Green… Un trio à suivre de près.

Blues Pillls; Elin Larsson; Download, B.A. 217; Brétigny-sur-Orge; 10.06.2017
Blues Pillls; Elin Larsson; Download, B.A. 217; Brétigny-sur-Orge; 10.06.2017

Sur la Main Stage, c’est le second blockbuster américain de la journée qui prend place afin de nous présenter son excellent dernier opus The Last Hero, j’ai nommé Alter Bridge. Le groupe de Hard Rock américain qui avait annulé à l’automne dernier sa venue au Zénith de Paris fait sa séance de rattrapage devant le public français, toujours mené par le chanteur/guitariste de Slash, Myles Kennedy (désormais on ne peut plus disponible pour Alter Bridge, le guitariste de Guns N’ Roses s’étant réconcilié avec Axl Rose après 20 ans de divorce), et bien sûr l’excellent guitariste Mark Tremonti dont le second album solo Dust a été un carton. Show carré à l’américaine avec court solo de batterie, soli de guitares, belles lumières malgré le soleil qui cogne, son aux petits oignons, et la magnifique voix de Myles Kennedy dont on regrette juste parfois l’absence d’agressivité ou bien de tonalité plus rocailleuse de pair avec les excellents riffs Heavy des Américains. A noter qu’Alter Bridge publiera à la rentrée un triple album live accompagné de raretés baptisé Live At The O2 Arena + Rarities chez Napalm Records…

Un autre quatuor américain, bien plus énervé celui-ci et brouillon, livre une prestation comme si sa vie en dépendait : Code Orange. Ces jeunes musiciens, qui ont récemment tourné avec Gojira en Grande-Bretagne par exemple, ont sorti un troisième disque plus mature intitulé Forever et comptent bien le défendre coûte que coûte à l’image de sa chanteuse (si, si, c’était bien une nana !) devant un public à la fois surpris et ravi venu se mettre un peu à l’ombre du chapiteau de la Warbird. Encore du Punk/Hardcore/Metal musclé cet après-midi idéal pour ne pas faire la sieste en plein soleil.

En effet, certains spectateurs feraient bien un peu de farniente en se lézardant sur les rares portions de pelouse restantes tout en écoutant le Rock Stoner et bluesy des Suédois de Blue Pills de passage en France (ils seront quelques jours après au festival Aucard de Tours). Le groupe nostalgique des 60’s/70’s est équipé sur scène d’un clavier rappelant les riches heures du Rock psychédélique de Papa et les notes qui s’en dégagent attirent l’attention ainsi que le fond visuel psyché en backdrop. Les titres entraînants de Lady In Gold, second album du groupe, et la présence lumineuse de sa chanteuse Elin Larsson qui se dandine sur les quatre coins de la Main Stage 2 à pieds nus à la manière de notre Zazie nationale mais en version blonde et plus Rock’n Roll, achèvent de convaincre les plus sceptiques d’entre nous en manque de décibels. Mention très bien au passage au guitariste français Dorian Sorriaux qui prend des allures de Tony Iommi dans la manière de tenir sa guitare et son look très Black Sabbath.

Paradise Lost#2

Histoire de ne pas trop succomber à l’effet musical des pilules bleues proposées par la sexy Elin Larsson, nous allons prendre la température sur la Spitfire Stage qui propose des formations originales et de qualité. Et les Australiens de The Living End ne déçoivent pas pour le coup avec leur Punk Rock old school composé notamment d’une contrebasse. Le trio de Mebourne, aussi bien fan des Stray Cats que The Stooges ou des Ramones, apporte une touche de Rock à Billy bienvenue et fait sautiller les plus Punk d’entre nous sur les chansons extraites de sa dernière galette en date Shift.

Direction la Main Stage à présent pour une heure de Metal symphonique de haute qualité avec les Bataves d’Epica. Ayant rempli le Zénith parisien il y a quelques mois (avec Powerwolf en première partie), le guitariste/chanteur Mark Jansen (ex-After Forever, Mayan) et la vocaliste Simone Simons entretiennent vraiment une relation privilégiée avec les fans français et ne déçoivent jamais généralement. A la fois épique (forcément) et puissante, la musique de ce leader du genre se voit renforcer sur scène d’effets pyrotechniques (flammes verticales sur le devant de la scène faisant monter encore un peu plus la température ambiante), fumigènes, etc. Les fans répondent présent à l’écoute des morceaux du complexe The Holographic Principle. Il faut dire que la belle chanteuse rousse sait comment communiquer avec son public et le séduire. Le groupe néerlandais alterne passages plus mélodieux et d’autres plus puissants et particulièrement Heavy grâce à l’apport de growls et de riffs bien gras du principal compositeur et maître d’œuvre Mark Jansen. Le claviériste Coen n’hésite pas à bouger par moment sur scène, alors que l’ancien batteur de God Dethroned, l’excellent Ariën van Weesenbeek, bat la mesure de cette symphonie métallique. Pro, comme à son accoutumée.

Parallèlement, Touché Amoré propose un set sympathique de Rock Post-Hardcore mélodique. Le quintet originaire de Burbank (banlieue de L.A.) séduit les plus émo(tionnels) d’entre nous à l’aide d’un set simple et efficace faisant la part belle au quatrième album Stage Four, disque plus intime et funèbre (dédié à la mère décédée du chanteur). Si leur patronyme est original, leur prestation ne transcende pas les spectateurs sous la Warbird Stage.

Nous attendions une messe Gothic Metal sur la Main Stage 2 de la part des leaders et fondateurs du genre, à savoir Paradise Lost, avec la crainte habituelle cependant que cette célébration soit difficile à interpréter en plein jour (et en plein cagnard), celle-ci n’eut pas lieu dans les meilleures conditions malheureusement. Nos voisins anglais, enduits de crème solaire dans leurs vêtements noirs, déçoivent dès leur entame du set avec « No Hope In Sight » tiré pourtant de l’excellent dernier album The Plague Within dont l’artwork orne le fond de la scène, la faute à un son plus qu’approximatif au niveau des leads de guitare de son principal compositeur Greg Mackintosh (aux cheveux courts gris/blonds peroxydés désormais) et un soleil de plomb qui ne convient pas trop live à l’ambiance musicale sombre et plombée justement de ses derniers et très bons ouvrages (Faith Divides Us…, Tragic Idol, et The Plague Within). Le nouveau batteur finlandais (recrue de Vallenfyre au départ) remplace aisément Adrain Erlandsson reparti dans The Haunted et At The Gates. Comme à son habitude, Nick Holmes, derrière ses airs non chalands au micro, sort quelques blagues ironiques après quelques « Thank you » express auprès du public. A vrai dire, l’actuel chanteur de Bloodbath est plus préoccupé par la recherche d’une bière pour rafraîchir son gosier entre deux chansons que par la communication avec ses fans et l’interprétation musicale, et ce malgré ses récents efforts vocaux ces dernières années, notamment dans le retour de ses growls. Les fans ont droit aux classiques du groupe d’Halifax (« One Second », « Hallowed Land », « Pity The Sadness », « Embers Fire ») mais le son ne s’améliorera qu’en fin de set, à savoir sur « Say Just Words » tiré de One Second où les spectateurs les plus motivés dansent. « Remboursé », crierons-nous ? C’est limite. Le Doom et le soleil ne vont clairement pas ensemble. En attendant, rendez-vous au festival Motocultor près de Vannes où le groupe se produira en août prochain on l’espère en soirée, avec en prime les concerts des side-projects de Nick Holmes donc (Bloodbath) et de Greg Mackintosh (Vallenfyre). Enfin, pour info, Paradise Lost sortira en fin d’année son nouvel album studio intitulé Medusa composé de huit longs titres plus Doom que jamais d’après notre récente interview du guitariste (cf. interview de Vallenfyre dans le Metal Obs#78)…

Five Finger Death Punch; Zoltan Bathory; Download; B.A. 217; Brétigny-sur-Orge; 10.06.2017
Five Finger Death Punch; Zoltan Bathory; Download; B.A. 217; Brétigny-sur-Orge; 10.06.2017

Histoire de se réveiller un peu après cette semi-déception live, nous avons le choix entre les Ricains de Death Five Finger Punch sur la Main Stage avec leur Groove Metal sympathique (une petite reprise éponyme de « Bad Company » au passage) mais loin d’être renversant (le répétitif « Burn Mother Fucker… ») ou les Suédois de Soilwork. Nous optons pour ces derniers  sous la Warbird Stage car le combo de Helsingborg mené Björn « Speed » Strid nous a rarement déçus dans le passé avec ses chansons Death/Thrash à la fois agressive et mélodique. La preuve une nouvelle fois avec un set intense et solide démontrant toutes l’éventail des capacités vocales de son frontman : chant clair, growls, cris plus aigus, cet homme sait tout faire ! La preuve dernièrement encore avec son side-project The Night Flight Orchestra et son troisième opus Amber Galactic actuellement dans les bacs chez Nuclear Blast. La jeune nouvelle recrue à la batterie, Bastian Thusgaard, fait le job mais nous fait regretter tout de même notre ami belge Dirk Verbeuren parti rejoindre le très exigeant Dave Mustaine dans Megadeth. Quant au guitariste français Sylvain Coudret, plutôt tranquille sur la droite de la scène par rapport au nouveau bassiste, on aurait presque envie de le secouer pour lui demander à quand un nouvel album de Scarve ??!! Si Ola Flink (basse) et Peter Wichers (guitare) nous manquent toujours un peu, c’est toujours un régal de voir Soilwork sur scène et le public lui rend bien en l’ovationnant. Nous quittons nos amis franco-suédois avec le récent live d’Helsinki dans la tête…

Tom Araya chante bien, enfin crie bien, dans sa barbe fournie et grisonnante, quant aux guitaristes, Gary Holt (Exodus) a beau bouger davantage par rapport à son collègue, les musiciens sont en mode pilotage automatique depuis des années mais l’interprétation sans faille et la puissance de l’ensemble nous font vite oublier ce point récurrent chez Slayer qui n’a plus rien à prouver à personne depuis des lustres. Chaque chanson est un hymne Thrash à lui seul chez les Californiens (« Disciple », « Mandatory Suicide », « War Ensemble », etc.), et l’ambiance monte crescendo dans le pit même si certains vieux morceaux ne nous rajeunissent guère, demeurant éternels (le plus rare « Fight Till Death » extrait de Show No Mercy (1983)). On notera l’utilisation d’une guitare chez Gary Holt au logo Heineken rappelant celle du regretté Jeff Hanneman (R.I.P.). Derrière les futs, le puissant et technique Paul Bostaph nous fait oublier le toucher plus groovy de Dave Lombardo que nous reverrons le lendemain avec Suicidal Tendencies. Peu bavard comme à son habitude et ne pouvant plus headbanguer façon hélicoptère depuis déjà des années, Tom Araya lance après les quatre premiers morceaux un « Comment ça va ? » habituel dans la langue locale du jour puis annonce « War Ensemble ». Kerry King, que nous croiserons durant l’après-midi par hasard aux toilettes des artistes à l’espace presse quelques heures avant le concert, dégaine les riffs sans crier gare quand il s’agit de donner une leçon de Thrash Metal devant les nombreux fans. Un rappel de 4 titres aura lieu à notre plus grande joie avec : « South Of Heaven », « Raining Blood », « Chemical Warfare », et l’ultime « Angel Of Death » traitant des horreurs perpétrées durant la Seconde Guerre Mondiale par le médecin nazi Josef Mangele… Slayer reste Slayer et ne déroge pas à sa réputation.

Solstafir; Adalbjörn Tryggvason; Download; B.A. 2017; Brétigny-sur-Orge; 10.06.2017
Solstafir; Adalbjörn Tryggvason; Download; B.A. 2017; Brétigny-sur-Orge; 10.06.2017

Solstafir sur la Spitfire Stage donne parallèlement un show là aussi classique et de qualité sans trop forcer. Les Islandais venant de publier l’excellent Berdreyminn (Season Of Mist), on ne peut leur souhaiter que du succès tant le groupe nordique a su peaufiner ses dernières années son style Heavy / Rock atmosphérique aux touches Folk (les parties de banjo).

Alors que la foule se masse fortement devant la Main Stage pour les très attends System Of A Down, nous réalisons qu’en 1998, ces derniers ouvraient pour Slayer au Zénith parisien, et qu’à présent, les Américains d’origine arménienne jouent en clôture de ce grand festival francilien, juste après la légende du Thrash, et cela en plus, sans nouvel album studio en bac. Les temps changent… Après une ultime balance, le groupe de Rock/Neo-Metal de Los Angeles débarque enfin sur scène, tout en douceur, avec l’intro « Soldier Side » (tirée de Mezmerize) au lendemain de leur prestation quasi identique délivrée au Download Festival anglais (seule petite différence dans la set-list : nous aurons droit à la chanson « This Cocaine Makes Me Feel Like I’m on This Song » à la place de « War ? »). Quatre ans après leur passage à Rock en Seine, les fans français étaient impatients et se lâchent aussitôt sur « Suite-Pee » issu de leur album éponyme. La foule chantera ainsi à l’unisson sur les trente chansons interprétées par SOAD dans la joie et la bonne humeur. Tout l’inverse de Daron Malakian, le guitariste/chanteur, qui, d’un air insensible, restera statique derrière son pied de micro sur son tapis durant près d’une heure trente, chapeau vissé sur le crâne et sans jamais décocher un sourire ou un merci à ses fans. Heureusement le chanteur Serj Tankian, plus communicatif, assure les pirouettes vocales avec son style si unique, s’économisant toutefois vers la fin du concert en s’appuyant sur l’aide du public. Il faut dire que le groupe américain enchaîne les dates sur sa tournée de festivals d’été. S’en suivent donc les classiques tirés des deux derniers opus Mezmerize et Hypnotize (qui remontent tout de même à 2005 !), ainsi que de Toxicity bien sûr (2001). Nous aurons droit également à plusieurs extraits du premier album et de Steal This Album ! (« Mind » (intro seulement), « Mr Jack », « Pictures). Si le grand bassiste Shavo Odadjian se démène sur scène à côté de ses petits camarades dont le toujours excellent John Dolmayan qui rythme véritablement les morceaux grâce à son jeu technique et précis, et malgré la projection de vidéos et l’utilisation de belles lumières, SOAD demeure un groupe simple sur scène. Contrairement à ses débuts, il n’apporte plus rien en live, faisant juste le boulot sans perdre de temps. Ce samedi soir finalement, tout le mérite revint au fantastique public ici présent, véritable cinquième membre du groupe, car ce sont bien les nombreux fans qui ont mis le feu au Download Festival et non SOAD sur scène dont on attend dorénavant un nouvel album studio.

DOWNLOAD FRANCE
Brétigny s/ Orge, 10.06.2017

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