­Et si, finalement, le bonheur c’était choisir d’être heureux ? A 40 ans, Mariusz Duda, frontman et chanteur du groupe de Rock mélancolique Riverside, se dit que tout n’est peut être pas si dark. Petite introspection.

[Entretien avec Mariusz Duda (Voix, Basse, Guitare acoustique)
par Florie-Anne Baugé – Photo : Mariusz « Kobaru » Kowal]

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Love, Fear and the Time Machine. Peux-tu décrire ce nouvel album ?

En premier lieu, je n’aime pas me répéter donc je ne veux pas enregistrer le même album deux fois. Le précédent était très vintage, très dark, très hard, old fashion et d’un style assez progressif disons. Cette fois je voulais changer le background en plus moderne et en même temps plus connecté avec mon époque. Je suis de la génération des 80’s. Je me suis dit que j’allais utiliser toutes ces influences. Je ne parle pas du son en lui-même mais de l’approche de la musique. Dans les 80’s tu pouvais entendre à la radio plein de bons titres qui avaient du corps. Aujourd’hui, tout ce qu’on entend sonne comme un produit industriel, léché, high-tec. Il y a 30 ans quand tu écoutais Talk-talk, Peter Gabriel, Kate Bush, … ça avait quelque chose de vrai. Bien sûr il y avait pas mal de merdes aussi dans les 80’s, pleines de « plastic sounds » et de trucs électroniques bizarres. Mais je voulais retourner à cette ambition musicale. Les titres du nouvel album sont plus courts. L’album est plus brillant, plus positif et même avec un happy-end sur le dernier titre Found. Je crois que c’est la première fois dans ma carrière qu’un morceau dit que la vie est belle ! (rire) Ça peut paraître cliché mais pour moi c’est nouveau. Je voulais vraiment changer la fin. Ce nouvel album porte un message très positif : « dépoussiérez l’enfant qui sommeille en vous et trouvez le bonheur ». Je sais que bien des gens ne sont pas heureux. Nos précédents albums étaient vraiment dépressifs. Je ne pouvais juste pas refaire un autre album comme ça. C’était un challenge aussi. Je suis doué pour créer des ambiances mélancoliques et tristes mais créer un album avec un message positif, ou en tout cas des couleurs moins noires, c’était un défi pour moi.

Est-ce que l’apparition de ce happy-end correspond à un événement personnel ?

Tout ce que j’écris est lié à mes expériences personnelles. Cette fois encore c’est vrai. Des changements se sont opérés dans ma vie et j’ai aussi traversé quelques épreuves. Ça s’est passé après la fin de mon projet solo, Lunatic Soul. Dans ce projet, les sujets étaient la mort, le suicide, … Quand je l’ai eu fini j’ai réalisé que c’était trop ! J’ai envie de vivre, j’ai besoin qu’il y ait un demain. Cette approche est importante pour moi : du positif. Bien sûr, l’album est toujours mélancolique et nostalgique car c’est ce que j’aime mais je cois qu’aujourd’hui dans mes morceaux il y aussi de la lumière au bout du tunnel. Ça n’est pas joyeux au sens usuel, l’album n’est pas optimiste, c’est toujours triste mais plus lumineux, avec des couleurs plus claires. Disons que c’est l’album le moins pessimiste que nous ayons fait (rire). Ça dit « levez-vous et faites quelque chose de votre vie » et ça me plaît. Oui c’est personnel car j’ai décidé de changer un peu ma vie.

Qu’est-ce que la « Time Machine » du titre de l’album ?

Dans la chanson Time Travellers j’ai utilisé cette phrase « Let’s go back to the world that was 30 years ago », les 80’s quoi ! C’est ma décennie, j’avais 10 ans et j’ai découvert beaucoup de choses, sous un angle différent de celui que j’ai aujourd’hui en tant qu’adulte. Ça m’a poussé en avant, en particulier quand j’ai découvert la musique. J’ai grandi dans une toute petite ville au nord de la Pologne – je suis allé pour la première fois à Varsovie à 25 ans. Je me souviens que tous les mardi il y avait sur le marché une étale remplie de cassettes audio et toutes les semaines je dépensais tout mon argent pour une dizaine de K7. Je les écoutais toute la semaine, mon casque en permanence sur les oreilles. C’était un régal pour moi d’écouter tous ces albums. C’est comme ça que j’ai pris goût à la musique. Bien sûr je pouvais écouter la radio mais je préférais les albums entiers. Aujourd’hui quand je revois ma chambre d’enfant remplie de toutes ces K7 je me dis : c’est pas vrai, j’ai dépensé tellement pour tout ça ! Mais c’était génial ! C’est une sorte d’excitation fébrile vers laquelle je voulais retourner avec ce nouvel album. Je suis de la génération des K7 des 80’s pas de celle des 70’s et des platines vinyles. De plus, je crois qu’il y a une sorte de cycle tous les 30 ans, aussi bien dans la mode que dans la musique, où les choses se répètent. Aujourd’hui, on retrouve ces influences 80’s. Je me suis dis que ça serait génial d’utiliser une machine à remonter le temps pour y retourner.

Le premier titre est Lost, le dernier Found. Qu’as-tu perdu et retrouvé ?

C’est vraiment lié à l’histoire racontée dans l’album où il est question de prendre des décisions qui changent une vie. Au moins une fois dans ta vie tu dois prendre d’importantes décisions. En fait, tous les jours tu prends des décisions : café avec ou sans sucre ? Tourner à gauche ou à droite ? Ça n’a pas vraiment d’importance. Mais il y a des décisions qui peuvent tout changer. Par exemple, tu décides de déménager de France en Pologne pour 20 ans. Ce type de décision que l’on se doit de prendre est connecté à, on va dire, des forces. Tu ressens de l’excitation, la liberté que t’offre ce projet, c’est le Love du titre de l’album. Mais en même temps tu crains l’inconnu car tu ne sais pas ce qui t’attend, comment est la vie, là bas en Pologne, c’est le Fear, la peur. Le dernier élément c’est la Time Machine : tu as tes propres expériences passées et tu t’interroges sur ton futur. Tu dois faire un choix car tu es perdu (Lost) à un moment de ta vie. Il arrive un moment où tu sens que tu dois changer quelque chose dans ta vie et tout ce qui se passe ensuite t’amène à prendre des décisions jusqu’à ce que tu puisses dire : maintenant je sais où j’en suis, ce que je veux faire : y aller ou pas. Quand tu as ça, tu as trouvé la réponse (Found), c’est le happy-end. L’album est une progression. Le premier titre, Lost, c’est : voilà ce que j’étais, voilà mes expériences passées ; j’ai fait des erreurs, des mauvais choix. Mais aujourd’hui j’ai une nouvelle chance et je veux trouver un sens positif à ma vie, je veux être heureux, ne plus avoir peur, ne plus me cacher sous l’oreiller (Under the Pillow), ne plus être accros à quoi que ce soit (#Addicted),… J’ai besoin de trouver mon bonheur. Et à la fin de l’album (Found) tu le trouves et ça vient de toi et de toi seul. Je sais que beaucoup trouvent ça cliché mais, honnêtement, il arrive un âge où tu as juste besoin de décompresser, de laisser aller. Tu prends conscience que tu n’es pas un esclave et qu’il n’appartient qu’à toi d’être heureux. Et quand tu as trouvé les réponses que tu cherchais, tu te sens comme un gamin au pays des merveilles. Voilà l’histoire de l’album. Tout est lié, du premier au dernier titre, comme dans un bon film (rire).

Cette fois encore, 6ème album, 6 mots dans le titre. C’est ton grigri porte bonheur ?

(rires) ! J’aime bien ce genre de jeux avec les nombres. On avait cette trilogie, les trois premiers albums, avec chacun un titre à trois mots. Ça été notre premier patern. Ensuite j’ai décidé d’en changer en allant plus loin : 4 mots pour le 4ème qui dure 40 min, 5 pour le 5ème de 50 minutes et maintenant 6 pour le 6ème de 60 minutes. Je ne dirais pas qu’ils forment une trilogie mais ils sont liés. Je ne sais pas ce qui viendra après mais je suis à peu près sûr que ce sera lié au chiffre 7 (rire) ! Peut-être que cette fois je m’intéresserais au nombre de lettres au lieu des mots, ça serait un peu long sinon ! Et je ne parle même pas du 10ème album (rire).

Retrouvez la chronique de Love, Fear, and the Time Machine en cliquant ici.

Riverside
Happy end

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