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ROB HALFORD
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Comme il le justifie clairement dans son livre, si judicieusement intitulé Confess – Ma Confession, le chanteur de Judas Priest a ressenti comme une urgence ce besoin de ne plus rien cacher et de l’écrire « à plume haute ». s’il revient sur son passé en détail, il s’agit au moins autant d’une mise au point, un appel à la tolérance, adressés en premier lieu aux fans du Priest, ou de métal en général, que des « Mémoires de Rob Halford ». [Entretien avec Rob Halford, par Jean-Pierre Sabouret — photos : DR]

Comme tous ceux auxquels on parle de nos jours, on n’ose plus te demander si « ça va »… Alors que tu as été privé de scène pendant si longtemps.
On ne peut effectivement pas dire que tout va pour le mieux ! Mais je viens d’avoir confirmation d’un rendez-vous pour une vaccination. Et c’est comme un soulagement pour moi. Je vous invite chaleureusement « mes amis de France » (NDR : en français) à vous faire vacciner également dès que possible. Parce que, grâce à ça, nous pourrons nous retrouver de nouveau au Hellfest ! Et Priest pourra revenir au Zénith de Paris et dans toutes les villes qui nous solliciteront. Lentement mais sûrement, nous allons enfin être réunis sous la bannière du metal. Je ne répèterai jamais assez que là où je me sens le plus vivant, c’est sur une scène devant des milliers de fans de metal.
Nous nous sommes parlé de nombreuses fois depuis une quarantaine d’années, mais, là, c’est une première. Ce n’est pas pour un nouvel album, mais pour un livre… 
C’est assez similaire, en fait. Les livres sont comme la musique, ils sont prévus pour durer une éternité ! Ils font partie des précieux trésors de l’existance. Lorsque j’ai écrit Confess, je ne trouvais pas ça très différent de la préparation d’un album. Les chapitres sont un peu comme les chansons de ta vie. J’ai ressenti le même genre d’émotions. Certains chapitres sont très heavy, d’autres sont plus doux, comme des ballades certains sont furieux et vont à 100 à l’heure comme « Painkiller »… 

On commence à avoir quelques livres de qualité, comme le tien ou celui de Bruce Dickinson (What Does This Button Do?L’autobiographie…) ce qui est d’autant plus appréciable que le genre a longtemps été dénigré par l’intelligentsia des « rock-critics », ou même par toutes sortes de responsables politiques, qui étaient persuadés que ceux qui pratiquaient cette musique ne pouvaient être que des gens stupides et analphabètes… 
Et tu oublies « diaboliques » ! Comme Little Naz aujourd’hui avec ses chaussures sataniques. Ces fanatiques religieux complètement cintrés ont trouvé une nouvelle cible en dehors du metal. Mais c’est un combat que je mène depuis si longtemps, contre tous ces ignorants qui regardent de l’extérieur, sans jamais essayer de comprendre pourquoi on peut adorer autant ce genre de musique. Le plus souvent, j’ai pu constater qu’ils étaient simplement effrayés par un phénomène qui sortait de leur cadre ordinaire. Plusieurs fois, j’ai réussi à en convaincre en leur disant : « Vous avez peur, mais laissez-moi vous emmener à un concert ou un festival de heavy metal et vous y rencontrerez les gens les plus géniaux et accueillants de la terre. Vous verrez ce qu’est une vraie passion, une solide camaraderie ! »

C’est justement ce qui les effraie le plus ! Ils craignent plus que tout de sortir de leur petite zone de confort où tout doit n’être que calme et tranquillité…
Tu as tout à fait raison ! J’éprouve beaucoup de peine envers eux. Ils ne savent pas ce qu’ils ratent. En restant dans leur bulle, effectivement, ils ne courront pas le risque de rencontrer des gens différents, avec d’autres croyances, d’autres identités sexuelles, d’autres goûts… C’est très regrettable qu’ils ne veuillent pas vivre l’exaltation de s’immerger dans l’expérience du metal.

On découvre notamment dans ce livre que, comme Lemmy, Kiss, Mike Portnoy et de nombreux autres, tu as été très impressionné par les Beatles. Et qu’enregistrer dans la maison qui a été celle de Ringo puis de John Lennon et Yoko Ono a représenté un des moments marquants de ta vie…
En marchant pour la toute première fois vers le perron de la propriété qui avait été celle de deux des Beatles, je me suis revu, enfant, découvrant le groupe à la télévision, puis les retrouvant en première page des journaux… Là, j’allais entrer dans un palais sacré ! Je savais à quel point leur créativité s’était exprimée dans ce lieu. Je suis persuadé que cette magie a rejailli d’une façon ou d’une sur British Steel. Je peux vous révéler que Glenn (Tipton, guitare) est également un fan inconditionnel des Beatles. Les premiers jours, nous étions comme des enfants dans un magasin de jouet. Nous avons navigué sur le lac où John et Yoko ont été filmés à l’époque de l’enregistrement d’Imagine. Nous avons enregistré « Living After Midnight » dans la pièce où a été enregistrée la chanson, « Imagine », avec le piano blanc… Je pouvais mesurer le chemin parcouru depuis le milieu des années soixante, depuis ce gamin dans une ville industrielle jusqu’à 1980 où ce jeune adulte enregistrait un album dans la maison de John Lennon. Je n’y aurais jamais cru si on m’avait dit ça 15 ans auparavant ! À travers des chansons comme « Helter Skelter », les Beatles ont aussi beaucoup compté dans la naissance du metal, ils ont quelques morceaux incroyablement heavy pour l’époque. L’un des messages que je tenais à transmettre dans Confess, c’est celui de la découverte de ma passion pour la musique. Une passion si intense que j’ai décidé d’en faire mon métier en abandonnant toutes les autres possibilités qui s’offraient dans ma vie. Et me voilà, avec le même boulot depuis 50 ans ! N’est-ce pas merveilleux ?

Si ton livre, sur l’épopée d’un dieu du metal avait été publié il y a 50 ans, il aurait été rangé au rayon science-fiction !
Mais oui, ahaha ! Même moi, j’ai du mal à réaliser que tout ça est réellement arrivé. Comme je n’y aurais pas cru s’il y a 50 ans tu m’avais dit : « Hey Rob, voilà ce qui va se passer dans ta vie ! » Mais il n’y a rien de romancé, d’où le titre du livre. Ce ne sont que des faits et des moments que j’ai vécus. Les maîtres-mots de ce livre sont « honnêteté et vérité ». Alors que je vais fêter mes 70 ans, je suis le premier à m’émerveiller de ce long parcours. Mais j’ai aussi le sentiment que mon histoire est assez semblable à celle d’autres musiciens, comme Elton John, qui est presque mon « jumeau séparé à la naissance ». Et j’espère que le livre montre aussi clairement que nous ne sommes pas à part ou si différents de n’importe qui. De notre naissance à notre mort, nous sommes tous confrontés aux mêmes joies, aux mêmes peines, à des rencontres, à des pertes ou des ruptures… 

On ne peut s’empêcher de penser que ton livre pourrait servir de base à un film, surtout quand on sait que tu as été acteur. D’autant que le succès incroyable de Bohemian Rhapsody, The Dirt ou Rocketman, va certainement lancer de multiples projets sur grand écran, ou sur Netflix, devenu synonyme du petit… Là, on a hâte de voir Confess The Movie ! Est-ce prévu ?
Ahaha ! C’est une question aussi intéressante que compliquée… J’ai vu ces films et je les ai trouvés formidables. Et il faut rajouter un film que j’ai vu sur VH1 aux États-Unis, The Def Leppard Story. Ils évoquent tous une victoire face à l’adversité. Ce qu’a vécu Freddie Mercury jusqu’à sa disparition, c’était la vie d’un vrai guerrier. Et, avec Queen, il a remporté tant de difficiles batailles. Et que dire d’Elton ? Je m’identifie totalement à tout ce qu’il a enduré dans ce métier. Mais pour un film tiré du livre… Je vais te poser la question : « Qui pourrait incarner celui qu’on a baptisé Metal God ? Existe-t-il un de vos excellents acteurs français qui pourrait interpréter mon rôle ? » 

Le livre couvre toute ta vie, donc on ne pourrait pas avoir un seul acteur. Ce serait ridicule, même avec du maquillage. C’est d’ailleurs ce qu’on peut reprocher à Bohemian Rhapsody, le dentier n’était pas indispensable. Mais Ewan McGregor pourrait faire l’affaire…
Oh yeah ! Ce n’est pas idiot. Ewan peut absolument tout jouer. C’est un acteur merveilleux. Je ne sais pas… Je serais curieux de voir ce qu’un réalisateur ferait de tous les chapitres du livre. Peut-être qu’au moment où nous parlons, des pontes d’Hollywood sont réunis dans un bureau et qu’ils se disent : « Rob Halford a publié ce livre, ça pourrait faire un bon film, non ? » Pour le moment, ni moi ni mon management n’avons reçu la moindre proposition. Mais ça pourrait être très fun de faire un film, je te l’accorde. 

CHRONIQUE


ROB HALFORD – CONFESS (MA CONFESSION)
Autobiographie
Talents Éditions