C’est à un gros morceau que s’attaquent les Mosellans de Seyminhol : le concept de leur nouvel album tourne autour de la plus que célèbre Tragique Histoire d’Hamlet, prince de Danemark, plus connue sous le nom d’Hamlet. Comment en arrive-t-on à adapter le grand Shakespeare et comment arrive-t-on à le faire correctement ? Éléments de réponses avec l’homme derrière la musique d’un opus franchement réussi.

[Entretien avec Nico (guitares, claviers et orchestrations) par Philippe Jawor]

Photo groupe HD

Pourquoi avoir pris le pari de vous attaquer à Hamlet pour ce nouvel album ? Y avait-il d’autres pistes explorées avant de décider de traiter l’oeuvre de Shakespeare ?

L’idée d’adapter le chef d’oeuvre de Shakespeare s’est presque imposée d’elle même : cet univers théâtral sombre et dramatique s’inscrit dans l’évolution musicale du groupe, une sorte d’exploration des tréfonds de l’âme humaine, de rite initiatique, une quête de vérité et de justice.

Quel a été le processus de composition de The Wayward Son ?

Notre chanteur et maître à penser, Kévin, a complètement décortiqué et analysé la pièce, dégageant les axes majeurs susceptibles d’être adaptés de manière pertinente en musique. Ensuite, ensemble, nous avons mis en place les ambiances, le découpage entre les morceaux et les interludes. Enfin, je me suis attelé à la composition musicale, en respectant le « plan » établi.

Quelles appréhensions avez-vous eues a priori, puis quelles ont été les difficultés rencontrées lors de ce processus de création ?

Les principaux doutes soulevés étaient d’ordre littéraires. Nous nous sommes posés la question de reprendre ou non les paroles originelles, la trame complète de la pièce.

Comment adapter un chef d’oeuvre ultra connu et reconnu, en évitant les longueurs, les redondances.

Musicalement, et grâce à un gros travail de synthèse en amont, les idées sont apparues assez rapidement et facilement. Une maquette très précise a donc pu être enregistrée dans mon studio, et proposée aux autres musiciens.

Après validation et remédiations, l’enregistrement a donc pu avoir lieu ; la batterie dans le studio de Thomas et le reste chez moi, en fonction des disponibilités de chacun (ce qui a pris du temps).

Pochette finale

Pourquoi ce nom de Wayward Son, dont on trouve notamment l’écho avec « Carry On Wayward Son » de Kansas dans la piste « Theatre of the Dream » ?

Déjà, je dois vous avouer que nous ne sommes pas  fin connaisseurs de Kansas. Pour dire vrai, nous avons appris l’existence de ce titre à la sortie du disque, dans certaines chroniques, et il est vrai que je suis tombé à la renverse quand j’ai entendu le riff de guitare de Kansas, proche de celui composé pour la partie instrumentale de « Theatre of the Dream », un hasard sacrément divinatoire !

Pour en revenir au titre, qui signifie littéralement « le fils entêté », il témoigne de la pugnacité avec laquelle Hamlet va dénouer les fils du complot tout au long de la pièce, et ainsi découvrir la vérité sur le décès de son père.

Quelles ont été les autres influences qui ont nourri cet album ?

Avec un peu de recul, je pense que ce disque est un mélange de beaucoup de styles bien distincts : une trame renvoyant à de la musique de film, des touches de Heavy metal traditionnel, quelques saupoudrages de Black metal mélodique, un peu de Rock progressif, des éléments symphoniques.

En parlant de théâtre, vous semblez avoir tenu à respecter le format originel de l’oeuvre : rapport aux actes et scènes, coups de brigadier en ouverture d’album, monologue emblématique « to be or not to be » déclamé plutôt que chanté…?

Oui, il était inconcevable de ne pas ouvrir l’album à la manière d’ une pièce de théâtre, il nous fallait respecter l’oeuvre de Shakespeare et la trame de la pièce !

En ce qui concerne le monologue universel « to be or not to be », nous avons fait le choix de la narration, privilégiant ainsi la puissance de la mélodie et de l’orchestre.

Seyminhol Trinitaires

Comptez-vous justement en faire une adaptation complète sur scène ou en vidéo ?

L’idéal serait effectivement de jouer l’intégralité de l’album avec une mise en scène, des comédiens, des décors. Ainsi, nous pourrions réellement proposer un spectacle complet, mélangeant deux domaines que nous adorons, la musique et le théâtre.

À ce sujet, nous sommes en discussion avancée avec l’Opéra-theâtre de Metz, sachant qu’en 2016 nous célébrerons les 400 ans de la mort de Shakespeare.

Pour le moment nous avons une mise en scène assez simple mais soignée, avec la présence de nos deux choristes Amandine Kazmierczak et Audrey Adornato (chanteuse de 4th Circle) sur toutes nos dates.

Seyminhol a connu des hauts et des bas tout au long de sa carrière ; cependant Wayward Son est très bien accueilli par la critique, pensez-vous que cet album peut être le début d’une « nouvelle ère » pour le groupe ?

Je l’espère, nous sommes un des rares groupe de Rock-Opéra-Symphonique français encore en activité !

Avec l’arrivée de Thomas Das Neves (ex-Heavenly) à la batterie, et grâce à sa forte implication dans le groupe, Kévin, Christophe et moi avons pu repousser les limites de notre créativité. J’ose espérer que toute cette expérience emmagasinée durant toutes ces années est en train de porter ses fruits, et que nous aurons le plaisir de défendre nos nouvelles couleurs de la meilleure des façons.

Quel est le futur de Seyminhol ? Y a-t-il déjà de nouveaux projets dans les tuyaux ? Quels sont-ils ?

Le futur proche se matérialise par la fin de tournage de notre premier clip : nous avons choisi le titre « the Duellist » pour réaliser un véritable court métrage filmé dans des endroits singuliers comme l’Opéra, un château, une bibliothèque bénédictine…

Ce clip sortira à l’automne, agrémenté de nouveaux titres, sorte d’histoire parallèle à Hamlet, afin de boucler la boucle.

SEYMINHOL
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