Ce mystérieux trio normand composé de membres évoluant déjà dans diverses formations de la sphère Métal telles que Malemort, Ataraxie, Mòr, ou Telümehtår, se soucie bien des qu’en dira-t’on et des modes musicales. Pratiquant un Black Metal cru doté d’un esprit punk rebelle, Sordide a déjà publié trois albums avec des textes français tout à fait intéressants. Derrière ses provocations, se cache un groupe désinvolte et libre, bien plus mature qu’on ne le pense à l’écoute de leur quatrième brûlot Les Idées Blanches chez les Acteurs de l’Ombre Prod. [Entretien avec Nehluj (guitare/chant), Nebehn (basse/chant), et Nemri (batterie/chant) par Seigneur Fred Photos : DR]

Sordide a la particularité de chanter en français et vous avez déjà tourné et joué live en France mais aussi en Europe, du temps où les concerts et tournées à l’étranger étaient encore possibles… Comment expliquez-vous l’intérêt du public étranger pour le black metal chanté dans la langue de Molière ? Pensez-vous que des groupes comme Seth ou Anorexia Nervosa qui ont ouvert des portes dans le passé durant les années 90 ?
A priori, le public qui s’intéresse au black metal écoute cette musique quelle que soit la langue utilisée. Le fait que certains groupes norvégiens et suédois des origines aient choisis de chanter dans leurs langues maternelles révèle déjà une certaine plasticité de ce style en la matière, et peut-être aussi une volonté de s’émanciper d’un modèle anglo-américain dominant, voire écrasant. Les groupes français et du reste du monde ont suivi, Sordide est donc un groupe de black metal français qui chante en français, ça nous semble assez naturel.

Parmi la mouvance post black metal très à la mode, comment vous positionnez-vous sur la scène black metal français justement avec la signature dorénavant sur le label Les Acteurs de l’Ombre qui a lancé des groupes comme Déluge ou Regarde Les Hommes Tomber vite catalogués post black metal ?
Nous n’avons pas spécialement envie de nous positionner ou de revendiquer l’appartenance à telle ou telle scène, c’est un peu hors de nos préoccupations : nous faisons de la musique en général, du black metal en particulier. Il appartient ensuite au public, aux chroniqueurs et aux labels d’élaborer des étiquettes plus précises si nécessaire. Pour notre part, on préfère s’en tenir à ce qu’on chantait déjà sur notre premier album : “ni nom ni drapeau”.

Dans votre discographie, vous avez déjà trois albums studio à votre actif : La France A Peur (2014) ; Fuir La Lumière (2016) ; et Hier Déjà Mort (2019). Y’a-t’il des projets de réédition de ces trois premiers albums suite à votre signature avec le label Les Acteurs de l’Ombre à présent afin de pouvoir se procurer vos précédentes galettes plus facilement en format CD ou vinyle ?
La France A Peur vient justement d’être réédité en CD par Avantgarde. Pour l’instant, rien d’autre de prévu. Les trois premiers albums restent facilement accessibles via les labels qui les ont sortis (WV Sorcerer, Throatruiner et Avantgarde) ou sur le Bandcamp du groupe.

À la lecture de vos titres d’albums, tout cela n’est guère réjouissant…  Il y a un côté à la fois anxiogène qui se dégage correspondant au sentiment qui règne dans nos sociétés contemporaines (véhiculé par les médias généralistes), et en même temps assez provocateur de la part de Sordide. Est-ce pour cela que vous avez choisi le metal et plus particulièrement le black metal avec son approche misanthropique et sombre pour exprimer vos pensées les plus sordides, voire politiques, depuis vos débuts et plus que jamais en 2021 ?
Le black metal tel que nous le pratiquons est effectivement un bon support pour des textes tour à tour vindicatifs, introspectifs, engagés, désabusés… Ces textes sont évidemment les symptômes d’une époque malheureusement peu propice aux réjouissances.

Paradoxalement, votre quatrième album s’intitule Les Idées, non pas Noires, mais « Blanches »… Et votre nouvel artwork plutôt dissonant et moderne sous fond de couleur blanche m’a rappelé quelque peu les artworks dissonants et contraires aux codes habituels du black metal comme le firent Satyricon dernièrement sur l’album Deep Calleth Upon Deep, ou Draft avec l’excellent White Noise and Black Metal, ou encore Gorgoroth en 1998 sur Destroyer (How To Philosophize With A Hammer…). Ces artistes et leur approche respective personnelle décalée sur la scène black metal contemporaine ont-ils pu vous influencer dans votre propre démarche artistique et conceptuelle sur Les Idées Blanches justement ?
Le black metal a toujours défini de nouveaux codes et continue à le faire, les exemples que tu cites illustrent bien cet état de fait. « L’approche personnelle décalée » dont tu parles est pour nous une condition indispensable, nous ne trouvons que peu d’intérêt dans l’exercice de style et la répétition systématique de codes, de gimmicks et d’habitudes… Concernant le titre Les Idées Blanches, c’est Guibz, le graphiste en charge du design de l’album qui l’a proposé. Il était plongé dans cet artwork sur fond blanc et dans notre musique, et il a trouvé que le titre de cette chanson définissait bien ce nouvel album. L’idée nous a séduit, on trouvait intéressant de rester dans la continuité des albums précédents : Les Idées Blanches répond en fait à La Peur du Noir, titre présent sur le précédent album Hier Déjà Mort.

On trouve dans votre musique un black metal plutôt cru, typique du « true black metal » qualifieront peut-être certains, avec un côté très organique et rock’n Roll dans l’agencement brut des instruments de base du rock (guitare/basse/batterie) au sein de Sordide. Il y a comme un côté primitif, direct, surtout au niveau des guitares dans vos compositions très spontanées, à l’esprit punk, un peu comme la période des années 2000 de Darkthrone. On trouve cela par exemple sur la nouvelle chanson « Ruines futures ». Je pense aussi à Sarke, ou Vreid pour ce côté black’n roll. Qu’en pensez-vous et quelles sont vos principales influences selon vous ? Essentiellement norvégiennes, je dirai ?  Côté français, les premiers albums de Phazm ou Glorior Belli aussi peut-être ?
C’est toujours difficile de citer précisément des groupes qui auraient pu influencer tel ou tel aspect de notre musique, mais ces groupes sont très inspirants par leur attitude. Darkthrone reste évidemment un modèle de liberté avec cette capacité de se réinventer tout en restant fidèle à certains principes fondamentaux. Pour sortir du carcan black metal, nous pourrions aussi citer The Melvins qui de la même manière recrée sans cesse ses propres codes en gardant une approche très organique, spontanée et live de la musique. Visuellement, vous n’êtes pas du genre a priori à afficher des visages et corps maquillés (corpse paints) ni cartouchières, pics, etc., bref pas d’apparat du parfait black metalleux d’autrefois. Vous trouvez que cette tradition fait trop cliché de nos jours peut-être ? Il s’agit encore ici de codes, et ces codes-ci ne nous semblent pas pertinents dans le cadre de Sordide.

Sinon, à quoi peut-on s’attendre lors d’un concert de Sordide ? Faites-nous rêver un peu avant la reprise prochaine des hostilités live, on l’espère tous ??!
Vous pouvez vous attendre à trois musiciens qui ont très envie de jouer leurs nouvelles chansons sur scène.

Enfin, quels sont les projets de Sordide pour cette année malgré le contexte sanitaire et culturel actuel ? Prévoyez-vous quand même des choses : concerts, tournées, festivals d’été en Fr ou à l’étranger selon l’évolution de la situation bien sûr ? Et allez-vous participer au festival des Acteurs de L’Ombre par exemple en mai prochain à Nantes ? Et que pensez-vous de la solution des concerts en streaming sur internet (avec un public limité) ou sans public) ?
Concernant les concerts en streaming, il s’agissait à la base d’une solution de secours provisoire. La situation perdurant, c’est presque devenu une nouvelle norme. Nous avons tous trois personnellement un peu de mal à nous immerger en tant que spectateur derrière un écran, donc proposer ce genre de prestation en tant que groupe n’est pas notre priorité. Une tournée européenne avec Neige Morte se profile en février 2022, en espérant qu’elle se fasse et ne soit pas décalée une troisième fois. Quelques concerts ont été évoqués mais nous préférons rester prudents avant d’annoncer quoique ce soit !

CHRONIQUE ALBUM

SORDIDE
Les Idées Blanches
Black metal ’n roll
Les Acteurs de l’Ombre Prod.

Pas de préliminaire pour nos Normands qui attaquent d’emblée ce quatrième skeud par « Je n’ai nul pays », chanson à la réflexion politique intéressante mais qui s’essouffle un peu sur la fin après son break. Très vite, on ressent un vrai savoir-faire dans les compos (la superbe chanson-titre) avec toujours ce côté viscéral qui prédomine. Sur des mid ou up-tempo (le punk « Ruines futures »), les riffs black dissonants et groovy rappellent parfois Glorior Belli ou Sarke, et s’enchaînent avec énergie. C’est très organique, savamment écrit par le trio qui reste spontané même au chant assuré tout à tour par chacun des membres. « Ne savoir que rester » dévoile aussi une certaine sensibilité. Sordide poursuit donc son bonhomme de chemin, tel un électron libre et rebelle sur la scène black française sans vraiment en faire partie. [Seigneur Fred]